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samedi 2 août 2025

Macron confond volontairement "Hotages civils" et " Prisonniers militaires" ??? (FR). JBCH N° 170

Une équivalence inacceptable : confusion morale et politique


Dans son discours,  à l'Elysée le président Emmanuel Macron a évoqué « des otages des deux côtés », assimilant les otages israéliens du Hamas aux prisonniers palestiniens détenus par Israël. Cette déclaration a provoqué une vive émotion. Elle soulève une question fondamentale de justice morale et de clarté éthique dans le traitement du conflit israélo-palestinien.





D’un côté, il ne reste plus que 49 otages israéliens (dont certains sont des enfants, des personnes âgées ou malades ou décédées) sont toujours détenus à Gaza, depuis le massacre du 7 octobre 2023, date à laquelle le Hamas a lancé une attaque sans précédent contre des fermes et des villages civils en Israël, tuant environ 1 200 personnes, violant des civils, incendiant des maisons, et mutilant, décapitant, violants, enlevant hommes, femmes et enfants. 


Ces otages sont détenus illégalement, sans accès à la Croix-Rouge (qui n' a pas voulu contrairement à sa Charte ne serait-ce que livrer des médicaments) , sans communication avec leurs proches, dans des conditions que de nombreux rapports qualifient de barbares et déshumanisantes. 


Il s’agit clairement de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, commis par une organisation terroriste désignée comme telle par l’Union européenne, les États-Unis et le Canada.







De l’autre côté, les prisonniers palestiniens en Israël (environ 6 000) sont détenus dans un cadre juridique, avec un accès à une défense, à des visites, à des soins, sous l’autorité de l’État de droit israélien, contrôlé par une Cour suprême indépendante. 

Certains d’entre eux sont en détention administrative, d’autres condamnés pour attaques meurtrières contre des civils israéliens, parfois au couteau, à la bombe ou lors d’attentats suicides. Un nombre significatif de ces prisonniers ont du sang sur les mains. Les comparer à des otages, c’est nier la réalité de leurs actes criminels et le cadre légal dans lequel ils sont jugés.





Confondre otage et prisonnier, c’est trahir les mots et les faits



La confusion entretenue par l’expression « otages des deux côtés » brouille profondément la compréhension du conflit. 


Un otage est une personne civile enlevée en dehors de toute procédure judiciaire, pour être utilisée comme monnaie d’échange ou comme levier politique, le plus souvent sous la menace de mort ou de torture. 


Un prisonnier, en revanche, est détenu dans le cadre d’un système pénal (même critiquable), avec des droits et une procédure.


Assimiler les deux, c’est relativiser la gravité de l’enlèvement du 7 octobre. C’est oublier que certains de ces otages, comme Kfir Bibas (bébé de 10 mois), n’ont aucune responsabilité politique, militaire ou idéologique. C’est aussi faire abstraction du traitement infligé par leurs geôliers, le Hamas, qui nie jusqu’à leur humanité.






Il ne s’agit pas ici de nier la complexité du conflit, ni de refuser de considérer la situation des Palestiniens. Il est légitime de s’interroger sur les conditions de détention en Israël ou sur l’usage excessif de la détention administrative. 


Mais en assimilant des terroristes condamnés et des civils enlevés, le président Macron commet une erreur de jugement historique. Il introduit une symétrie où il y a clairement dissymétrie morale et juridique.


Une telle déclaration affaiblit aussi la position de la France comme acteur de médiation. Elle donne le sentiment que toutes les souffrances se valent, quel qu’en soit l’auteur, ce qui revient à anesthésier la conscience morale internationale. C’est nier le rôle premier du terrorisme dans la dynamique actuelle du conflit.


Ce que la France aurait dû dire : 

clarté, exigence et courage moral


Ce que la France aurait pu affirmer avec clarté, c’est que la libération des otages israéliens est une exigence humanitaire non négociable. Qu’il n’y a aucune justification au maintien en détention de civils innocents, et qu’il n’y a pas d’équivalence possible entre l’innocence des otages et la culpabilité établie de certains prisonniers.


Le rôle d’un chef d’État démocratique est aussi de soutenir les droits fondamentaux de tous les peuples sans céder au relativisme. Cela implique de défendre les droits des Palestiniens, bien sûr, mais aussi de désigner clairement les auteurs de crimes de guerre, et de ne pas brouiller les lignes entre victimes et bourreaux.





En évoquant des « otages des deux côtés », Emmanuel Macron a, involontairement peut-être, validé la rhétorique du Hamas, qui se présente comme une force de résistance équivalente à l’armée israélienne. Cette posture renforce l’impunité des preneurs d’otages, et fragilise le combat légitime pour la libération de ces hommes, femmes et enfants.


Enfin, cette déclaration trahit la mémoire de l’histoire française, celle d’un pays qui a lui-même connu l’horreur du terrorisme, des enlèvements, des attentats. En confondant victimes et détenus, elle heurte profondément les valeurs mêmes que la République prétend incarner.

Il ne s’agit pas de nier les souffrances palestiniennes, ni de faire d’Israël un État au-dessus de tout reproche. Mais dans ce cas précis, la comparaison opérée par Emmanuel Macron est inexacte sur le plan des faits, injuste sur le plan moral, et dangereuse sur le plan diplomatique. 


Il faut appeler les choses par leur nom : les Israéliens détenus par le Hamas sont des otages. Les Palestiniens emprisonnés pour terrorisme sont des détenus. Mettre ces deux situations sur le même plan, c’est fausser le jugement et abîmer le débat public.


© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.





vendredi 1 août 2025

Vous avez dit "Famine ???"

Famine à Gaza en 2025 ? 

Vérité humanitaire, manipulation et cynisme international


Depuis le début du conflit intensifié entre Israël et le Hamas en octobre 2023, la bande de Gaza est au centre d’un tourbillon humanitaire, politique et médiatique. 

Les images de souffrances, les témoignages sur la famine, et les accusations croisées entre Israël, le Hamas et les instances internationales se multiplient. 

Mais une question demeure : assiste-t-on réellement à une famine généralisée dans Gaza, ou bien à une manipulation massive de l’opinion mondiale ?





La famine : une réalité ou une stratégie médiatique ?


Il est indéniable que les conditions de vie dans la bande de Gaza se sont considérablement détériorées depuis l’escalade du conflit. Les infrastructures sont gravement endommagées, les civils vivent sous les bombes, et l’accès à l’eau, à l’électricité et à la nourriture est gravement restreint. 


Toutefois, les déclarations de famine généralisée — au sens strict du terme défini par les agences humanitaires — semblent relever davantage du discours militant que d’une réalité documentée par des instances neutres.


La visite récente de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, et de l’envoyé spécial Steve Witkoff dans un centre de distribution d’aide de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF) apporte un éclairage inédit. 



Selon Huckabee, plus d’un million de repas y sont distribués chaque jour, et plus de 100 millions ont été servis en deux mois.

Cela démontre que, malgré les difficultés, une logistique alimentaire est bel et bien en place, notamment grâce à la coordination israélo-américaine.


Le Hamas : famine organisée ou résistance humanitaire ?


Dans ce contexte, le rôle du Hamas doit être interrogé. Mike Huckabee affirme clairement que « le Hamas déteste la GHF » parce que l’organisation livre des denrées sans qu’elles soient pillées ou détournées par le mouvement terroriste


Il est notoire que le Hamas a historiquement utilisé les tunnels et les convois humanitaires pour détourner des biens vers ses combattants, ses milices ou pour les revendre à prix fort.


La stratégie est double : maintenir une pression internationale sur Israël en agitant l’image d’un « prétendu  génocide humanitaire », tout en contrôlant la misère pour asseoir son pouvoir sur la population


En d’autres termes, le Hamas a tout intérêt à entretenir un narratif de famine — quitte à empêcher l’arrivée d’aides non contrôlées — pour maintenir la pression sur les chancelleries occidentales et mobiliser la rue arabe.





UNRWA, ONU et médias qataris : naïveté ou complicité ?


Le rôle de l’UNRWA et de certaines agences de l’ONU est de plus en plus critiqué. Depuis janvier 2024, des enquêtes internes ont révélé que certains membres de l’UNRWA étaient directement liés au Hamas ou avaient fermé les yeux sur des détournements massifs de l’aide. Plusieurs entrepôts d’armes ont été découverts sous des écoles gérées par l’agence onusienne. Le silence assourdissant de l’ONU sur ces dérives n’est pas neutre.


Les médias liés au Qatar, tels qu’Al-Jazeera, et aussi l'AFP basée à Chypre, participent également à cette entreprise de désinformation. 

Leur ligne éditoriale est clairement alignée avec la propagande du Hamas, en diffusant des images de famine et de souffrance — parfois truquées, parfois sorties de leur contexte — tout en omettant de mentionner les efforts humanitaires israéliens ou la réalité des détournements opérés par le Hamas. Le Qatar, soutien financier du Hamas, utilise ainsi ses médias pour orchestrer une guerre de l’image contre Israël.

La faute énorme d'une photo d'un autre conflit du New York Times  en première page en est la preuve et les excuses sont passées inaperçues.



On attend les excuses du New York Times !



Philosophie du doute : penser la vérité au-delà des émotions


Comme le disait le philosophe Maïmonide, la vérité ne dépend pas du nombre de ceux qui y croient, mais de la lumière qu’elle porte.” 


La situation à Gaza exige de sortir du manichéisme émotionnel. Il est facile, dans un monde saturé d’images, de confondre l’émotion avec la vérité. Mais la misère ne doit pas servir d’outil politique, encore moins de chantage humanitaire.


Du point de vue du soufisme, la vérité se révèle souvent à travers le silence, l’observation, le retrait du tumulte. “Le faux bruit couvre la voix du cœur”, enseigne Ibn Arabi. Il faut donc chercher dans les faits, les chiffres, les témoignages diversifiés, la cohérence du réel plutôt que dans le vacarme des réseaux sociaux.


Le Talmud, lui aussi, nous avertit : Celui qui fait pleurer l’opinion pour une cause fausse, son nom sera effacé dans l’au-delà. (Sanhédrin). 


Il rappelle que la justice ne peut exister sans vérité, et que la manipulation d’images à des fins politiques est un crime contre la conscience.




Une leçon pour les peuples


La tragédie de Gaza doit pousser les peuples — arabes, occidentaux, israéliens — à exiger la fin des manipulations, à faire triompher les vérités concrètes sur les récits idéologiques, et à soutenir des solutions réalistes. 

Oui, les Palestiniens souffrent. Mais ceux qui exploitent leur souffrance au lieu de les libérer — le Hamas en tête — sont les véritables ennemis de leur avenir.


La coopération entre les États-Unis, Israël et des organisations humanitaires sérieuses peut permettre une sortie du piège humanitaire, si elle est appuyée par un regard lucide du monde. Il ne s’agit pas d’ignorer la douleur, mais de distinguer ceux qui la soulagent de ceux qui l’instrumentalisent.


Ce problème relaye par la Presse Internationale, des réseaux sociaux, des TV , a mis la rue occidentale souvent poussée par des partis extrémistes (LFI) et aux associations musulmanes en émoi.


C'est pourquoi la France, suivie de la Grande Bretagne du Canada et bien d'autres, tous soucieux de faire plaisir à un nouvel électorat, vont probablement reconnaitre l'indépendance d'un nouvel état            ( le troisième ) pour les arabes vivant sur la Palestine mandataire ( Accords de San Rémo 1922, signés sous l'égide de la SDN et jamais révoqués).


© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.







La Philosophie est devenue mon amie

Qu’est-ce que la philosophie ? Une quête intemporelle de sagesse


Parceque la philosophie est vue comme une matière abstraite, et inutile, je l'ai refoulée pour d'autres que je pensais être plus importantes en terminale au Lycée Condorcet, j'avais 17 ans.

Aujourd'hui , soixante ans après, je suis certain que cette matière  pose les questions les plus essentielles : 

Pourquoi vivons-nous ? Qu’est-ce que le bien ? Que signifie être libre ? Dieu existe-t-il ? Qu'est ce que le bonheur ? La recherche de la vérité ! et bien d'autres ..

La philosophie, comme son nom grec l’indique (philo – aimer, sophia – sagesse), est littéralement l’amour de la sagesse. Mais cette sagesse ne se donne pas : elle se cherche, dans la réflexion, le doute, le dialogue.





Un art de questionner, pas une science de certitudes

J'avais choisi les Sciences Expérimentales j'étais certain d'avoir pris le bon chemin, puis je me suis dirigé vers des études de gestion, de Marketing et de commerce. et j'ai commencé ma carrière dans l'enseignement.

Mais petit à petit, au fur et à mesure que le temps passait,  les questions essentielles qui gèrent nos existences ont pris le dessus dans mes réflexions.

Contrairement aux sciences, qui démontrent par des expériences, la philosophie avance par le raisonnement, le langage, la confrontation des idées. 

Elle n’offre pas des réponses toutes faites, mais elle apprend à poser des questions justes. Socrate disait 

: « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » 

Ce doute, ce manque, est le moteur même de la pensée philosophique.


Dans la tradition soufie, un proverbe dit :

  « Le cœur qui questionne est plus vivant que la langue qui affirme. » 

La sagesse ne se trouve pas dans la certitude, mais dans la recherche constante. C’est exactement ce que la philosophie incarne : une marche, non une destination.


Le Talmud abonde dans ce sens :

  « Apprends de tout homme et ne te fie jamais à ta propre sagesse. » 

(Pirkei Avot 4:1). Philosopher, c’est rester humble face à la complexité du réel.


Des visages multiples à travers les âges

Aristote voyait dans la philosophie la quête de la vérité. 

Épicure, une pratique pour atteindre le bonheur. 

Marc-Aurèle en faisait une discipline intérieure. Montaigne : "Philosopher c'est apprendre à mourir"

Pascal ironisait : « Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher. » 

Descartes y voyait l’arbre de toute connaissance. 

Spinoza qui a remis en question "Dieu" qui est Nature, qui a condamné les clercs et qui a ouvert la voie au Siècle des Lumières.

Kant la pensait comme une science des concepts.

Mais tous ont en commun de vouloir comprendre l’homme, le monde et leur relation.


Selon le Zohar : « La lumière n’existe que si tu la cherches dans l’obscurité. » (Zohar II, 262a).

 Philosopher, c’est chercher cette lumière, même dans les zones d’ombre de l’existence.


L'Hellénisme se base sur la raison (Logos) , le Judaïsme sur la Loi révélée, et son code éthique et rituel. Pour Maimonide les deux pouvaient se compléter. Le Soufisme quant à lui explore la dimension spirituelle, intérieure, ésotérique de l’islam:" Que dit vraiment le Coran,  Qui est réellement le Prophète ? Qu’est-ce que le monde ? Qui sommes-nous ?" 

Une boussole pour notre monde troublé



Aujourd’hui, alors que les sciences progressent à grande vitesse, de nouvelles questions apparaissent : Quelle place donner aux animaux ? Doit-on craindre l’intelligence artificielle ? Qu’est-ce qu’être humain à l’ère numérique ?  Peut-on procréer artificiellement ? Choisir sa mort !, Ces interrogations échappent souvent aux scientifiques.

 C’est là que la philosophie intervient, non pour donner des solutions techniques, mais pour poser les bonnes questions morales, éthiques, existentielles.

Le soufisme enseigne : « Il ne s’agit pas de savoir, mais de devenir. » La philosophie moderne est donc aussi une spiritualité : elle ne transforme pas seulement nos idées, mais notre être.

De même, la tradition juive rappelle : « Ce n’est pas l’étude qui est l’essentiel, mais l’action. » (Pirkei Avot 1:17). 

La philosophie est donc aussi un appel à vivre autrement, à choisir une vie guidée non par l’ignorance ou l’habitude, mais par la conscience.


Science et philosophie,  sœurs séparées


La philosophie a enfanté les sciences. Newton, Galilée, Descartes, étaient d’abord des philosophes. Ce n’est qu’à partir du moment où les méthodes se sont spécialisées que les disciplines se sont distinguées.


Mais la philosophie continue d’observer les sciences. Cette branche s’appelle l’épistémologie. Elle se demande : Qu’est-ce qu’une vérité scientifique ? Une science est-elle neutre ? Le progrès est-il toujours souhaitable ?

Là encore, la philosophie agit comme une vigie, une conscience, une mise en perspective du savoir.


Philosopher, c’est vivre en éveil


La philosophie n’est ni une recette de cuisine ni un discours lointain réservé à une élite. Elle est, comme le dit le Zohar, « une lampe pour éclairer le sentier de celui qui marche dans l’obscurité. » (Zohar I, 221b). Elle apprend à douter sans désespérer, à chercher sans posséder, à penser sans dominer.

Elle est, selon le Talmud, « un chant silencieux que seuls les sages entendent au fond d’eux-mêmes » (Haguiga 13b).

Dans un monde bruyant, la philosophie propose donc un silence fertile, elle a pris en moi une grande  importance et m'a permis de relativiser le monde instable dans lequel nous vivons et surtout de cottoyer et d'aimer le visage l'autre, sans contrepartie (E.Levinas)*

* Voir dans mes textes qui lui sont consacrés :  Altérité, le 20 et le 29 Juillet 2025

© 2025 JBCH. Reproduction interdite sans autorisation.



Claude Levi Strauss


Catherine Chalier parle de Lévinas





La précipitation de Macron ...par Léa Landman dans le Figaro Vox


                          Solitude d'un Président qui cherche à exister

En reconnaissant un État palestinien mi-juillet, Emmanuel Macron a agi trop vite. Il fallait d’abord conférer aux Palestiniens des institutions viables et négocier avec Israël, sans lequel aucune paix ne sera possible, estime la géopolitologue Léa Landman.

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Léa Landman est géopolitologue et spécialiste du Moyen-Orient.

Depuis les images de crise a Gaza, l’opinion publique occidentale a basculé. Peu importe que l’ONU ait refusé d’aider à la distribution, que le Hamas ait volé et revendu la nourriture, ou que l’armée israélienne ait ouvert les corridors humanitaires : dans la rue, à Paris comme à Londres, cela n’a plus d’importance. Pour beaucoup, la Palestine est LA cause par excellence, et la reconnaissance d’un État palestinien devient un geste de justice. La brutalité et la destruction à Gaza, ajoutées à des négociations pour la libération des otages qui progressent trop lentement, rendent les justifications d’Israël de plus en plus inaudibles.





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C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron, au nom d’un «devoir moral », a reconnu un État palestinien. Mais un devoir envers qui ? Les Palestiniens ? Leur direction actuelle ? Ou envers une image abstraite de la paix ? Car au fond, Emmanuel Macron sait que cette reconnaissance ne nourrira pas Gaza, ne ramènera pas les otages, ni ne changera la réalité militaire sur le terrain. Quel est donc le but de cette reconnaissance ?

La reconnaissance d’Israël par la France, en 1949, n’était pas gratuite. Elle s’est faite dans le cadre des résolutions 181 et 194, avec l’idée que la reconnaissance internationale devait aller de pair avec des garanties concrètes : accès aux Lieux Saints, respect des minorités, négociations sur le statut des réfugiés. Aujourd’hui, Emmanuel Macron reconnaît un État palestinien sans cadre, sans exigence. Ni sur la gouvernance palestinienne. Ni sur le démantèlement du Hamas. Ni sur la sécurité régionale. Ni sur la fin des incitations à la haine. La reconnaissance devient une fin, plus un levier.

Et pourtant, la position française dans d’autres conflits récents montre une tout autre logique. Elle a reconnu le Sahara occidental comme marocain en 2024 en rupture avec sa position historique, soutient l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan face au Nagorno-Karabakh malgré les pressions, tout en ayant reconnu l’indépendance du Kosovo dans un cadre international négocié et encadré. La France, en matière de reconnaissance, adapte sa stratégie au contexte. Mais ici, dans le cas palestinien, elle choisit l’absolu. Un saut diplomatique sans filet.

L’impunité précédera-t-elle l’État ? Reconnaître un État sans frontières, sans responsabilités, sans institutions viables, c’est ouvrir la porte à un simulacre d’État, pas à une solution

Léa Landman

Emmanuel Macron a offert un État avant toute négociation. Cela revient à poser la ligne d’arrivée sans avoir couru. Gaza, Cisjordanie (quelles zones ? A, B, C ?), Jérusalem Est comme capitale, et quoi ? Un droit de visite «supervisé» au mur des Lamentations ? Que fait-on des réfugiés, du contrôle sécuritaire, de la démilitarisation de Gaza ? Et les responsabilités de cet État ? Qui les assume ? L’Autorité palestinienne ? L’impunité précédera-t-elle l’État ? Reconnaître un État sans frontières, sans responsabilités, sans institutions viables, c’est ouvrir la porte à un simulacre d’État, pas à une solution.

En offrant un État avant tout compromis, Emmanuel Macron change les règles du jeu. Pourquoi se réformer, pourquoi négocier, pourquoi désarmer, si la récompense vient d’abord ? L’Autorité palestinienne, affaiblie, corrompue et illégitime, n’a aucun intérêt à se transformer. Le Hamas peut tranquillement se présenter comme «résistant» tout en sabotant toute perspective d’État.




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Le Kosovo n’a pas été reconnu d’un claquement de doigts. Sa déclaration d’indépendance a été accompagnée d’un mandat international, d’une supervision civile et militaire, d’un calendrier de transition. Pourquoi ne pas envisager un modèle similaire pour la Palestine ? Une gouvernance provisoire, un désarmement supervisé, un plan de développement économique piloté par les puissances régionales. Bref, un minimum de sérieux avant de parler de reconnaissance.

Et maintenant ? D’autres pays occidentaux vont suivre : l’Australie, le Portugal, le Luxembourg et d’autres. On aura bientôt une majorité de membres l’UE reconnaissant un État palestinien sans contour, sans réforme, sans discussion. Résultat : siège à l’ONU, accords bilatéraux, et une nouvelle série d’armes diplomatiques pour accuser Israël de «bloquer la mise en œuvre».

Même le Royaume-Uni, qui n’a pourtant rien d’un bastion pro-israélien, conditionne sa propre reconnaissance à des demandes précises - mais exclusivement adressées à Israël. Suspension de la colonisation, engagements territoriaux, garanties diplomatiques. Aucun mot sur la réforme de l’Autorité palestinienne, sur la fin du financement des familles de terroristes, ou sur la question des manuels scolaires. Une diplomatie asymétrique, qui risque de produire l’effet inverse de celui recherché.

Tout le monde sait qu’aucun accord de paix ne verra le jour sans Israël. L’éloigner, c’est saboter l’avenir

Léa Landman

Oui, l’Europe a des leviers : suspension du programme Horizon Europe (dont Israël est un bénéficiaire stratégique mais qui n’est pas passée), gels d’accords commerciaux, sanctions ciblées. Mais les utiliser dans ce contexte, sans coordination avec Washington, revient à isoler Israël davantage - et donc à saboter toute perspective de dialogue. Car au fond, tout le monde sait qu’aucun accord de paix ne verra le jour sans Israël. L’éloigner, c’est saboter l’avenir.

Emmanuel Macron aurait pu faire autrement. Il aurait pu lier sa déclaration à la libération des otages. Il aurait pu l’inscrire dans une initiative régionale, comme celle des Accords d’Abraham. Il aurait pu attendre une sortie de guerre. Il aurait pu poser des jalons clairs pour un État conditionné à une réforme. Il a préféré l’effet d’annonce.

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Si la France était sérieuse, elle coordonnerait ses efforts avec les États-Unis, seul acteur ayant des leviers sur tous les protagonistes : Israéliens, Palestiniens, et Arabes. Elle proposerait des pas concrets, utiles. Emmanuel Macron avait même proposé, au tout début de la guerre, la création d’une coalition internationale contre le Hamas. Où en est-on ? Initiative oubliée, élan dissipé, voix inaudible. Là où la France aurait pu peser, elle s’est effacée. Elle construirait sa politique avec ceux qui ont du poids en Israël – et non des conseillers nostalgiques d’Oslo, qui n’y ont aucun pouvoir. Elle poserait des conditions aux deux parties, pas à une seule. Elle s’inspirerait des propositions concrètes portées par des experts israéliens comme Koby Huberman, moteur de la pensée régionale depuis 20 ans, à la tête d’Israël Initie et de l’Initiative de paix israélienne. Il invite à repenser un modèle à deux États, mais à horizon long, dans un cadre régional ; exiger un leadership pragmatique des deux côtés, passer par une période de transition (mandat international, zones démilitarisées, sécurité conjointe) ; réformer l’Autorité palestinienne ; superviser la démilitarisation de Gaza ; intégrer les États arabes dans une logique de reconstruction.

Le 7 octobre a tout bouleversé. Et pourtant, des opportunités ont émergé : Le Liban a une fenêtre historique pour se libérer du Hezbollah, Bachar el-Assad est tombé, l’Iran est affaibli, replié sur ses lignes intérieures

Léa Landman

La plus grande erreur stratégique de Paris est peut-être d’avoir ignoré les changements profonds dans la région post-7 octobre. Depuis les Accords d’Abraham, une dynamique nouvelle s’était enclenchée. L’Arabie saoudite s’approchait d’une normalisation avec Israël. L’accord IMEC (corridor Inde-Moyen-Orient-Europe) signé en septembre 2023 aurait pu concrétiser une architecture régionale inédite. Mais le 7 octobre a tout bouleversé. Et pourtant, des opportunités ont émergé : Le Liban a une fenêtre historique pour se libérer du Hezbollah, Bachar el-Assad est tombé, l’Iran est affaibli, replié sur ses lignes intérieures.

Dans cette région où, à part la Turquie, aucun acteur majeur n’a de projet expansionniste, la stabilisation est devenue la priorité. Et dans cette stabilisation, Israël est un pilier du paysage régional. Alors que fait cette reconnaissance unilatérale ? Elle impose un découplage absurde : la paix sans Israël, la solution sans coordination régionale. C’est l’anti-Accords d’Abraham.

Au lieu de cela, la France aurait pu - aurait dû - poser ses conditions aussi aux États arabes partenaires : accompagner une réforme profonde de l’Autorité palestinienne ; garantir le démantèlement militaire et politique du Hamas ; s’engager à une reconstruction coordonnée de Gaza ; intégrer la Palestine dans une vision régionale de coopération et de stabilité.

En outre, si l’aide humanitaire constitue un argument moral est puissant, il ne peut masquer la réalité du terrain. Celui qui contrôle la distribution de l’aide à Gaza contrôle Gaza. Et aujourd’hui, ce contrôle est entre les mains du Hamas. Les entrepôts de l’ONU et de l’UNRWA sont infiltrés. Le Hamas y place ses hommes, détourne les convois, revend et redistribue à sa guise. L’ONU elle-même a reconnu avoir perdu le contrôle logistique dans plusieurs zones de la bande. La majorité des camions humanitaires sont contraints de verser un «droit de passage». Et pourtant, rien de tout cela n’a de poids dans l’opinion publique internationale. Les images de famine ont suffi. Les accusations de pillage, les détournements, les missiles lancés depuis les zones d’aide n’ont pas de voix médiatique. La France aurait pu insister pour créer une chaîne d’aide indépendante, neutre, contrôlée par des acteurs régionaux. Elle aurait pu construire une coalition autour de la logistique humanitaire. Elle a préféré déclarer un État.