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mardi 15 septembre 2026

Entre Roch Hachana et Kippour ? JBCH N° 2609 - 174

Les Jours Redoutables





Pourquoi les dix jours entre Roch Hachana et Kippour bouleversent la conscience juive

Dans la tradition juive, la période qui s'ouvre à Roch Hachana et se referme à Kippour porte un nom qui, à lui seul, dit tout : les Yamim Noraïm, littéralement les « Jours Redoutables » ou « Jours Terribles ». 

Non pas terribles au sens de malheureux, mais au sens premier du mot  ceux qui inspirent la crainte révérencielle, le tremblement devant l'immense. 

Dix jours durant lesquels, selon la tradition, le sort de chaque être humain se scelle devant le tribunal céleste.


Le jour du jugement

Le Talmud (traité Roch Hachana 16b) enseigne que trois livres s'ouvrent le jour de Roch Hachana : celui des parfaits justes, aussitôt inscrits pour la vie ; celui des parfaits injustes, aussitôt inscrits pour la mort ; et celui des hommes moyens  la majorité d'entre nous   dont le jugement reste en suspens jusqu'à Kippour. 

C'est cette suspension qui rend ces dix jours si redoutables : rien n'est encore joué.

Une image liturgique bouleversante

Le poème liturgique Ouneetané Tokef, récité à Roch Hachana et à Kippour, décrit Dieu comme un berger comptant ses brebis une à une sous sa houlette, décidant qui vivra et qui mourra, qui par le feu et qui par l'eau. Peu de textes liturgiques ont à ce point marqué l'imaginaire juif par la crudité de leur mise en scène du jugement.

Dix jours pour changer de trajectoire

Maïmonide, dans ses Lois du Repentir (Hilkhot Techouva), explique que si la techouva , le retour, le repentir  est possible toute l'année, elle est particulièrement efficace durant ces dix jours, où elle est accueillie avec une proximité divine accrue.

 Il reprend ainsi le verset d'Isaïe (55:6) invitant à « chercher l'Éternel pendant qu'Il se laisse trouver »  verset que la tradition rabbinique associe précisément à cette période.

« Techouva, tefila ou tsedaka font passer la sévérité du décret »

— formule centrale de la liturgie de Roch Hachana et Kippour


 

Trois clés pour infléchir le jugement

Cette formule, issue de la liturgie des grandes fêtes, résume la réponse juive à la terreur du jugement : 

le repentir sincère (techouva), la prière (tefila) et la charité (tsedaka) ont le pouvoir d'atténuer la rigueur du décret. Loin d'un fatalisme paralysant, les Jours Redoutables sont donc conçus comme un temps d'action.

Des pratiques concrètes

Ces dix jours voient se multiplier les usages : les Selihot, prières pénitentielles récitées avant l'aube ; le Tachlikh, où l'on se rend au bord d'une eau vive pour y « jeter symboliquement ses fautes » ; 

l'intensification de la tsedaka ; et, bien sûr, le jeûne de Kippour, point d'orgue de cette introspection collective.


Une crainte qui n'exclut pas la joie

Paradoxalement, la tradition insiste : Roch Hachana n'est pas un jour de deuil. On y mange des mets sucrés   pomme et miel en tête  pour appeler une année douce. 

La crainte du jugement cohabite avec l'espérance du pardon. 

C'est peut-être là le sens le plus profond de ces jours « terribles » : ils ne terrorisent pas pour accabler, mais pour réveiller pour rappeler, comme le dit le son du chofar, qu'il est encore temps de changer.



JBCH Réflexions.                       Septembre 2026

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