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lundi 3 août 2026

Les retards de la RATP JBCHJ N° 2608 - 047

Paris se targue d’être une capitale mondiale, vitrine de modernité et de progrès social, mais elle abrite en son sous-sol une ségrégation silencieuse que peu osent nommer. 



Le métro parisien, fierté patrimoniale autant qu’outil quotidien de millions de voyageurs, demeure aujourd’hui l’un des réseaux les moins accessibles d’Europe occidentale pour les personnes en situation de handicap. 



Sur les trois cent trois stations que compte le réseau, une seule ligne, la ligne quatorze, offre une accessibilité totale d’un terminus à l’autre. Les personnes en fauteuil roulant, les parents avec poussette, les femmes enceintes, les voyageurs âgés à mobilité réduite se heurtent, ligne après ligne, à des escaliers sans alternative, des couloirs impraticables, des quais inaccessibles.



Le paradoxe est cruel. La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées avait posé, dans son ambition initiale, l’obligation de rendre accessibles tous les réseaux de transport public dans un délai de dix ans. 



Mais le législateur, conscient de la complexité du sous-sol parisien et du coût pharaonique des travaux, a discrètement exempté le métro historique de cette obligation, renvoyant la responsabilité à des schémas directeurs d’accessibilité successifs, celui de deux mille neuf, puis son actualisation de deux mille quinze, qui n’ont jamais fixé d’échéance contraignante. 





Ainsi, ce que l’on pourrait croire une simple négligence administrative est en réalité une dérogation organisée, un renoncement inscrit dans le droit lui-même.




La Régie Autonome des Transports Parisiens invoque, chiffres à l’appui, un coût d’équipement estimé entre quatre et six milliards d’euros pour rendre l’ensemble du réseau accessible, et souligne que, dans la moitié des stations, la densité du sous-sol parisien, ce véritable gruyère de canalisations, de fondations et de réseaux enchevêtrés depuis plus d’un siècle, rendrait l’installation d’ascenseurs techniquement périlleuse, voire impossible sans des travaux d’une ampleur démesurée.



 L’argument n’est pas sans fondement technique, mais il ne saurait masquer un choix politique implicite, celui de sacrifier l’égalité d’accès au nom de la préservation patrimoniale et budgétaire.




Face à cette impasse, les pouvoirs publics ont préféré concentrer leurs efforts sur le réseau de surface, avec un succès réel: la quasi-totalité des lignes de bus parisiennes sont désormais accessibles aux fauteuils roulants, et le service 



Pour Aider à la Mobilité offre une alternative de transport à la demande. 



Mais ce report de l’effort sur le bus ne saurait constituer une réponse suffisante pour des trajets rapides en cœur de ville, où le métro demeure, pour tout Parisien valide, le mode de transport de référence. 



Les personnes handicapées, elles, restent condamnées à des trajets plus longs, plus incertains, dépendants d’une flotte limitée et de réservations préalables.




Peut-on espérer une régularisation prochaine. Les prolongements des lignes onze et quatorze, ainsi que la mise en accessibilité programmée de certaines stations de la ligne quatre, laissent entrevoir des progrès ponctuels, mais aucun calendrier global, aucun engagement budgétaire à la hauteur des quatre à six milliards nécessaires n’a jamais été formulé par l’État ni par Île-de-France Mobilités. 






Tant que le métro parisien continuera de bénéficier d’une dérogation légale déguisée en fatalité technique, l’égalité des droits proclamée par la loi de deux mille cinq restera, pour des centaines de milliers de Franciliens en situation de handicap, une promesse souterraine, enfouie sous les rails d’une capitale qui se rêve universelle mais qui, sous terre, exclut encore.





JBCH Août 2026


Dahlan : retour à Gaza JBCH N° 2608 - 046

 Dahlan, futur homme fort de Gaza ? Les enjeux d'un retour



À 63 ans, Mohammad Dahlan reste une figure incontournable de la politique palestinienne. Ancien chef des services de renseignement à Gaza et dirigeant historique du Fatah, il a bâti sa réputation sur une gestion sécuritaire rigoureuse avant d'être contraint à l'exil à Abu Dhabi, en 2011, après une rupture violente avec Mahmoud Abbas.

L'article du Times of Israel évoquant ses échanges avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump, illustre ses réseaux transatlantiques. 

Les Émirats arabes unis, son pays d'accueil, le considèrent comme un relais privilégié, tandis qu'il entretient des contacts étroits avec les services israéliens. 




Cette assise internationale fait de lui un interlocuteur crédible pour les puissances extérieures, mais ne résout pas sa légitimité intérieure.

L'exil forcé et son exclusion du Fatah ont en effet fragilisé sa base populaire. À Gaza comme en Judée-Samarie, il n'a pas organisé de structure militante visible depuis quinze ans, ce qui pose la question de son ancrage réel sur le terrain. 




Mahmoud Abbas le tient pour responsable de sa chute et le Hamas le perçoit comme un rival sécuritaire. Son retour nécessiterait donc soit une transition politique majeure, soit une imposition de l'extérieur.

Dans l'hypothèse d'un plan de reconstruction de Gaza supervisé par les puissances du Golfe et les États-Unis, Dahlan pourrait être propulsé comme gestionnaire technocrate. 

Cependant, une telle nomination risquerait d'apparaître comme une marionnette des capitales étrangères. 

Depuis près de vingt ans, le paysage politique arabe reste fracturé entre le Fatah, le Hamas et de multiples factions. L'émergence d'un dirigeant unique sans accord national semble aujourd'hui utopique.

Par ailleurs, Dahlan incarne une génération politique des années 1990. Or, une partie de la société arabe notamment les jeunes, réclame un renouvellement des élites que son profil ne symbolise pas.


Son alignement sur la politique d'ouverture envers Israël et les monarchies du Golfe le rend acceptable à l'international, mais le rend suspect aux yeux des courants nationalistes et islamistes qui structurent encore le champ politique palestinien.

Enfin, aucune élection générale n'a eu lieu depuis 2006. Sans scrutin, Dahlan ne pourrait accéder au pouvoir que par désignation externe, un mécanisme qui priverait d'emblée son autorité de toute légitimité populaire. 


Mohammad Dahlan dispose certes des atouts diplomatiques et sécuritaires pour séduire les puissances régionales à la recherche d'un interlocuteur stable. 


Toutefois, sans consensus et sans assise électorale, son accession au leadership de Gaza et de la Judée-Samarie relève davantage du scénario diplomatique que de la réalité politique.

JBCH Août 2026

dimanche 2 août 2026

L'Eau : Le déni français JBCH N° 2608 - 045

Climat & ressources2 août 2026

L'eau : le déni français

Fleuves à sec, nappes épuisées, réseaux qui fuient de toutes parts : la France gère la sécheresse par la restriction ponctuelle quand le problème, lui, est devenu structurel.

La sécheresse frappe une grande partie de l'Europe, à la suite de plusieurs vagues de chaleur et d'un déficit de précipitations. 

Danube et Rhin affichent des niveaux historiquement bas, perturbant transport fluvial, agriculture, tourisme et production d'électricité. 

En France, la situation est préoccupante dans le Sud, le Centre et l'Est : sols asséchés, restrictions d'usage dans plusieurs départements, cultures et forêts exposées à un risque d'incendie qui a sévi cruellement cette année.

 
Une bulle hydrologique qui a fait illusion

Jusqu'à présent, la France vivait dans une bulle hydrologique. Pluies atlantiques, Alpes, grands fleuves, nappes généreuses : nous étions les favoris de l'Europe. 

Cette abondance a forgé un rapport à l'eau fondé sur le gaspillage structurel — 20 % de l'eau potable perdue dans des réseaux vétustes, une agriculture intensive qui pompe sans compter, une industrie qui rejette plutôt qu'elle ne recycle. Nous avons confondu privilège géographique et droit acquis.

Le climat ne négocie pas. Les sécheresses de 2022 et 2023 n'étaient pas des accidents : elles sont le nouveau régime.

Le Rhône, la Loire, la Garonne baissent. Les nappes s'épuisent. Et nous restons figés dans une logique de restriction ponctuelle — arrosage interdit, piscines limitées — alors que le problème est systémique. 

On punit le citoyen pour sa douche, mais on laisse l'agriculture industrielle irriguer des cultures gourmandes en plein stress hydrique. On interdit l'arrosage du jardin, sans traiter la fuite sous la chaussée.

Le triple échec français

La conservation : 1,3 million de kilomètres de canalisations, un tiers antérieur à 1960, un taux de fuite avoisinant 20 %, par endroits 30 %. Un scandale technique : l'or bleu s'échappe par milliers de mètres cubes, faute d'investissement dans la rénovation des réseaux.


Le recyclage : moins de 1 % des eaux usées françaises sont réutilisées à des fins industrielles ou agricoles, contre plus de 85 % en Israël et 15 % en Espagne. La technologie, les compétences et les financements existent ; ce qui manque, c'est la volonté politique de passer de l'égout à la ressource.




Le dessalement : Maroc, Algérie, Israël, Australie, Espagne investissent massivement pour sécuriser leur approvisionnement. La France, elle, reste immobile — alors que ses littoraux atlantique et méditerranéen pourraient accueillir des usines alimentées par le solaire et l'éolien offshore, non pour remplacer les nappes, mais pour alléger la pression sur elles.





Plan Marshall de l'eau

Ce qu'il faut construire

  • Rénovation intégrale des réseaux : objectif zéro fuite d'ici 2040, financé par obligations vertes et fonds européen dédié.
  • Recyclage à grande échelle : une unité de retraitement avancé par grande agglomération, objectif 30 % de réutilisation d'ici 2035.
  • Dessalination côtière : une centaine d'unités modulaires réparties sur les littoraux, couplées au renouvelable.
  • Stockage stratégique : citernes communales, réservoirs souterrains, retenues collinaires.

Le vrai choix

On nous vend des restrictions comme de l'écologie. 

Ce n'est que de la gestion de crise. La vraie écologie, c'est l'investissement massif dans la résilience. 

La France a les ingénieurs, les capitaux, le territoire. Ce qu'elle n'a plus, c'est le temps.

L'eau n'est pas un sujet mineur. C'est le sujet. Agriculture, industrie, santé, énergie : tout en dépend.





samedi 1 août 2026

La Tour Blanche. JBCH N° 2608 044

LA TOUR BLANCHE

Tout jeune pour aller à Gammarth dans la maison que mon papa louait devant le restaurant Orsini, qui se trouvait sur la plage et qui était à l'éapoque le dernier bâtiment avant la grande Dune qui marquait un cul de sac, on passait devant la Tour Blanche !

Entre La Marsa et Gammarth, sur la côte nord de Tunis, s'étirait une bande de terre encore sauvage où la Méditerranée vient lécher des collines basses couvertes de pinèdes. C'est là, dans les premières années 1950, qu'un entrepreneur européen, dit-on originaire de Corse ou d'Italie et nommé Moretti, imagine un lieu qui marquera pour toujours la mémoire de la Tunisie : la Tour Blanche


Construite en contrebas de la colline, face à la mer, cette bâtisse blanche devient rapidement bien plus qu'un simple établissement : c'est un hôtel, un restaurant, et surtout un dancing en plein air où la nuit tombe sur des tables nappées et une piste éclairée par des guirlandes.

Dans ces années où le protectorat français s'effrite et où l'indépendance approche — elle sera proclamée en mars 1956, la Tour Blanche offre un refuge à la société multiculturelle de Tunis. 



Pieds-noirs, Italiens, Maltais, Tunisois et officiers français se retrouvent là pour dîner, danser et oublier, le temps d'une soirée, les tensions politiques qui agitent le pays. 

L'ambiance est celle d'une Tunisie cosmopolite qui vit ses derniers feux : robes longues, costumes cravate, orchestres à la mode et champagne sur la terrasse dominant la baie.

La scène de la Tour Blanche et des établissements voisins de Gammarth accueille bientôt les artistes de passage. 

Dans les années 1950, Charles Aznavour, alors jeune chanteur en quête de reconnaissance, effectue une tournée de trois mois en Afrique du Nord qui le mène en Tunisie et c’est dans ce décor balnéaire qu'il poursuit, loin de Paris, sa conquête des scènes internationales, avant de connaître le triomphe.



Mais c'est en 1957, un an après l'indépendance, que le lieu entre dans la légende. 

À l'occasion de la Semaine du film italien à Tunis organisée par Unitalia-Film, un concours de beauté y est organisé à Gammarth. 

Une jeune fille de dix-neuf ans, Claude Cardinale, y participe presque par hasard, poussée sur scène alors qu'elle aide aux préparatifs. 



Elle est élue « la plus belle Italienne de Tunisie » . Le prix est un voyage à la Mostra de Venise, qui la propulsera vers une carrière cinématographique mondiale sous le nom de Claudia Cardinale

Ce soir-là, sous les étoiles de Gammarth, la Tour Blanche devient le berceau d'une étoile.

Je me souviens que mon oncle Claude, étudiant en pharmacie à Paris, rentrait pour passer ses vacances à La Goulette et organisait avec succès un concours de beauté pour élire « miss Air France »

À la fin de cette décennie, alors que la Tunisie indépendante tourne une page, la Tour Blanche change elle aussi de mains. 


Rachetée par de grandes familles tunisiennes, devenue Hôtel 4 étoiles, elle amorce une nouvelle vie, portant dans ses murs le souvenir de ces années 1950 où, entre La Marsa et Gammarth, le monde dansait encore au bord de la Méditerranée.