7 octobre : la guerre pour la vérité, selon le créateur de « Fauda »
Trois ans après le pogrom, une entreprise de réécriture est à l'œuvre, portée par des réseaux militants et arrosée par l'argent du Qatar. Avi Issacharoff, qui a passé sa vie à raconter le Hamas, décrit le combat qui vient. Et il ne le voit pas perdu.
Évocation du mémorial du festival Nova, près du kibboutz Re'im : des poteaux portant les visages des victimes et des anémones rouges, fleurs de la forêt voisine. Illustration JBCH Réflexions.
Il y a eu le 7 octobre 2023 : environ 1 200 morts, 251 otages, des kibboutz incendiés, une jeunesse fauchée sur une piste de danse. Et il y a, depuis, un second 7 octobre, plus sournois : celui de la mémoire.
Sur les campus américains, sur les réseaux sociaux, dans une partie de la presse européenne, une entreprise méthodique s'emploie à renverser la responsabilité du pogrom. Les bourreaux deviennent des « résistants », les victimes des « colons », et le massacre une simple « réaction ».
Mercredi 14 octobre, au Musée de la Tolérance de Jérusalem, à la clôture d'une conférence internationale consacrée à la médecine légale du 7 octobre, un homme a nommé ce combat.
Avi Issacharoff, 53 ans, Jérusalémite, ancien de l'unité d'élite Duvdevan, correspondant chevronné des affaires arabes et co-créateur de la série « Fauda », parle d'une guerre pour la vérité. Les musées, les médias, les projets de documentation et même les séries télévisées ont selon lui une « mission sacrée » : empêcher que l'histoire ne soit volée.
L'aveu d'un spécialiste : « nous n'avons pas écouté »
Ce qui frappe d'abord chez Issacharoff, c'est l'humilité. Il couvre le Hamas depuis l'an 2000. Il a interviewé ses dirigeants, étudié ses textes, raconté ses méthodes. Il croyait savoir ce que voulait l'organisation. Il reconnaît aujourd'hui qu'il s'était trompé, comme presque tout Israël : les chefs du Hamas annonçaient publiquement, depuis des années, leur volonté d'anéantir « l'entité sioniste » et appelaient tous les musulmans à les rejoindre. On ne les a pas pris au mot.
Sa conclusion, aujourd'hui, est sans détour : le Hamas avait l'intention de commettre un génocide. Il voulait éliminer les Juifs. Et il l'a filmé lui-même, caméras frontales et téléphones à la main, diffusant ses crimes en direct pour que le monde entier les voie.
Le Hamas a filmé ses propres crimes. Et pourtant, on les nie. Comme on a nié la Shoah.
Pour faire mesurer l'ampleur du choc, il propose une comparaison que l'Occident devrait méditer. Pearl Harbor, en 1941, c'est 2 403 Américains tués. Rapportés à la population des États-Unis, les quelque 1 200 morts israéliens du 7 octobre équivaudraient à environ 42 000 Américains tués en une seule journée, sans compter les milliers d'enlèvements.
Qui oserait alors demander à Washington si sa riposte est « proportionnée » ?
La machine à renverser les responsabilités
Issacharoff le constate de retour d'une tournée de conférences au Royaume-Uni et aux États-Unis : aux yeux d'une partie de l'opinion occidentale, Israël est désormais « l'État génocidaire ». Des projets liés à Israël sont annulés à Hollywood, parfois par des producteurs juifs qui n'ont rien contre Israël mais ont peur d'y être associés.
À Londres, il a interpellé l'acteur Mark Ruffalo, qui accuse Israël de génocide : sait-il seulement ce que signifie ce mot, quand Israël laisse entrer chaque jour des centaines de camions de vivres à Gaza, et quand la population de l'enclave a continué de croître pendant la guerre ?
Cette inversion ne doit rien au hasard. Elle a ses relais, ses slogans et ses financiers. Il faut nommer l'un d'eux : le Qatar. L'émirat héberge depuis 2012 la direction politique du Hamas. Il possède Al Jazeera, première fabrique mondiale du récit anti-israélien en langue arabe.
Et il est, selon les déclarations obligatoires faites au ministère américain de l'Éducation, le premier donateur étranger des universités américaines, avec plusieurs milliards de dollars versés en deux décennies.
Ce sont précisément ces campus où l'on scande « du fleuve à la mer » sans savoir, ironise Issacharoff, de quel fleuve ni de quelle mer il s'agit.
Il faut toutefois être précis, car la précision est notre meilleure arme. Ce ne sont pas « les Arabes » qui réécrivent le 7 octobre : ce sont des appareils militants et les puissances qui les financent.
Issacharoff le rappelle lui-même : parmi les victimes du Hamas ce jour-là, on compte une trentaine d'Israéliens arabes et musulmans. Et c'est le même Hamas qui, en 2007, avait pris Gaza dans le sang en massacrant les hommes du Fatah. Le Hamas n'est pas le défenseur des Arabes ; il a été aussi leur bourreau.
Comment Issacharoff voit l'avenir
D'abord, la lucidité. Le créateur de « Fauda » ne se raconte pas d'histoires : les dégâts infligés à l'image d'Israël, notamment dans l'opinion américaine, mettront des années à être réparés. Ce ne sera pas une bataille éclair mais une course de fond, et il dit aimer les longues distances : il court des marathons.
Ensuite, la conviction que la vérité se raconte. Issacharoff est un conteur, et il croit à la force du récit. La cinquième saison de « Fauda », dont les épisodes sept et huit s'inspirent directement du festival Nova et des attaques contre les localités du sud, a fait l'objet de recherches minutieuses.
Elle est devenue la saison la plus regardée de la série, y compris dans des pays hostiles comme le Liban et la Syrie. Une bonne histoire, dit-il en substance, trouve toujours son public. Face à la propagande, la meilleure réponse n'est pas le silence : c'est un récit plus fort, parce que vrai.
Enfin, la confiance dans son peuple. Deux jours après le massacre, frustré de ne pas avoir été rappelé sous les drapeaux, Issacharoff s'est porté volontaire pour évacuer les habitants des localités proches de Gaza. Au kibboutz Beit Kama, il a vu des centaines d'hommes et de femmes de son âge faire la queue pour recevoir une mission : un nom, un numéro de téléphone, une personne à aller chercher sous les roquettes, alors que des terroristes rôdaient encore.
Avec son complice Lior Raz, l'acteur principal de « Fauda », il a fait des allers-retours vers Sderot. C'est là, dit-il, qu'il a su qu'Israël l'emporterait : des inconnus prêts à risquer leur vie pour d'autres inconnus, pour la seule raison qu'ils sont israéliens. Tous responsables les uns des autres.
Une nation où des inconnus risquent leur vie pour des inconnus ne perd pas la guerre de la vérité. Elle la mène, longtemps.
Le négationnisme du 7 octobre est la suite logique du pogrom : ceux qui ont tué veulent maintenant effacer. Le danger n'est pas qu'ils mentent ; c'est que nous nous lassions de répéter la vérité.
Issacharoff, lui, ne s'en lassera pas. Les musées, les témoins, les médecins légistes qui ont identifié les corps, les créateurs qui transforment la mémoire en récit : chacun tient un relais.
La vérité du 7 octobre n'a pas besoin de l'argent du Qatar.
Elle a besoin de nous, et elle a le temps pour elle.
© JBCH Réflexions. Octobre 2026








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