Israël mise sur l’espace pour consolider un avantage militaire décisif. Face à un territoire exigu et vulnérable, l’État hébreu projette ses capacités stratégiques au-delà de l’atmosphère, où il creuse un écart qualitatif croissant face à ses adversaires, notamment l’Iran soutenu par la Russie.
Un atout face aux faiblesses terrestres : La petite taille d’Israël expose ses installations sensibles – usines, centres technologiques, bases militaires – à une surveillance accrue par des moyens iraniens toujours plus performants. Déplacer ces actifs vers l’espace change la donne : les satellites sont quasi indétectables, difficiles à intercepter et résilients aux attaques conventionnelles. Même si le bouclier antimissile Arrow ou David’s Sling venait à être saturé, le commandement et le contrôle via l’espace demeurent robustes, offrant une redondance vitale.
Israël dispose de son propre lanceur de satellites baptisé Shavit (comète en hébreu) développé à partir du missile balistique Jéricho II . Shavit a placé en orbite le premier satellite artificiel israélien le 19 septembre 1988 . Cette fusée comporte trois étages utilisant tous une propulsion à propergol solide.
Un cercle restreint où Israël excelle, Seuls sept pays maîtrisent aujourd’hui des capacités spatiales militaires avancées. Dans ce club très fermé, Israël dispose d’un avantage plus net qu’en bien d’autres domaines (chars, aviation classique, cyber) où son avance s’est érodée avec le temps.
Le coût d’accès à l’orbite a chuté drastiquement : en 2026, placer un kilogramme en orbite coûte environ dix fois moins cher qu’à l’époque Apollo (1969), avec une baisse continue attendue grâce aux lanceurs réutilisables et aux miniaturisations.
La constellation Ofek et la révolution opérationnelle, le cœur du dispositif repose sur les satellites Ofek en orbite basse (surveillance) et plus haute (communications sécurisées).
Le lancement réussi d’Ofek 19 en septembre 2025, un satellite radar à synthèse d’ouverture (SAR) offrant des images haute résolution jour et nuit, indépendamment des nuages, a marqué une étape majeure. Capable de détecter des objets de 50 cm, il complète la série Ofek lancée depuis 1988.
En 2024, l’armée a créé la Space Directorate Unit pour unifier les missions spatiales militaires. Son premier commandant insiste : il faut « regarder plus loin » pour élargir la défense nationale.
Elbit Systems et Rafael développent des satellites plus légers et plus nombreux ; couplés à un futur lanceur plus puissant que le Shavit, cela permettra une revisite d’une même cible toutes les 15 minutes environ, une fréquence inédite pour la région.
Leçons de la guerre contre l’Iran: L’opération « Am ke’Lavi » (Réveil du Lion), lancée en juin 2025 contre les installations nucléaires et militaires iraniennes, a duré douze jours et mobilisé des milliers de sorties aériennes. La constellation satellitaire israélienne a fourni 12 000 images de haute qualité sur l’Iran, des communications critiques sans exposer les forces au sol, et un renseignement décisif avant, pendant et après les frappes
.
Le 2 décembre 2025, Avi Berger, directeur de l’Administration de l’espace au ministère de la Défense, a déclaré que l’espace avait été « un partenaire à part entière » de l’opération et que la guerre avait renforcé la conviction que c’est là que se joue la liberté d’action de Tsahal. Israël prévoit d’investir plusieurs milliards de dollars sur la prochaine décennie pour déployer une constellation assurant une surveillance permanente et simultanée de tout le Moyen-Orient – de l’Iran au Yémen en passant par le Liban et la Syrie.
Dans un environnement où les menaces se multiplient et où les drones ou missiles saturent les défenses classiques, l’espace offre à Israël un avantage asymétrique gigantesque : intelligence persistante, commandement protégé, réduction des vulnérabilités territoriales. Un « œil » permanent qui transforme la petite taille du pays en atout stratégique plutôt qu’en handicap.
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