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samedi 15 août 2026

La nouvelle voie maritime. JBCH N° 2606 - 093



JBCH Réflexions —    Édition du 15 août 2026.                
Rubrique santé & Société

JBCH RÉFLEXIONS

« Regarder loin, pour comprendre proche »

 

                                                 Géoéconomie


D'après Mes analyses, mes lectures dans les journaux français et Internationaux_et les Medias, un complément se touve dans JBCH Clips 



L'ARTIC EXPRESS 






Le réchauffement climatique redessine les routes du commerce mondial — et la Chine entend en tirer parti

Pékin inaugure une ligne cargo régulière par le Grand Nord, deux fois plus rapide que la route du Cap




Alors que la banquise arctique fond à vue d'œil — près de la moitié de la glace estivale a disparu en cinquante ans, une voie maritime autrefois infranchissable s'ouvre aux navires de commerce. La compagnie chinoise Sea Legend s'apprête à inaugurer un service cargo régulier entre l'Asie et l'Europe par le Grand Nord, une première de cette ampleur qui pourrait bouleverser les flux commerciaux eurasiens.




L'Arctic Express, deux fois plus rapide que le Cap

Le porte-conteneurs Dubai Tower a levé l'ancre de Ningbo pour rejoindre Felixstowe, au Royaume-Uni, en empruntant ce que Sea Legend a baptisé l'Arctic Express, le long de la côte septentrionale russe via la Route maritime du Nord. 

Lors d'un voyage d'essai l'an dernier, la compagnie avait bouclé le parcours en vingt jours, soit environ la moitié du temps nécessaire pour contourner l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance — itinéraire devenu prépondérant depuis les attaques houthistes en mer Rouge.

Le carburant représente plus des deux tiers des coûts d'exploitation en mer : réduire la distance de moitié pèse lourd.

Une route encore périlleuse

Le calcul n'est pourtant pas si simple. Les primes d'assurance pour emprunter l'Arctique grimpent de 40 % par rapport à la route australe, et les navires doivent parfois faire appel à des brise-glace, même en été. 

Un pétrolier russe a d'ailleurs subi d'importants dégâts sur sa coque la semaine dernière malgré l'assistance d'un brise-glace  rappelant que la voie arctique n'a rien d'un canal tranquille. Sea Legend ne programme ainsi que huit rotations entre août et fin octobre, avant que les glaces ne rendent le passage impraticable.

Jusqu'à 64 milliards de dollars de marchandises

Malgré ces contraintes, les experts estiment que la route pourrait absorber environ 3,5 % du commerce entre l'Asie de l'Est, l'Europe et l'Amérique du Nord d'ici cinq ans, soit près de 64 milliards de dollars de marchandises. Pour le gaz naturel liquéfié, les économies pourraient atteindre un tiers par rapport au Cap de Bonne-Espérance, contre un avantage plus modeste d'environ 8 % pour les céréales.

Les chiffres clés

  • 20 jours de trajet, contre le double par le Cap de Bonne-Espérance
  • +40 % de primes d'assurance par rapport à la route australe
  • 8 rotations programmées, d'août à fin octobre seulement
  • ≈ 64 milliards $ de commerce absorbé d'ici cinq ans (3,5 % des flux Asie-Europe-Amérique du Nord)
  • -33 % de coûts possibles pour le GNL, -8 % pour les céréales

Une manœuvre géopolitique sous contrôle russe

Au-delà du calcul économique, cette ouverture revêt une dimension géopolitique. Pékin revendique le statut d'« État proche de l'Arctique », bien qu'il ne borde aucune eau polaire, et compte sur l'accord de Moscou pour utiliser cette voie. La Russie revendique en effet la souveraineté sur l'ensemble de la Route maritime du Nord et délivre les permis de navigation via son opérateur nucléaire d'État, Rosatom.

Pour la Chine, s'imposer désormais dans ces eaux stratégiques, même discrètement, pourrait faciliter son influence future dans une région où les enjeux énergétiques et militaires s'intensifient. 

Les analystes soulignent néanmoins que Pékin doit manœuvrer avec précaution pour ne pas donner l'impression de remettre en cause l'ordre établi dans le Grand Nord, alors que les puissances occidentales observent ces développements avec une méfiance grandissante.



Le réchauffement climatique ne fait donc pas que menacer les équilibres planétaires : il crée aussi des opportunités commerciales inattendues, redistribuant les cartes du commerce mondial au profit de ceux qui savent s'adapter aux nouvelles voies que la nature, malgré elle, ouvre sur les territoires les plus hostiles de la planète.









L'Artic 

La Fibre vous sauve JBCH N° 2608 - 092


JBCH Réflexions —    Édition du 15 août 2026.                Rubrique santé & Société

JBCH RÉFLEXIONS

« Regarder loin, pour comprendre proche »

Économie & Terroir


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Santé & Société

Tout miser sur les fibres ? Vos microbes (et votre santé) vous disent merci

Derrière la mode du « fibermaxxing », la science redécouvre le rôle essentiel des fibres pour le microbiote





Le proteinmaxxing cède la place à une nouvelle obsession alimentaire : le fibermaxxing. Depuis l'été 2025, plus de 10 000 publications Instagram affichent ce hashtag, tandis que sur TikTok les jeunes consommateurs partagent recettes d'overnight oats et de bols de légumineuses, conçus pour dépasser largement les 25 grammes de fibres recommandés par jour.

Un déficit civilisationnel

Cette tendance fait écho à une transformation profonde de notre alimentation depuis l'apparition de l'agriculture, il y a 12 000 ans, puis de l'industrie agroalimentaire moderne. Résultat : 95 % des Américains ne consommeraient pas assez de fibres, et en France, l'apport moyen plafonne à 18 grammes par jour, loin des 30 grammes recommandés. Ce déficit perturbe le microbiote, avec des conséquences préoccupantes pour la santé.



Bien plus qu'une « balayette intestinale »

Longtemps réduites à un simple rôle mécanique, les fibres sont en réalité décomposées par les bactéries intestinales en acides gras à chaîne courte — butyrate, propionate, acétate — qui nourrissent les cellules de l'intestin et régulent l'inflammation. Des travaux de Stanford ont même établi un lien entre consommation de fibres et modulation de l'expression génique, avec des effets anticancéreux via des mécanismes épigénétiques.

Chaque gramme de fibres supplémentaire réduirait significativement le risque de syndrome métabolique.
Toutes les fibres ne se valent pas

La réalité dépasse le simple slogan « mangez plus de fibres ». Chez les personnes au microbiote déjà perturbé, notamment en cas de maladie inflammatoire chronique de l'intestin, les fibres fermentescibles peuvent être mal tolérées et déclencher une inflammation plutôt que la prévenir. Consommés isolément et à forte dose, les fructanes concentrés dans certains compléments provoquent ballonnements et inconfort digestif.

L'autre leçon concerne la matrice alimentaire : dans un aliment peu transformé, les fibres agissent aux côtés des protéines, lipides et composés phytochimiques. Des fibres isolées comme l'amidon résistant modifient le microbiote sans forcément améliorer les marqueurs métaboliques, contrairement à une alimentation entière et non industrialisée.




L'industrie flaire le filon

Le PDG de PepsiCo, Ramon Laguarta, a prédit que « la fibre sera la nouvelle protéine ». McDonald's, Whole Foods et Thrive Market misent déjà sur les mentions « riches en fibres », tandis que des compléments comme le Daily 30+ de Zoe promettent de réconcilier plaisir et santé intestinale — la fibre devenant même un argument face aux inquiétudes sur les microplastiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Apport recommandé : 25-30 g/jour — moyenne française : 18 g/jour
  • Nos ancêtres en consommaient environ 100 g/jour
  • Augmenter progressivement, avec une bonne hydratation
  • Privilégier la diversité des sources végétales, pas un seul aliment

Les nutritionnistes mettent en garde contre une progression trop brutale, source de ballonnements et de gaz. La chercheuse Cailin Hall (Myota) plaide pour un « smart fibermaxxing » : une diversité de fibres prébiotiques fondée sur la science, et non sur les seuls conseils des réseaux sociaux. Le meilleur prébiotique reste, in fine, un aliment entier dans sa matrice naturelle.



L'Or du Maroc, L'Arganier. JBCH N° 2608 - 091

JBCH Réflexions —    Édition du 15 août 2026.                Rubrique Ethique Juive

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« Regarder loin, pour comprendre proche »

Économie & Terroir

L'or liquide du Maroc

Entre tradition berbère et marché mondial

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Au cœur des plaines arides du sud-ouest marocain, entre Essaouira et les contreforts de l'Anti-Atlas, s'étend une forêt millénaire classée au patrimoine mondial de l'UNESCO : l'arganeraie. C'est là, et nulle part ailleurs sur terre, que poussent les arganiers, arbres aux branches noueuses dont le fruit cache un trésor. L'argan, véritable emblème du Maroc, est l'histoire d'un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération par les femmes berbères.



Un arbre unique au monde

L'arganier pousse exclusivement dans cette région semi-désertique, résistant à la chaleur torride et aux sols pauvres. Pendant des siècles, il a structuré l'économie rurale locale, bien avant de devenir un produit d'exportation mondialisé.

Le rituel de la récolte

La récolte des fruits mûrs, qui tombent naturellement au sol entre juin et septembre, obéit à un rituel singulier. Les chèvres, agiles grimpeuses, montent aux branches pour dévorer la pulpe charnue, laissant tomber les noyaux durs ou les évacuant intacts dans leurs excréments. Les femmes des coopératives collectent alors ces noyaux au sol, les nettoient et les font sécher au soleil avant de les briser, une à une, entre deux pierres.


Trente kilos de fruits, une journée entière de travail manuel — pour un seul litre d'huile.
De l'amande à l'huile dorée

Cette amande, grillée pour la cuisine ou conservée brute pour les cosmétiques, est ensuite broyée et malaxée avec de l'eau tiède pour former une pâte onctueuse. Sous la pression mécanique ou, selon la tradition, sous le travail patient des mains, l'huile dorée s'écoule goutte à goutte, puis décante avant d'être filtrée et stockée à l'abri de la lumière.

Le geste, en chiffres

  • Récolte : juin à septembre
  • 30 kg de fruits nécessaires par litre d'huile
  • Une journée de travail manuel par litre
  • Un savoir-faire porté par les coopératives féminines berbères

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Économie & Terroir

L'or liquide du Maroc

Entre tradition berbère et marché mondial


Deux marchés, un même trésor

Sur le plan commercial, l'huile d'argan a conquis deux marchés distincts. En alimentation, son goût de noisette grillée, caractéristique des amandes torréfiées, sublime les tagines et les couscous, tandis que son huile brute règne en star des instituts de beauté du monde entier. Les laboratoires internationaux l'intègrent dans des crèmes, sérums et shampoings prétendument anti-âge, tandis que les coopératives féminines vendent leur production biologique certifiée vers l'Europe, l'Asie et l'Amérique du Nord.

Des vertus scientifiquement reconnues

Les bienfaits de cet or liquide ne sont plus à démontrer. Riche en acides gras insaturés et en vitamine E, l'huile alimentaire aide à réguler le cholestérol et protège le système cardiovasculaire. Dans le domaine cosmétique, ses propriétés antioxydantes, hydratantes et restructurantes en font un remède naturel contre le vieillissement cutané, la sécheresse de la peau et la fragilité des cheveux.

Appliquée sur l'épiderme, elle pénètre en profondeur sans laisser de film gras.

Ce qui fait sa valeur

  • Alimentaire : goût de noisette grillée, régulation du cholestérol
  • Cosmétique : antioxydante, hydratante, restructurante
  • Débouchés : Europe, Asie, Amérique du Nord
  • Certification biologique portée par les coopératives locales
De l'arganeraie aux comptoirs de luxe

Ainsi, de l'arganeraie marocaine aux comptoirs des parfumeries parisiennes ou des spas new-yorkais, l'argan raconte une success story où le patrimoine naturel et le savoir-faire ancestral des femmes berbères se transforment en un produit d'exception aux vertus universelles.








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Les 8 principes de Maïmonides. JBCH N° 2608 - 090

JBCH Réflexions —    Édition du 15 août 2026.                Rubrique Ethique Juive

JBCH RÉFLEXIONS

« Regarder loin, pour comprendre proche »


D'après Mes analyses, mes lectures dans les journaux français et Internationaux_et les Medias, un complément se touve dans JBCH Clips 


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Pensée juive

שמונה פרקים לרמב"ם — 

Les Huit Chapitres de Maïmonide

Un traité d'éthique du XIIe siècle,  


Rédigés en judéo-arabe au XIIe siècle, les Huit Chapitres constituent l'introduction de Maïmonide à son commentaire des Pirkei Avot, les Maximes des Pères. Considéré comme le premier grand traité juif de psychologie morale, ce texte reste d'une actualité frappante : il propose un chemin concret pour comprendre l'âme, corriger ses défauts et donner un sens à ses actes.

Chapitre 1 — L'âme et ses cinq facultés

נֶפֶשׁ הָאָדָם וְכֹחוֹתֶיהָ

Maïmonide pose les fondations de tout le traité : l'homme ne possède qu'une seule âme, mais celle-ci agit de cinq manières distinctes — elle nourrit le corps, elle ressent, elle imagine, elle désire et elle raisonne. Comprendre cette architecture intérieure est, selon lui, le préalable indispensable à tout travail sur soi, comme un médecin doit connaître le corps avant de le soigner.

Pour toi : ce qui te fait stresser avant un contrôle et ce qui te fait avoir envie d'un truc, c'est la même âme qui gère tout — pas des « toi » différents.
Chapitre 2 — Les actions bonnes et mauvaises

הַמַּעֲשִׂים לְפִי כֹּחוֹת הַנֶּפֶשׁ

Chaque vertu et chaque défaut se rattache à l'une de ces facultés de l'âme, en particulier celle du désir. Maïmonide y montre que les commandements de la Torah ne relèvent pas de l'arbitraire : ils visent précisément à éduquer ces facultés pour qu'elles produisent de bonnes actions.

Pour toi : patience, honnêteté, respect — ces habitudes ne sont pas des règles abstraites, elles entraînent une vraie partie de toi, comme un muscle.
« Comme le médecin doit connaître le corps avant de le soigner, il faut connaître son âme avant de la corriger. »
Chapitre 3 — Les maladies de l'âme

מַחֲלוֹת הַנֶּפֶשׁ וּרְפוּאָתָן

Maïmonide file la métaphore médicale : le vice moral est une maladie de l'âme, qui exige d'être diagnostiquée puis traitée par un sage, comme le corps l'est par un médecin. Il met en garde contre ceux qui refusent de reconnaître leurs propres défauts et s'enfoncent ainsi durablement dans l'erreur.

Pour toi : personne n'attend la perfection. Mais fermer les yeux sur un défaut (jalousie, colère, paresse) l'empêche de guérir.
Chapitre 4 — La voie médiane

דֶּרֶךְ הָאֶמְצַע

C'est le chapitre le plus célèbre du traité, marqué par l'influence d'Aristote. La vertu y est toujours définie comme un équilibre entre deux excès : le courage entre témérité et lâcheté, la générosité entre gaspillage et avarice. Pour se corriger, Maïmonide conseille même de pencher un temps vers l'extrême opposé, avant de trouver le point d'équilibre.

Pour toi : trop timide ? Force-toi à parler plus fort. Trop bavard ? Entraîne-toi à te taire. Le but n'est pas l'extrême, mais le recentrage.

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Pensée juive

שמונה פרקים לרמב"ם — 

Les Huit Chapitres de Maïmonide

Un traité d'éthique du XIIe siècle,  




Chapitre 5 — Donner un sens à ses actions

כִּוּוּן הַמַּעֲשִׂים לִידִיעַת ה׳

Même les gestes les plus ordinaires — manger, dormir, gagner sa vie — devraient selon Maïmonide être orientés vers un but supérieur : la connaissance de Dieu et le bien commun, plutôt que consommés pour eux-mêmes.

Pour toi : manger équilibré pour avoir l'énergie d'aider un copain, dormir assez pour être présent pour les autres — c'est déjà donner un sens à ce que tu fais.
Chapitre 6 — Résister à ses envies, ou ne plus les avoir

הֶחָסִיד מוּל כּוֹבֵשׁ יִצְרוֹ

Maïmonide expose un débat classique : pour les philosophes grecs, le plus grand sage n'éprouve plus aucune envie de mal faire ; pour les Sages juifs, celui qui ressent encore cette envie mais y résiste a plus de mérite. Il distingue à cette occasion les lois « logiques », que la raison seule suffit à justifier, des lois « données », qui exigent un effort de volonté.

Pour toi : avoir encore envie de tricher à un contrôle et ne pas le faire, c'est une vraie force de caractère.
« Le fort est celui qui maîtrise son penchant. »
— Pirkei Avot, cité par Maïmonide
Chapitre 7 — Les obstacles et les niveaux de prophétie

הַמְּחִיצוֹת וּמַעֲלוֹת הַנְּבוּאָה

Maïmonide décrit les barrières intellectuelles et morales qui séparent l'homme d'une pleine compréhension du divin, puis classe les degrés de prophétie, plaçant Moïse au sommet comme celui qui a communiqué avec Dieu le plus directement.

Pour toi : plus tu travailles ton caractère et ta réflexion, plus tu t'ouvres à une compréhension profonde des choses — ce n'est pas réservé à une élite figée, c'est un chemin.
Chapitre 8 — Le libre arbitre

הַבְּחִירָה הַחָפְשִׁית

Dans ce dernier chapitre, Maïmonide défend fermement la liberté de choix de l'homme, y compris face à la question difficile de la prescience divine. Il évoque le cas particulier de Pharaon, dont le cœur endurci par Dieu illustre une exception consécutive à des fautes répétées, et non la règle générale.

Pour toi : ni tes parents, ni ton milieu, ni ton humeur du jour ne décident à ta place de qui tu deviens. Tes choix t'appartiennent — c'est autant une responsabilité qu'une liberté.


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vendredi 14 août 2026

IMEC La Nouvelle route Inde - Europe JBCH N° 2608 - 089

 JBCH Réflexions — Édition du 14 août 2026Rubrique Géopolitique & Économie

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« Regarder loin, pour comprendre proche »


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Dossier du jour — Le corridor IMEC face à la manœuvre turco-syrienne

PAGE 1 — L'ANALYSE

Haïfa, l'atout que la Turquie ne peut pas contourner


Pendant qu'Ankara rêve d'un rail ottoman via la Syrie, Israël tient déjà la clé du port — et l'Inde la tient avec lui

Par la rédaction de JBCH Réflexions


Il y a un mois, quelques jours avant le triste anniversaire du 7 octobre 2023, l'analyste Dan Perry rappelait dans The Times of Israel l'ambition du corridor IMEC : India-Middle East-Europe Economic Corridor  dévoilé en 2023 à New Delhi. 

Un réseau de ports, de rails, de câbles et de pipelines devant relier l'Inde à l'Europe en passant par le Golfe, la Jordanie et Israël, avec Haïfa comme tête de pont méditerranéenne. Trois années de guerre ont mis le projet en sommeil. Mais l'urgence, elle, n'a fait que grandir.




Le calcul est limpide. L'Inde tire aujourd'hui la croissance mondiale. L'Europe cherche à se libérer de sa dépendance aux routes maritimes fragiles  : Ormuz, Bab-el-Mandeb, Suez  que les Houthis et l'Iran ont montrées vulnérables ces trois dernières années. 

Un corridor terrestre pourrait réduire les délais de transport de 40 % et les coûts logistiques d'environ 30 %, ramenant le coût d'un conteneur standard de 6 000 à environ 4 200 dollars. Même à un volume modeste, l'économie annuelle se chiffrerait en milliards.

Encart — Ce qu'apporterait IMEC à Israël

Un statut de jonction incontournable entre l'Asie et l'Europe ; l'exportation de son savoir-faire en cybersécurité, semi-conducteurs, dessalement et énergie ; des investissements massifs vers Haïfa et la vallée de Jezréel ; et surtout un ancrage matériel de la normalisation avec l'Arabie saoudite — bien plus difficile à défaire qu'un simple accord de façade.

Or c'est précisément là que la partie se joue désormais. Selon plusieurs sources rapportées par le Jerusalem Post, Riyad examine une option qui ferait passer le corridor ferroviaire par la Syrie, créant une liaison terrestre entre le Golfe et la Méditerranée sans traverser le territoire israélien. 

En avril, Ankara, Amman et Damas se sont accordés sur un axe de transport nord-sud destiné, à terme, à rejoindre le réseau ferroviaire saoudien , avec une étude de faisabilité promise pour la fin de 2026.




La Turquie, elle, ne cache plus son ambition. Après avoir rompu tout commerce avec Israël et multiplié les diatribes d'Erdoğan comparant Netanyahou à Hitler, Ankara promeut la résurrection du vieux chemin de fer du Hedjaz ce rail ottoman qui reliait autrefois Damas à Médine  comme alternative narrative à IMEC. 

Les Émirats et la Jordanie ont signé un accord de 2,3 milliards de dollars pour relier Aqaba aux régions minières du sud, dans la perspective d'une connexion vers la Méditerranée via la Syrie et la Turquie. 

Le président français Emmanuel Macron s'est même rendu à Damas début juillet, première visite occidentale de ce niveau depuis la chute d'Assad signe que Paris, Washington et Ankara partagent un intérêt commun à redessiner la carte syrienne, quitte à y marginaliser Israël.

PAGE 2 — L'ATOUT ISRAÉLIEN

Le rail ottoman contre le fait accompli indien : la carte qu'Ankara ne peut pas battre

Car sur le terrain, un fait change radicalement la donne par rapport aux corridors imaginés du temps de l'Empire ottoman : Haïfa n'appartient plus vraiment à Israël seul — elle appartient en grande partie à l'Inde. Depuis janvier 2023, le port est détenu à 70 % par le géant indien Adani Ports, associé à 30 % au groupe israélien Gadot, pour une concession qui court jusqu'en 2054. New Delhi n'a donc pas seulement un intérêt diplomatique dans IMEC : elle a un actif physique, chiffré à plus d'un milliard de dollars, planté au cœur du port qui gère près de la moitié du trafic conteneurs du pays.




Encart — Haïfa en chiffres

  • Rachat par le consortium Adani (70 %) – Gadot (30 %) : janvier 2023, environ 1,18 milliard de dollars
  • Concession accordée jusqu'en 2054
  • Près de 50 % du trafic conteneurs israélien
  • Février 2026 : visite de Narendra Modi en Israël, consolidant le partenariat autour d'IMEC

C'est là toute la faiblesse du pari turco-syrien. Un rail à travers une Syrie encore convalescente, où l'autorité de Damas reste fragile et disputée par des milices, ne remplace pas en un jour un port opérationnel, modernisé, et déjà intégré aux flux financiers et technologiques indiens. Faire dérailler IMEC vers le nord suppose de convaincre l'Inde d'abandonner un investissement stratégique qu'elle vient à peine de consolider — et de renoncer à la garantie de sécurité qu'offre un partenaire comme Israël face à des routes syriennes dont la stabilité reste à prouver.




L'ancien député Doron Avital, l'un des principaux avocats du projet côté israélien, ne s'y trompe pas : le vrai risque pour Israël n'est pas tant la concurrence syro-turque que l'absence d'une diplomatie économique offensive à Jérusalem, pendant que l'Europe, elle, nomme des responsables dédiés à ce dossier. « Israël est essentiellement un pays européen qui devrait se comporter comme un pont vers l'Est », résume-t-il. C'est bien la question posée aux Israéliens à l'approche des élections du 27 octobre : un gouvernement plus modéré saura-t-il transformer cet avantage matériel — un port, un actionnaire indien, une géographie irremplaçable — en levier diplomatique, avant que Damas et Ankara n'aient eu le temps de couler le premier rail ?




En clair

La Turquie peut ressusciter le fantôme du Hedjaz sur le papier. Elle ne peut pas ressusciter, elle, un actionnaire indien déjà installé, un quai déjà modernisé et une concession déjà signée jusqu'en 2054. Le rail se construit ; le fait accompli, lui, est déjà là.

JBCH Réflexions — bernardch.blogspot.com — Source principale : Dan Perry, « An India-Israel corridor is the biggest Middle East story nobody is talking about », The Times of Israel, 14 août 2026 J.            BCH Août 2026