Arménie–Azerbaïdjan : la paix qui dérange Moscou et Ankara
Nikol Pachinian se donne jusqu’à 2031 pour signer un traité historique
Après trente ans de guerres pour le Karabakh, Erevan et Bakou s’acheminent vers un traité de paix négocié sous l’égide de Washington.
Une perspective qui réjouit les Arméniens fatigués de la guerre, beaucoup moins Vladimir Poutine, et pas tout à fait Recep Tayyip Erdoğan.
« La signature d’un traité de paix avec l’Azerbaïdjan est l’une des questions les plus importantes pour le gouvernement, et pour moi à titre personnel. » Le premier ministre arménien Nikol Pachinian l’a déclaré ce jeudi 15 octobre en conseil des ministres. Reconduit lors des législatives de juin, il s’est fixé un cap : la signature et la ratification du traité avant 2031.
« Je me suis fixé une tâche, un calendrier précis : régler cette question avant 2031. J’entrevois une telle possibilité. Sinon, je ne soulèverais pas cette question. »— Nikol Pachinian, premier ministre arménien
Trente ans de guerre pour le Karabakh
Depuis la fin de l’Union soviétique, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont affrontés à deux reprises pour le Haut-Karabakh, un territoire peuplé d’Arméniens mais situé en Azerbaïdjan. En 2023, Bakou en a repris le contrôle par la force, provoquant l’exode de 100 000 Arméniens.
Un traité paraphé, mais pas encore signé
L’accord a été paraphé à Washington en août 2025, mais il n’a été ni signé ni ratifié. Bakou pose une condition : une révision de la Constitution arménienne. Celle-ci fait référence à la déclaration d’indépendance de 1990, qui appelait à l’unification avec le Karabakh. Pour l’Azerbaïdjan, c’est une revendication territoriale. Erevan conteste cette lecture et fait valoir que le traité lui-même règle la question. Mais toute modification constitutionnelle devra passer par un référendum national, ce qui explique le calendrier long fixé par Pachinian.
Ce que prévoit le projet de traité
- Le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.
- La renonciation à toute revendication territoriale.
- L’établissement de relations diplomatiques.
- À terme, la réouverture des voies de transport à travers le Caucase.
Pourquoi Moscou et Ankara font grise mine
Cette paix se négocie sans la Russie. C’est là toute sa portée. Pendant trente ans, Moscou s’était posé en arbitre incontournable du Caucase, vendant des armes aux deux camps et déployant ses « soldats de la paix » au Karabakh.
En 2023, ils n’ont rien empêché. L’Arménie en a tiré les leçons : elle a gelé sa participation à l’alliance militaire dominée par Moscou, se tourne vers l’Europe, et Erevan dit désormais ne pas s’opposer au départ de la base militaire russe de Gyumri, qui « n’apporte rien à la sécurité de l’Arménie ».
Recep Tayyip Erdoğan, parrain militaire de Bakou, voit son allié gagner sur toute la ligne. Mais il voit aussi les États-Unis s’installer durablement dans une région qu’il voulait sienne, au carrefour de la Turquie, de l’Iran et de la mer Caspienne.
Quant à l’Iran, voisin des deux pays, il assiste impuissant à la montée en puissance d’un axe Bakou–Washington, alors que l’Azerbaïdjan est aussi l’un des partenaires les plus proches d’Israël.
© JBCH Octobre 2026
Source : Le Figaro avec AFP, « L’une des questions les plus importantes pour le gouvernement : l’Arménie espère signer un traité de paix avec l’Azerbaïdjan d’ici cinq ans », 15 octobre 2026.




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