Rechercher dans ce blog

lundi 19 janvier 2026

Qui se souvient du naufrage de l'Egoz ? BBCH N° 2601 - 802


Egoz : l’exode noyé qui marqua à jamais l’aliyah marocaine



Le 10 janvier 1961, à seulement dix milles des côtes nord du Maroc, un vieux rafiot britannique reconverti, l’Egoz (« noix » en hébreu), sombra en quelques minutes dans une mer déchaînée. À son bord : 44 âmes, hommes, femmes, enfants, nourrissons tous juifs marocains en quête d’une vie nouvelle en Israël.



Seuls trois membres d’équipage, dont le capitaine, parvinrent à s’enfuir dans le seul canot de sauvetage. Vingt-deux corps furent repêchés, portant des gilets de sauvetage. Les 22 autres, dont 16 enfants, disparurent à jamais avec l’épave.




Ce naufrage n’était pas un simple accident maritime. Il fut la tragédie la plus sanglante de l’exode clandestin qui, entre 1956 et 1961, permit à environ 30 000 Juifs marocains de fuir un pays devenu indépendant mais qui interdisait officiellement l’émigration vers Israël. L’Egoz, petit bateau de contrebande, avait pourtant réussi douze rotations sans encombre depuis la plage d’Al Hoceima. La treizième, fatale, emporta avec elle des familles entières.





Parmi les victimes : les Benarroch, fraîchement mariés la veille ; David Dadon, qui espérait rejoindre sa femme et deux fils déjà en Israël ; Chaim Tzfarti, jeune radio-opérateur du Mossad né à Fès, à quelques semaines de son propre mariage. Et puis il y avait les Gutman-Azulai : une mère et cinq enfants engloutis, ne laissant que trois survivants sur les huit que comptait la fratrie.



Pendant des décennies, le silence pesa lourd. Silence des autorités marocaines, silence des survivants traumatisés, silence même au sein des kibboutzim et des internats israéliens où les orphelins furent recueillis. Gila Gutman-Azulai, alors âgée de dix ans, raconte comment, pendant vingt ans, elle cacha sa douleur, convaincue que parler de cette perte était presque honteux. Son frère aîné David, membre actif de la clandestinité, porta jusqu’à sa mort en 2017 un écrasant sentiment de responsabilité.





Le drame de l’Egoz eut pourtant un effet paradoxal : il accéléra la fin de l’interdiction. À partir de 1961, le jeune Hassan II, fraîchement monté sur le trône, accepta un accord secret avec Israël – l’opération Yachin – moyennant finances substantielles. Entre 1961 et 1964, puis au fil des décennies, plus de 250 000 Juifs marocains purent quitter le royaume. Aujourd’hui, près d’un million d’Israéliens revendiquent une ascendance marocaine.



Au Mont Herzl


En décembre 1992, les restes exhumés des victimes furent rapatriés en Israël lors de l’opération Ayelet HaShachar. En 2008, Shimon Peres, qui avait suivi l’affaire de très près en tant que numéro deux de la Défense en 1961, rendit hommage aux disparus lors d’une cérémonie solennelle à Mount Herzl : « Le dernier vœu de ceux qui sont morts était que l’opération continue. »


L’Egoz sombra. Le rêve de Sion, lui, ne coula pas.



(C° Aish)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire