La Paracha Vayé’hi n’est pas seulement un récit de fin de vie, c’est un testament politique adressé à un peuple qui entre dans une longue nuit historique. Elle décrit avec une précision presque prophétique ce que vivent aujourd’hui les Juifs : la fragilité de la diaspora, la violence du rejet lorsqu’Israël se défend, et l’impossibilité de se fier durablement à la bienveillance des puissances.
Yaakov vit ses dernières années en Égypte dans des conditions idéales : sécurité, reconnaissance, protection du pouvoir. Rien, en apparence, ne menace sa famille. Pourtant, il sait que cette Égypte-là est provisoire. Sa lucidité est politique : un changement de régime, une nouvelle génération, et l’hospitalité peut se transformer en persécution.
La situation actuelle des Juifs en Europe et en Amérique du Nord est étrangement similaire. Avant le 7 octobre et plus encore depuis, la réalité s’est brutalement dévoilée : explosion des actes antisémites, complaisance envers les discours antisionistes ,appelant à la disparition d’Israël, intimidation sur les campus, silence, voire hostilité, d’institutions censées protéger les minorités.
Comme Yaakov, les Juifs découvrent que leur sécurité repose sur des équilibres politiques instables, non sur un enracinement réel. La Galout reste une Égypte moderne : policée, juridique, mais capable de basculer.
La demande de Yaakov — « Ne m’enterre pas en Égypte » — résonne aujourd’hui comme un refus catégorique de l’illusion de l'assimilation. Elle rappelle que l’histoire juive ne s’achève jamais hors d’Israël, même lorsque l’exil semble plus confortable que la guerre.
Ephraïm et Ménaché sont le modèle du Juif intégré : nés en exil, parlant la langue du pays, occupant des positions élevées. Yaakov ne les rejette pas. Au contraire, il les élève au rang de tribus. Mais il les bénit en tant qu’enfants d’Israël, pas comme Égyptiens.
Cette distinction est centrale aujourd’hui. Les Juifs de Galout sont sommés de choisir : soit rompre symboliquement avec Israël pour prouver leur loyauté nationale, soit accepter d’être perçus comme suspects, complices, voire coupables.
La pression actuelle exercée sur les Juifs occidentaux sommés de condamner Israël plus sévèrement que n’importe quel autre État, parfois de renier son droit à l’existence est l’exact équivalent moderne de l’Égypte bienveillante qui devient idéologiquement hostile.
Vayé’hi enseigne que l’intégration n’annule jamais la singularité juive, et que cette singularité devient insupportable dès qu’elle s’incarne politiquement dans un État souverain.
Lorsque Yaakov bénit Juda, il lui confie explicitement la fonction politique : celle de la royauté, gouverner, légiférer, combattre si nécessaire. Cette bénédiction fonde une vérité intemporelle : le pouvoir juif dérange, parce qu’il brise l’image du Juif faible, dépendant, moralement jugé mais politiquement inoffensif.
Israël, depuis le 7 octobre, incarne pleinement ce Yéhouda biblique : il exerce la force, il refuse de se suicider moralement, il assume une guerre asymétrique contre des ennemis qui nient son existence, contre des nations occidentales qui, corrompues par l'argent du Qatar, ferment leurs yeux sur leur lâcheté.
La réaction internationale confirme tragiquement l’analyse de Vayé’hi : le monde tolère le Juif victime, il supporte difficilement le Juif souverain, et il condamne le Juif qui se défend.
Les accusations d'apartheid, de génocide, de famine, la symétrie morale entre terrorisme et autodéfense, les pressions diplomatiques pour un cessez-le-feu unilatéral rappellent que la légitimité d’Israël n’est jamais acquise, même lorsqu’il combat pour sa survie.
Yaakov ne cache rien des fautes de ses fils. Réouven est déchu, Chimone et Lévi sont sévèrement critiqués. La Torah n’idéalise pas l’unité juive. Elle reconnaît que les divisions internes font partie de l’histoire juive.
Israël contemporain vit cette tension de manière aiguë : fractures politiques, oppositions idéologiques, conflits entre institutions.
Mais Vayé’hi rappelle une chose essentielle : les conflits internes ne doivent jamais faire oublier l’ennemi extérieur. Yaakov bénit malgré tout. Il n’exclut aucun fils du destin collectif. Le danger n’est pas la dissension ; c’est la perte de la conscience commune. Le peuple d'Israël doit se forcer à s'aimer et à s'unir, tout comme Yaacov a su pardonner à ses frères, le peuple doit pardonner à ceux qui ont failli le 7 Octobre 2023.
Le testament de Yossef — « D.ieu se souviendra de vous » — n’est pas un slogan religieux. C’est une stratégie de survie historique. Il signifie : l’exil n’est jamais définitif, et la violence subie n’est jamais la fin du récit.
Pour Israël aujourd’hui, ce message est crucial. La guerre, l’isolement diplomatique, la haine médiatique ne sont pas des anomalies : ce sont des constantes de l’histoire juive lorsqu’elle reprend le contrôle de son destin.
La Paracha Vayé’hi est une mise en garde contre deux illusions contemporaines : croire que la Galout est devenue sûre et permanente, on l'a vu en Australie, croire qu’Israël sera accepté s’il renonce à sa force ou à sa singularité. On le croit chez les jeunes étudiants juifs de New York !
La Torah affirme l’inverse : le peuple juif ne survit que lorsqu’il se pense comme sujet politique autonome, et uni, même au prix de la solitude. Vayé’hi n’offre pas de consolation facile. Elle transmet une lucidité dure mais vitale : l’exil est toujours conditionnel, la souveraineté toujours contestée, et pourtant, l’histoire juive continue parce qu’elle refuse de mourir en Égypte.
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