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vendredi 14 août 2026

C919 L'avion chinois ! JBCH N° 2026 - 084

 

JBCH  REFLEXIONS



Chronique · Espionnage industriel & aéronautique

C919 : l'avion chinois qui a mis quinze ans à digérer ce qu'il avait volé à Airbus

Derrière la vitrine du premier vol international du C919, une autre histoire, moins glorieuse, court depuis 2010 : celle d'une campagne d'espionnage informatique tous azimuts contre les sous-traitants d'Airbus et de Boeing, dont Pékin a mis plus d'une décennie à exploiter correctement le butin.


Le groupe derrière l'opération

  • Surnommé « Turbine Panda » par les chercheurs de CrowdStrike
  • Actif entre 2010 et 2015, lié au ministère chinois de la Sécurité d'État
  • Câbles : Ametek, Capstone Turbine, GE, Honeywell, Safran

Ce qu'ils ont obtenu

  • Données de production du moteur CFM Leap-1C
  • Détails techniques réutilisables pour un moteur chinois maison
  • Accès via des sous-traitants d'Airbus, IP volées

Il y a une autre façon de raconter l'histoire du C919, moins flatteuse pour Pékin que la success story officielle. Entre 2010 et 2015, pendant que Comac peinait à faire décoller son projet d'avion moyen-courrier, un groupe de pirates informatiques basé en Chine et surnommé « Turbine Panda » par les chercheurs de la société de cybersécurité CrowdStrike menait une campagne d'espionnage industriel méthodique contre les sous-traitants occidentaux d'Airbus et de Boeing.



Une faille exploitée chez les fournisseurs, pas chez les avionneurs

La logique était d'une simplicité redoutable : plutôt que d'attaquer frontalement Airbus ou Boeing, mieux valait cibler leurs fournisseurs de composants, souvent moins bien protégés. Le rapport CrowdStrike a établi que des données avaient été obtenues via des adresses IP compromises, dans une opération liée au ministère chinois de la Sécurité d'État, touchant notamment Ametek, Capstone Turbine, GE, Honeywell et le français Safran — précisément les entreprises impliquées dans la chaîne de production du C919.

Ils avaient accès à toutes les technologies de production du moteur Leap-1C, ainsi qu'aux détails permettant de concevoir un moteur maison de nouvelle génération.

Un piratage confirmé, un décodage qui a pris des années

Le butin numérique était considérable. Mais l'avoir ne suffisait pas à savoir s'en servir : la Comac, propriété de l'État chinois, a longtemps souffert d'un manque criant de savoir-faire industriel pour transformer ces données volées en production effective. D'où des retards en cascade, une multiplication inhabituelle de prototypes par rapport à la certification d'un Airbus A320neo classique, et une mise en service repoussée d'année en année — la première livraison commerciale n'ayant finalement eu lieu qu'en 2023, quinze ans après le lancement du programme.



Des attaques qui se sont poursuivies bien après 2015

L'histoire ne s'est pas arrêtée avec le démantèlement de Turbine Panda. Une enquête de l'AFP a révélé qu'Airbus avait continué d'être ciblé ces dernières années par des cyberattaques passant systématiquement par ses sous-traitants, des offensives que plusieurs sources sécuritaires attribuent, sous couvert d'anonymat, à des hackers opérant depuis la Chine — sans attribution formelle possible, la difficulté classique de ce type d'enquête. D'anciens responsables du renseignement américain, comme Bill Evanina, ex-chef du contre-espionnage économique des États-Unis, sont allés plus loin : pour lui, le C919 est la preuve tangible du succès de cette stratégie d'espionnage d'État, menée avec constance sur plus d'une décennie.



Le décalage qui persiste, malgré tout

Ce qui frappe, quinze ans plus tard, c'est l'écart persistant entre ce que la Chine a réussi à voler et ce qu'elle a réussi à répliquer industriellement. Posséder les plans d'un moteur ne suffit pas à en maîtriser la métallurgie, les tolérances de fabrication ou les processus de certification. Le vol de 12 août 2026 entre Pékin et Oulan-Bator, aussi symbolique soit-il, ne referme donc pas l'histoire : il confirme simplement que Pékin a fini par apprendre à exploiter, très lentement, ce qu'il avait mis des années à dérober.





Chronique s'appuyant sur les travaux de CrowdStrike (rapport « Turbine Panda »), une enquête de l'AFP sur les cyberattaques visant Airbus, et des déclarations de responsables du contre-espionnage américain.     JBCH Août 2026

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