Dimanche 20 septembre 2026
Réformer, pas taxer
Pourquoi la France, championne du monde des prélèvements et de la dépense publique, continue de s'enfoncer — et pourquoi un impôt de plus n'y changera rien.
JBCH N° 185 — chronique
Il y a quelque chose de tordu chez ceux qui nous gouvernent ... Attention a l'arrivée de ceux qui promettent de raser "gratis" comme le FN-RN ...
Deux cercles vicieux qui se nourrissent l'un l'autre
La France détient donc un record dont personne ne se vante : le niveau de prélèvements le plus élevé de l'OCDE, la dépense publique la plus lourde de tous les pays développés et pourtant un déficit devenu permanent, une dette qui file vers 120 % du PIB, un taux d'emploi qui décroche et une confiance dans les institutions parmi les plus basses des démocraties occidentales.
Si la martingale « plus d'impôts, un peu moins de dépenses » marchait, cela se saurait depuis quarante ans qu'on l'applique.
Olivier Klein, professeur à HEC, dans une analyse aussi sobre que dérangeante montre que le pays est en fait pris dans deux engrenages qui s'aggravent mutuellement.
Le premier est économique : la dépense progresse plus vite que la richesse, il faut donc plus d'impôts ou plus de dette pour la financer, ce qui pèse à son tour sur l'emploi, la compétitivité, l'investissement donc sur les recettes de demain.
Chaque nouvel impôt pour boucler le budget d'aujourd'hui affaiblit un peu plus la base fiscale de demain.
Le second engrenage est démocratique, et c'est le plus grave : des déficits qui persistent malgré des moyens record nourrissent la défiance envers l'État ; cette défiance rend chaque réforme suspecte, donc plus difficile à faire ; les réformes reportées laissent les déséquilibres s'aggraver ; l'aggravation nourrit un peu plus la défiance. La boucle se referme sur elle-même, et c'est elle, plus que le taux d'IS ou la CSG, qui explique l'enlisement français.
La preuve par l'étranger
Le Canada, la Suède, et ce que dit vraiment la recherche
Ce n'est pas une opinion, c'est une régularité empirique. Les travaux d'Alesina, Ardagna, Favero et Giavazzi confirmés depuis par le FMI et l'OCDE sont sans ambiguïté : les redressements budgétaires fondés sur la maîtrise de la dépense produisent des pertes d'activité plus faibles, et sont plus durables, que ceux fondés sur la hausse des prélèvements.
La raison est simple : un plan crédible de réformes, sans promesse de nouvel impôt, restaure la confiance des ménages et des entreprises, qui recommencent à investir.
Deux exemples suffisent à trancher le débat théorique. Le Canada, au milieu des années 1990, revoit une à une l'utilité de ses dépenses, simplifie son administration — et efface ses déficits sans alourdir la fiscalité.
La Suède, sortie exsangue de sa crise du début des années 1990, réforme ses retraites, son marché du travail, ses règles budgétaires et affiche trente ans plus tard l'un des États sociaux les plus généreux d'Europe avec une dette très modérée.
Aucune contradiction entre un État social ambitieux et une discipline budgétaire exigeante : à condition que la richesse produite suive.
Le cas français aggrave encore la démonstration : ces pays réformaient à partir d'un niveau de prélèvements bien inférieur au nôtre.
Ajouter un impôt à un système déjà taxé au maximum de l'OCDE ne produit plus le même rendement il produit surtout un peu plus d'évitement, un peu moins d'emploi, un peu moins d'investissement.
L'efficacité contre l'impôt, la confiance contre la dette
Le problème français n'est donc pas un manque de recettes : c'est un manque d'efficacité. L'école française dépense autant que ses voisines et recule dans tous les classements, avec des enseignants payés deux fois moins qu'en Allemagne.
L'hôpital absorbe plus de 11 % du PIB record mondial tout en s'effondrant sous la tension. Le problème n'est pas le montant, c'est ce qu'on en fait.
Il faut donc réformer l'action publique elle-même simplifier, évaluer, arrêter d'empiler les dispositifs et surtout relever le taux d'emploi, seul levier qui élargit la base fiscale sans alourdir la charge de ceux qui travaillent déjà.
Chaque actif de plus, c'est plus de recettes et moins de dépenses sociales, dans le même mouvement.
Klein appelle cela l'« hyperdémocratie » : un système qui n'ose plus dire non, et qui reporte sur la dette les arbitrages qu'il refuse d'assumer.
Au fond, le diagnostic dépasse la technique budgétaire. Une démocratie qui multiplie les droits sans jamais rappeler les devoirs qui les financent finit par emprunter la confiance qu'elle n'a plus.
Cette confiance-là ne se restaure pas par un impôt de plus : elle se reconstruit par des réformes tenues dans la durée. C'est le seul chemin de sortie — et il ne remet nullement en cause le modèle social, il est la condition de sa survie.
Produire avant de redistribuer, protéger le programme, au fond, tient en une ligne.
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