Pourquoi l’économie américaine rayonne… et pourquoi l’Europe reste à la traîne
Un deuxième trimestre record pour Amazon : 18,5 milliards de dollars dans le Cloud
Les résultats d’Amazon pour le deuxième trimestre 2025 sont révélateurs d’une tendance plus large : l’économie américaine continue de surperformer, portée par des secteurs stratégiques comme le Cloud, l’IA et les semi-conducteurs. Le segment AWS (Amazon Web Services), cœur de l’infrastructure numérique mondiale, a généré 18,5 milliards de dollars de revenus, avec une croissance de +3 % aux États-Unis, contre seulement +0,1 % en Europe. Cet écart illustre le fossé grandissant entre les deux blocs économiques.
Les moteurs de la croissance américaine
La domination technologique
Les États-Unis concentrent l’essentiel des infrastructures mondiales en intelligence artificielle, cloud computing, cybersécurité, semi-conducteurs et logiciels. Des géants comme Amazon, Microsoft, Google et Nvidia bénéficient d’une demande mondiale exponentielle, renforcée par la transition numérique accélérée. La croissance d’AWS est directement liée à l’adoption massive du cloud dans les entreprises, les administrations et les industries américaines, bien plus avancées sur ces sujets que leurs homologues européennes.
L’IA comme catalyseur
L’IA générative (comme celle de ChatGPT, Gemini ou Claude) est devenue un nouveau moteur de croissance pour l’économie US. Les entreprises investissent massivement dans des serveurs, GPU, plateformes cloud et formations. Cela crée un écosystème vertueux : les données sont hébergées dans le cloud (AWS, Azure), traitées par des modèles IA (OpenAI, Anthropic) et valorisées commercialement. L’Europe, en comparaison, reste réglementairement frileuse et technologiquement dépendante.
Un marché du travail dynamique
Malgré une politique monétaire encore restrictive (taux élevés), l’emploi reste robuste aux États-Unis. Le chômage est autour de 4 %, les salaires progressent, et la consommation intérieure reste vigoureuse. Les ménages américains, même s’ils subissent l’inflation, gardent confiance dans l’avenir, en raison de la croissance de l’emploi dans les secteurs technologiques, de la santé, de la défense et des infrastructures.
Les aides publiques ciblées
Le CHIPS and Science Act est une loi promulgée le 9 août 2022 qui inclut un plan d'investissement de 280 milliard de dollars pour la recherche et la production de semi-conducteurs.
Le plan CHIPS Act (semi-conducteurs), le Inflation Reduction Act (transition énergétique) et le Bipartisan Infrastructure Law ont injecté des centaines de milliards de dollars dans des projets industriels, numériques et écologiques. Ces investissements massifs créent de l’emploi, modernisent l’économie, et attirent les talents. L’Europe, bien qu’ayant lancé des équivalents (Green Deal, plan RepowerEU), peine à déployer ces fonds avec la même efficacité.
Pourquoi l’Europe patine
Dépendance numérique
La croissance quasi nulle d’Amazon Web Services en Europe (0,1 %) reflète un problème structurel : l’Europe n’a pas su développer ses propres géants du cloud et de la tech. La plupart des données européennes sont hébergées sur des infrastructures américaines ou chinoises. De plus, la fragmentation réglementaire entre pays, la lenteur bureaucratique et la prudence excessive en matière d’IA freinent l’innovation.
Croissance molle et stagnation industrielle
La zone euro est en quasi-stagnation depuis plusieurs trimestres. L’Allemagne, moteur traditionnel de l’Europe, est plombée par la crise de son industrie automobile, sa dépendance à l’export vers la Chine, et les coûts énergétiques post-Ukraine. L’Italie, la France et l’Espagne enregistrent une croissance faible, tirée par la consommation mais pas par l’investissement. En somme, l’Europe n’investit pas assez dans les secteurs porteurs de demain.
Un marché du travail figé
Le chômage reste élevé dans de nombreux pays européens, notamment chez les jeunes. La rigidité du droit du travail, les charges élevées sur les entreprises, et la démographie vieillissante freinent la dynamique. À l’inverse des États-Unis, l’Europe attire peu de talents technologiques et peine à retenir les meilleurs ingénieurs ou chercheurs, qui partent vers la Silicon Valley ou Israël.
Risque politique et incertitude
L’UE traverse une période d’incertitude politique croissante : montée de l’extrême droite, tensions entre États membres, élections difficiles… Ces éléments minent la confiance des investisseurs. À cela s’ajoute une politique monétaire rigide de la BCE, qui freine la reprise par des taux d’intérêt encore élevés malgré la faible croissance.
Deux modèles économiques qui divergent
L’écart entre les États-Unis et l’Europe s’élargit. Les Américains récoltent les fruits de leur domination numérique, de leur dynamisme entrepreneurial et de leur capacité à investir massivement dans l’avenir. L’Europe, elle, reste à la traîne sur les technologies-clés, souffre d’une bureaucratie paralysante et d’un manque de vision stratégique commune.
Si l’Europe ne réagit pas vite, en lançant un vrai « plan souveraineté numérique » et en réformant ses structures économiques, elle risque de devenir un simple client dépendant de l’innovation américaine.
© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.

















