Je suis tombé ce matin sur un article de Tribune Juive de ce jour ... Ce texte m'a paru exact et intéressant : Nous n'avons pas le même regard sur l'Islam ... entre Sépharades et ashkénazes et Thérèse Zrihen-Dvir nous le démontre à nouveau ...
Ce que ressentent les Sépharades, et ce que les Ashkénazes peinent souvent à comprendre, Il y a 25 ans, je développais la théorie de Bat Y'eor sur la dhimmitude ... Je crois que la leçon n'a pas été comprise ... Peut-être que Thérèse Zriehen-Dvir fera mieux.
Il existe une fracture d’expérience profonde entre Sépharades et Ashkénazes lorsqu’il est question du « vivre-ensemble » avec l’islam. Elle ne relève ni du fantasme ni du préjugé, mais de trajectoires historiques radicalement différentes. Les Sépharades parlent depuis une mémoire vécue, transmise de génération en génération, tandis que beaucoup d’Ashkénazes raisonnent depuis une abstraction intellectuelle forgée dans l’Europe chrétienne puis sécularisée.
Les Sépharades savent, pour l’avoir expérimenté, que le vivre-ensemble dans les sociétés arabo-musulmanes n’a jamais été fondé sur l’égalité, mais sur la hiérarchie confessionnelle. Le statut de dhimmi, la jizya, l’humiliation rituelle, l’insécurité permanente et la réversibilité constante de la tolérance ont façonné une conscience lucide : la coexistence était conditionnelle, jamais réciproque. Elle reposait sur la domination islamique, non sur le pluralisme.
Ce que beaucoup d’Ashkénazes peinent à comprendre, c’est que cette asymétrie n’est pas seulement culturelle ou politique, mais théologique. Le Coran affirme la souveraineté absolue d’Allah et inscrit la soumission (islam) comme finalité universelle. La domination des valeurs islamiques y est présentée comme une promesse divine, à réaliser activement. Dès lors, le prosélytisme, les conquêtes, la guerre légitime, la subordination des non-musulmans ne sont pas des dérives accidentelles, mais des conséquences doctrinales possibles, voire normatives selon certaines lectures.
À l’inverse, le judaïsme repose sur des principes radicalement différents : le libre arbitre, l’alliance non prosélyte, la responsabilité morale individuelle, la justice, la vie, la bienveillance (hessed). Israël n’a jamais reçu mission de convertir le monde ni de le soumettre. Le peuple juif se définit par une alliance, non par une volonté de domination. Cette différence est essentielle et explique pourquoi toute minorité juive a historiquement été vulnérable dans des systèmes fondés sur la conquête religieuse.
Le christianisme, quant à lui, se situe dans une tension permanente. Jésus-juif rejette explicitement la domination terrestre et prône un royaume spirituel. Pourtant, l’histoire chrétienne a vu émerger des théologies de la domination qui se sont éloignées de ce message initial. Cette ambiguïté contraste avec la clarté du judaïsme sur le refus de la coercition religieuse.
Les Sépharades n’idéalisent pas le passé ; ils en portent les cicatrices. Ils savent que le discours contemporain sur le vivre-ensemble, souvent promu par des élites occidentales, repose sur une projection naïve des valeurs démocratiques dans des systèmes qui ne les partagent pas théologiquement. Ce décalage nourrit l’incompréhension.
Enfin, demeure une conviction profonde : le judaïsme est la source. Non une idéologie conquérante, mais un fleuve originel dont d’autres traditions ont dérivé, parfois en cherchant à s’y substituer. Le judaïsme ne peut ni reculer ni se dissoudre.
Il demeure, par sa fidélité au libre arbitre et à l’éthique, irréductible à toute entreprise de domination spirituelle ou politique.
C’est cette lucidité, forgée dans l’exil oriental, que les Sépharades portent. Et c’est souvent cette lucidité que les Ashkénazes, formés dans un autre monde, peinent encore à entendre.
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© Thérèse Zrihen-Dvir
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