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samedi 17 octobre 2026

Obama nous a trahi JBCH 2610 - 259

Éditorial · États-Unis



Les deux mandats Obama : quand l'Amérique a cessé de défendre l'Occident



Une ligne rouge effacée, des frontières devenues suspectes, une nation sommée de s'excuser, un allié lâché. Le 13 octobre à Belfast, l'ancien président a livré la clé de lecture de tout le reste.


 

Les États-Unis qui sortent des deux mandats de Barack Obama ne sont plus ceux qui y étaient entrés. En huit ans, le pays est passé du statut de leader incontesté du monde libre à celui d'une puissance qui doute, qui s'excuse et qui négocie son propre effacement. Cette transformation n'est pas un accident. Elle procède d'une doctrine cohérente, que la nouvelle gauche démocrate, celle de Bernie Sanders, a ensuite reprise et radicalisée.

Quatre décisions fondatrices résument ce renoncement.


Syrie : la ligne rouge qui a effacé la parole américaine

Le 20 août 2012, Obama prévient que l'usage d'armes chimiques par Bachar el-Assad franchirait une « ligne rouge ». Un an plus tard, le 21 août 2013, le régime gaze la Ghouta, aux portes de Damas : 1 429 morts selon l'estimation du gouvernement américain lui-même. Les navires sont en position, le monde attend les frappes.

Elles ne viendront jamais. Obama hésite, s'en remet au Congrès, puis saisit la bouée que lui tend Moscou : un accord de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, négocié par Sergueï Lavrov. Assad reste en place. Il gazera encore.


Ce jour-là, l'Occident n'a pas seulement perdu la Syrie. Il a perdu sa parole.


Les adversaires de l'Amérique ont lu la leçon, et vite. Six mois plus tard, Vladimir Poutine annexe la Crimée. En juin 2014, l'État islamique proclame son califat sur les ruines du vide syrien. 

En septembre 2015, l'aviation russe s'installe en Syrie et Moscou devient, avec Téhéran, l'arbitre du Moyen-Orient. Une promesse solennelle non tenue a coûté des centaines de milliers de vies et un crédit stratégique que Washington n'a jamais entièrement reconstitué.

Repères
Août 2012 — la « ligne rouge » est tracée
21 août 2013 — massacre chimique de la Ghouta
Septembre 2013 — accord Kerry-Lavrov, pas de frappes
Mars 2014 — annexion de la Crimée par la Russie
Juillet 2015 — accord nucléaire avec l'Iran (JCPOA)
23 décembre 2016 — Washington laisse passer la résolution 2334
13 octobre 2026 — Belfast : les Juifs « ont été excessifs »

Immigration : gouverner par décret, puis culpabiliser


Ses défenseurs brandiront un chiffre : près de trois millions d'expulsions, au point que la gauche militante l'avait surnommé « expulseur en chef ». C'est vrai, et c'est précisément ce qui rend le reste plus grave. Car là où la loi ne lui donnait pas raison, Obama a gouverné par-dessus elle.

En juin 2012, après l'échec du DREAM Act au Congrès, il institue par simple mémorandum le programme DACA, qui protège des centaines de milliers de clandestins arrivés mineurs. 

En novembre 2014, il tente d'étendre le dispositif à des millions de parents en situation irrégulière : les tribunaux le bloquent, et la Cour suprême, divisée, laisse l'interdiction en vigueur en 2016. Le message est passé : la frontière n'est plus une loi votée, c'est une variable que l'exécutif ajuste selon ses convictions.

Sur les réfugiés, même logique. En pleine vague d'attentats en Europe, l'administration relève le plafond annuel d'admission et accueille plus de dix mille Syriens en 2016, alors que le directeur du FBI lui-même avait reconnu devant le Congrès qu'on ne pouvait vérifier sérieusement des gens sur lesquels on ne disposait d'aucune donnée. 

Toute objection est disqualifiée d'emblée comme xénophobe. Le précédent moral est posé : l'Occident devrait expier en accueillant. C'est la matrice exacte du discours de Sanders et de l'aile gauche, pour qui la frontière est d'abord une injustice.

 La promotion du wokisme  


Obama n'a pas inventé le wokisme. Il l'a rendu respectable. Il l'a introduit à doses homéopathiques dans les institutions : la Maison-Blanche, les universités, l'administration fédérale.

La méthode n'est jamais frontale. Ce sont des « lettres d'orientation » du ministère de l'Éducation, qui imposent aux campus des procédures disciplinaires d'exception, puis sommant en 2016 les écoles de tout le pays de revoir l'accès aux toilettes et vestiaires au nom de l'identité de genre. 

Ce sont des directives qui traitent toute disparité statistique de sanctions scolaires comme une discrimination présumée. C'est un président qui, dès 2009, juge publiquement qu'un policier de Cambridge a agi « stupidement » avant de connaître le dossier, puis fait de chaque drame impliquant la police un procès de l'Amérique tout entière.


L'Amérique n'était plus une nation à célébrer, mais un système à corriger.


C'est sous son second mandat que naît Black Lives Matter et que le vocabulaire des campus, privilège blanc, racisme systémique, déconstruction du récit national, entre dans la langue de l'État. 

La stratégie fut d'une efficacité redoutable : ne rien imposer par la force, tout normaliser. La génération Sanders, AOC et BLM n'a eu qu'à pousser la logique à son terme : statues déboulonnées, discrimination positive érigée en dogme, censure au nom de la tolérance.


Israël : le lâchage d'un allié


Barack Obama au téléphone avec Benjamin Netanyahou, 2009
Bureau ovale, juin 2009 : Obama au téléphone avec Benjamin Netanyahou. Huit ans de défiance commencent. Photo Maison-Blanche / Pete Souza, domaine public.

On nous opposera un chiffre : 38 milliards de dollars d'aide militaire sur dix ans, signés en septembre 2016. 

Soit. Mais une alliance ne se mesure pas au chèque ; elle se mesure à la confiance, et celle-là, Obama l'a méthodiquement détruite.

Dès 2009, il exige un gel des implantations que même ses prédécesseurs n'avaient pas posé en préalable. 

En 2011, il fait des lignes de 1967 la base de toute négociation. La même année, un micro resté ouvert au G20 le surprend à compatir avec Nicolas Sarkozy sur ce Netanyahou qu'il doit « le supporter tous les jours ... et Sarkozy d'ajouter que c'est un menteur», le prétexte pour sa France  de reconnaitre l'autorité de Ramallah par l'Unesco et par l'ONU.

En 2015, Obama conclut avec Téhéran un accord nucléaire contre l'avis explicite de Jérusalem, qui lèvera les sanctions et remettra des dizaines de milliards au régime qui finance le Hezbollah et le Hamas, et qu'il prépare la bombe atomique pour anéantir Israël.


Photo de groupe après l'accord nucléaire iranien, Vienne, 14 juillet 2015
La Honte !!! Vienne, 14 juillet 2015 : John Kerry et Mohammad Javad Zarif posent avec les ministres du P5+1. Israël n'était pas présent . Photo Département d'État, domaine public.

Le point d'orgue tombe le 23 décembre 2016, à quatre semaines de son départ. Obama, qui avait lui-même opposé son veto en 2011 à un texte comparable, s'abstient cette fois au Conseil de sécurité et laisse adopter la résolution 2334, qui qualifie de violation flagrante du droit international toute présence israélienne au-delà de 1967, Jérusalem-Est et le Mur occidental compris. 

Un dernier coup porté en partant, quand plus aucune élection ne pouvait le sanctionner.

Belfast, ou l'aveu ! et la Honte !


Dix ans plus tard, l'homme ne s'est pas assagi. Le 13 octobre dernier, sur la scène de l'O2 Arena de Belfast, interrogé par la journaliste Susan McKay, l'ancien président concède que les Juifs, persécutés pendant des millénaires, ont légitimement cherché un refuge. 

Puis vient la phrase : il serait tout aussi « indéniable » qu'ils ont pris la terre d'autres gens et qu'ils ont été « excessifs ». 

Les dépossédés auraient donc eu raison de crier à l'injustice et de réclamer leur terre.

Il ne dit pas « volé ». Il dit « pris » et « excessifs ». La nuance est cosmétique. C'est le récit fondateur de la propagande anti-israélienne, prononcé par un ancien président des États-Unis, sous les applaudissements.


Ce n'est pas une maladresse.                                                C'est le fond de sa pensée.

Car cette phrase efface tout : trois mille ans de présence et de lien du peuple juif avec cette terre ; les achats légaux de terres sous l'Empire ottoman puis le mandat britannique, souvent à prix d'or auprès de propriétaires absents ; le plan de partage de 1947, accepté par les Juifs et rejeté par les Arabes, qui choisirent la guerre ; et les quelque 850 000 Juifs chassés des pays arabes dans les années qui suivirent 1948, dont personne ne réclame jamais les terres. 

Elle installe l'inversion accusatoire que l'on retrouve de Sanders à Rashida Tlaib : Israël en colon, les Palestiniens seuls autochtones, les Juifs en occupants européens.

Et pour que nul ne se trompe sur la filiation, quelques jours avant Belfast, Obama enregistrait un spot de campagne pour Abdul El-Sayed, candidat islamiste de l'aile Sanders à la primaire sénatoriale du Michigan.

En deux mandats, Obama a réussi ce que les adversaires de l'Occident n'avaient jamais obtenu par eux-mêmes : faire douter l'Amérique de sa parole, de ses frontières, de son histoire et de ses alliés. 

Les nouveaux démocrates n'ont rien inventé.

Ils administrent l'héritage.

© JBCH Octobre 2026 

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