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samedi 17 octobre 2026

Voiture vole ??? JBCH N° 2610 - 261

 





Chronique · Technologie


JBCH N° 261                                          17 Octobre 2026

Faut-il douter de voir un jour une voiture voler ?

Elon Musk vient de faire décoller une Tesla au Texas. Le rêve de survoler les bouchons n'a jamais paru si proche. 

Il n'a pourtant jamais été aussi trompeur. jeudi 15 octobre, sur le site d'essais de SpaceX à McGregor, au Texas, Tesla a enfin présenté son nouveau Roadster. Promis depuis 2017, annoncé pour 2020, reporté d'année en année, il a fini par apparaître, et par quitter le sol grâce à des propulseurs à gaz froid dérivés de la technologie des fusées. Le spectacle était grandiose. Le reste beaucoup moins.

Car, comme l'a relevé le Wall Street Journal, l'essentiel manque. La version « Rocket », la seule équipée d'un système de vol complet, est monoplace, réservée à quelques invités triés sur le volet, et n'est pas homologuée pour la route. Le prix n'a pas été annoncé. 

La production est promise pour 2028, « pour de vrai » selon Musk, alors que certains clients attendent depuis près de dix ans après avoir versé jusqu'à 250 000 dollars d'acompte. Un analyste du secteur avoue n'avoir « presque aucune attente » quant au respect de ce calendrier. Tesla aurait construit quatre ou cinq prototypes en tout.

Alors, faut-il douter ? Oui, mais pas de ce que l'on croit.





La voiture volante existe… depuis 1949

Premier malentendu : la voiture volante n'est pas une invention de demain. En 1949, un ingénieur américain, Molt Taylor, fait voler son Aerocar, une petite automobile à laquelle on accroche des ailes et une hélice. En 1956, après des années d'essais, les autorités de l'aviation civile américaine la certifient. Elle vole, elle roule, elle est légale. On en construira six exemplaires. Six.

1949 : la voiture qui vole existe déjà
Évocation des voitures ailées de l'après-guerre, comme l'Aerocar de Molt Taylor : techniquement réussies, commercialement condamnées. Illustration JBCH Réflexions.

La leçon est là, depuis soixante-dix ans : le problème de la voiture volante n'a jamais été de la faire voler. Le problème, c'est tout le reste.


On sait faire voler une voiture depuis 1949. On ne sait toujours pas quoi en faire.





Les quatre murs du ciel


Le droit. Dès qu'elle quitte le sol, une voiture devient un aéronef. Il faut une licence de pilote, une certification qui prend des années, un plan de vol, un espace aérien autorisé. Personne n'a encore imaginé comment faire cohabiter des milliers d'engins au-dessus d'une ville. Le gouverneur de Floride a promis de rendre le Roadster légal. Les ingénieurs de l'aviation civile, eux, ne travaillent pas sur X.

La physique. Rouler coûte peu d'énergie ; tenir en l'air en coûte énormément. Planer exige des ailes, décoller à la verticale exige une puissance colossale. Les batteries actuelles offrent quelques dizaines de kilomètres d'autonomie en vol, pas davantage.

La sécurité. Une voiture en panne s'arrête sur le bas-côté. Une voiture volante en panne tombe, et pas forcément sur son propriétaire. Ajoutez le bruit des rotors au-dessus des toits, et vous comprendrez pourquoi aucun maire ne se bat pour être le premier.

Le prix. Le modèle chinois le plus avancé coûtera près de 280 000 dollars. On ne parle pas de démocratiser la mobilité : on parle d'un jouet pour milliardaires.






Ce qui arrive vraiment


Faut-il pour autant tout jeter ? Non. Quelque chose vole bel et bien, mais ce n'est pas la voiture de nos rêves d'enfant. C'est l'inverse : l'aéronef qui remplace la voiture.

Aux États-Unis, Joby et Archer construisent des taxis aériens électriques à décollage vertical, quatre passagers et un pilote, conçus pour relier un centre-ville à un aéroport. Joby a fait voler en mars son premier appareil strictement conforme au modèle soumis à l'Administration fédérale de l'aviation, dernière ligne droite avant la certification, attendue vers 2027. Les premiers vols commerciaux sont prévus à Dubaï.

vertiportLa réalité : le taxi aérien électrique
Ce qui arrive vraiment : non pas la voiture qui s'envole, mais l'aéronef électrique à décollage vertical, de vertiport en vertiport. Illustration JBCH Réflexions.

En Chine, Aridge, filiale du constructeur Xpeng, a ouvert à Canton une véritable usine de « voitures volantes » : un fourgon électrique qui transporte dans son coffre un drone biplace. 

Plus de 7 000 précommandes, 600 appareils vendus au Golfe, des premières livraisons espérées fin 2026, sous réserve du feu vert des autorités chinoises. Quant à Paris, on se souvient du taxi volant promis pour les Jeux olympiques de 2024 : il n'a jamais embarqué de passagers.

Le ciel, mode d'emploi
1949 — premier vol de l'Aerocar de Molt Taylor
1956 — l'Aerocar est certifié ; six exemplaires seront construits
2017 — Tesla présente le Roadster, livraisons promises pour 2020
2024 — pas de taxi volant aux JO de Paris
Mars 2026 — Joby lance les vols de certification finale
15 octobre 2026 — le Roadster « vole » au Texas
2028 ? — production promise… « pour de vrai »

Le verdict

Le Roadster volant n'est pas un moyen de transport. C'est une affiche publicitaire. Même les analystes les plus favorables à Tesla le reconnaissent : il ne rapportera presque rien, il sert à redorer l'image de la marque au moment où celle-ci mise tout sur la conduite autonome et les robots. 

Ironie de l'histoire : la seule Tesla qui volera sera peut-être aussi la seule que l'on conduira encore soi-même.

Faut-il donc douter de voir un jour une voiture voler ? Non : on en voit depuis soixante-dix ans, et on en verra d'autres. 

Mais il faut douter, sérieusement, de voir un jour sa voiture survoler le périphérique un lundi matin. 

Ce qui viendra, ce sont des taxis aériens pour cadres pressés et des drones de luxe pour émirs. Le ciel s'ouvrira, mais pas à tout le monde.

La voiture volante ressemble à l'horizon : plus on avance vers elle, plus elle recule. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas marcher.

© JBCH Réflexions  Octobre 2026

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