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vendredi 14 août 2026

L'ARCOM Censure ? JBCH N° 2608 - 085


JBCH REFLEXIONS



Chronique · Médias & liberté d'expression

Arcom contre CNews : la régulation audiovisuelle accusée de dérive autoritaire

Alors que l'Arcom vient de sanctionner CNews et de tancer BFMTV pour des prises de position d'invités, l'ancien directeur général du CSA Jean-Éric Schoettl dénonce une dérive liberticide. Pour lui, l'exigence de neutralité imposée aux chaînes d'information privées menace de transformer l'antenne en « robinet d'eau tiède ».


Les deux sanctions récentes

  • CNews réprimandée le 30 juin 2026 pour des propos de Franz-Olivier Giesbert sur Roubaix
  • BFMTV épinglée début août pour des propos d'Arthur Berdah sur LFI, Sansal et Gleizes
  • Dans les deux cas, l'Arcom invoque un « manque de contrôle de l'antenne »

Ce que redoute Schoettl

  • Un « pluralisme interne » inquisitorial, sans équivalent en Europe
  • Une accumulation d'avertissements menant, à terme, à la fermeture d'antennes
  • Un traitement inégal entre presse écrite libre et audiovisuel sous tutelle

L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle ne désarme pas contre CNews. Par une délibération du 30 juin 2026, elle a une nouvelle fois réprimandé la chaîne du groupe Canal+, cette fois pour des propos tenus par Franz-Olivier Giesbert au lendemain des municipales de mars, sur le plateau de Laurence Ferrari. Pour l'Arcom, ces commentaires « sans source véritable » méconnaissent les engagements de la chaîne en matière de rigueur de l'information.




Une vigilance qui s'étend à BFMTV

Quelques jours plus tard, début août, c'est au tour de BFMTV d'être épinglée, pour des propos du journaliste du Figaro Arthur Berdah sur l'attitude de La France insoumise face à l'incarcération de Boualem Sansal et Christophe Gleizes. Le régulateur a jugé ces allégations dépourvues de tout élément factuel. Dans les deux cas, le reproche est identique : un manque de contrôle de l'antenne par la chaîne elle-même.

Le spectre de la muselière

Ces rappels à l'ordre successifs inquiètent au plus haut point Jean-Éric Schoettl, ancien directeur général du CSA de 1989 à 1994. Il y voit l'illustration d'une prétention dangereuse : celle d'une institution qui, sous couvert de régulation, entendrait épurer le débat public des opinions contrariant un récit convenu. Il rappelle que l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme garantit le droit d'exprimer des propos choquants ou dérangeants, sans ingérence d'une autorité publique.

Chaque antenne privée doit garder sa couleur propre — le vrai pluralisme se joue entre les chaînes, pas à l'intérieur de chacune d'elles.

Une incohérence de traitement selon les médias

L'ancien haut fonctionnaire dénonce aussi une incohérence structurelle : la presse écrite bénéficie d'une liberté quasi absolue, tandis que l'audiovisuel reste soumis à une tutelle drastique. Il relève avec ironie que l'État subventionne L'Humanité au nom du pluralisme tout en réprimandant CNews et BFM pour avoir laissé passer une opinion non contredite — un déséquilibre qu'il qualifie, non sans provocation, de forme de complotisme d'État déguisé en protection du public.



Le pluralisme externe plutôt qu'interne

Pour Schoettl, la solution ne réside pas dans une neutralité absurde imposée à chaque émission, mais dans un pluralisme dit externe : l'équilibre des points de vue doit se construire à l'échelle de l'offre audiovisuelle globale, permettant au public de choisir entre des antennes aux couleurs assumées, plutôt que d'exiger de chaque intervenant qu'il incarne à lui seul toute la diversité des opinions.




Une mise en garde finale

Il conclut sur un avertissement : les garde-fous traditionnels — diffamation, incitation à la violence, protection de l'enfance — doivent perdurer, mais les exigences actuelles de neutralité de l'Arcom conduisent selon lui à l'excès inverse. Il note enfin que des dérapages autrement plus graves, relevés sur d'autres antennes, y compris du service public, restent souvent sans suite — signe, à ses yeux, d'une vigilance sélective plus que d'une exigence de rigueur appliquée uniformément.





Chronique s'appuyant sur les propos et l'analyse de Jean-Éric Schoettl, ancien directeur général du CSA (1989-1994).             JBCH Août 2026

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