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samedi 17 octobre 2026

La fabrique de la Haine JBCH N° 2026 - 262




JBCH Réflexions N° 262                                      17 Avril 2026


La fabrique de la haine : comment le Hamas a façonné une génération





On ne naît pas en haïssant. On l'apprend. À Gaza, pendant près de vingt ans, une organisation a fait de cet apprentissage une politique d'État.

Il faut regarder une photo pour comprendre ce que des milliers de pages d'analyse peinent à dire. Un homme aux cheveux blancs, le regard froid, tient dans ses bras un enfant d'à peine cinq ou six ans. 

L'enfant porte un treillis, un bandeau vert des Brigades Ezzedine al-Qassam, et serre contre lui un fusil d'assaut presque aussi grand que lui. L'homme, c'est Yahya Sinwar, en 2021. Deux ans plus tard, il sera l'architecte du 7 octobre.

Tout est dans cette image : la haine ne se transmet pas par accident. Elle se met en scène, elle s'enseigne, elle se porte à bout de bras, devant les caméras, comme un héritage.

I. Des Frères musulmans que Nasser avait chassés

L'histoire commence en Égypte. En 1954, après une tentative d'assassinat contre lui à Alexandrie, Gamal Abdel Nasser écrase les Frères musulmans : arrestations de masse, procès, potences. En 1966, il fait pendre leur idéologue Sayyid Qutb. Le raïs nationaliste avait compris avant beaucoup d'autres que l'islamisme politique était une menace mortelle pour tout État.

Mais une idéologie ne meurt pas sur l'échafaud. De 1948 à 1967, la bande de Gaza vit sous administration égyptienne, et la branche locale de la confrérie y survit dans l'ombre. Après 1967, elle prospère sous le nom de « Centre islamique » de cheikh Ahmed Yassine, réseau d'écoles, de mosquées et d'associations caritatives. 

En décembre 1987, au début de la première intifada, ce réseau prend un nouveau nom : Hamas. Sa charte de 1988 se présente explicitement comme une aile des Frères musulmans et appelle à la destruction d'Israël au nom du religieux.

En juin 2007, le Hamas chasse le Fatah de Gaza par les armes. Commence alors l'expérience : une organisation islamiste armée seule maîtresse d'un territoire, de ses écoles, de ses écrans, de ses mosquées et de ses enfants.

Nasser avait pendu l'idéologue. Il n'avait pas tué l'idée. Gaza lui a offert un laboratoire.

Vingt ans pour fabriquer une génération

Un enfant né à Gaza en 2007 avait seize ans le 7 octobre 2023. Il n'a connu que le Hamas. À la télévision, la chaîne Al-Aqsa lui a montré des émissions pour enfants où une marionnette en forme de souris appelait à la guerre sainte avant de « mourir en martyr » sous les coups d'un Israélien. À l'école, il a appris des cartes où Israël n'existe pas. Dans les camps d'été organisés par le mouvement, des milliers d'adolescents ont appris à ramper sous les barbelés, à démonter une kalachnikov, à simuler l'enlèvement de soldats.

Le martyre y est célébré comme l'accomplissement suprême ; les « martyrs » ont leurs affiches sur les murs, leurs noms donnés aux rues et aux écoles. Le Juif n'est pas un adversaire politique : il est l'ennemi absolu, que la charte du mouvement voue à l'extermination en invoquant un hadith eschatologique. Voilà ce qu'est l'endoctrinement : non pas une opinion qu'on propose, mais un monde dont on ne peut plus sortir.

Ce que montre la photo en entête : 

La planche, publiée sous le titre « Les architectes déchus », assemble cinq images. En haut à gauche, Sinwar et l'enfant armé, en 2021 : le chef qui envoie des enfants vers la mort se montre en père protecteur. En haut à droite, une forêt de fusils brandis vers le ciel, des hommes qui hurlent en tenant des portraits de Sinwar : le deuil transformé en serment de vengeance.

Au centre, l'image la plus saisissante : une femme en voile noir, le front ceint du bandeau vert des Brigades al-Qassam, la bouche ouverte sur un cri, l'index tendu vers le ciel, le geste de l'unicité divine devenu signe de ralliement djihadiste. Autour d'elle, d'autres femmes, keffiehs sur les épaules, drapeaux verts du Hamas. La haine n'est pas l'affaire des seuls combattants : elle a gagné les mères.

En bas à gauche, une jeune femme entièrement masquée, keffieh noir et blanc, coiffée de la casquette des Brigades al-Quds du Djihad islamique, un drapeau noir et jaune à la main. En bas à droite, une marée de casquettes vertes portant le cercueil de Saleh al-Arouri, numéro deux du Hamas tué à Beyrouth en janvier 2024, enveloppé des drapeaux palestinien et du mouvement.

Pas une larme dans ces images. Des poings, des cris, des armes. Les funérailles ne sont plus le lieu du chagrin : elles sont devenues des meetings.

Une population otage de ses maîtres


Il serait confortable de conclure que tout un peuple n'est que haine. Ce serait faux, et ce serait faire au Hamas le plus beau des cadeaux : accepter sa prétention à parler au nom de tous. 

Les chiffres sont pourtant glaçants : en décembre 2023, un sondage du Centre palestinien de recherche politique dirigé par Khalil Chikaki indiquait qu'une large majorité des Palestiniens jugeait « juste » la décision d'attaquer le 7 octobre. Vingt ans d'endoctrinement ne passent pas sans laisser de traces.

Mais en mars 2025, à Beit Lahia et ailleurs dans la bande de Gaza, des centaines de Gazaouis sont descendus dans la rue en criant « Hamas dehors ». 

Certains l'ont payé de leur vie. C'est la preuve que la haine n'est pas une nature, mais une fabrication ; et que ce qui a été fabriqué peut être défait.

Le premier crime du Hamas n'est pas le 7 octobre. C'est d'avoir volé leur enfance à des milliers d'enfants.

Sinwar est mort. Al-Arouri est mort. Les « architectes » sont tombés. Mais l'édifice qu'ils ont bâti, cette école de la haine qui a transformé des enfants en soldats et des funérailles en appels au meurtre, leur survit. 

Aucune victoire militaire ne le démolira seule. Il faudra des écoles qui enseignent autre chose, des écrans qui montrent autre chose, et des voix arabes qui disent autre chose.


On a mis vingt ans à fabriquer cette haine. I

l en faudra au moins autant pour la défaire. 

Raison de plus pour commencer maintenant.


© JBCH réflexions,  Octobre 2026

Voiture vole ??? JBCH N° 2610 - 261

 





Chronique · Technologie


JBCH N° 261                                          17 Octobre 2026

Faut-il douter de voir un jour une voiture voler ?

Elon Musk vient de faire décoller une Tesla au Texas. Le rêve de survoler les bouchons n'a jamais paru si proche. 

Il n'a pourtant jamais été aussi trompeur. jeudi 15 octobre, sur le site d'essais de SpaceX à McGregor, au Texas, Tesla a enfin présenté son nouveau Roadster. Promis depuis 2017, annoncé pour 2020, reporté d'année en année, il a fini par apparaître, et par quitter le sol grâce à des propulseurs à gaz froid dérivés de la technologie des fusées. Le spectacle était grandiose. Le reste beaucoup moins.

Car, comme l'a relevé le Wall Street Journal, l'essentiel manque. La version « Rocket », la seule équipée d'un système de vol complet, est monoplace, réservée à quelques invités triés sur le volet, et n'est pas homologuée pour la route. Le prix n'a pas été annoncé. 

La production est promise pour 2028, « pour de vrai » selon Musk, alors que certains clients attendent depuis près de dix ans après avoir versé jusqu'à 250 000 dollars d'acompte. Un analyste du secteur avoue n'avoir « presque aucune attente » quant au respect de ce calendrier. Tesla aurait construit quatre ou cinq prototypes en tout.

Alors, faut-il douter ? Oui, mais pas de ce que l'on croit.





La voiture volante existe… depuis 1949

Premier malentendu : la voiture volante n'est pas une invention de demain. En 1949, un ingénieur américain, Molt Taylor, fait voler son Aerocar, une petite automobile à laquelle on accroche des ailes et une hélice. En 1956, après des années d'essais, les autorités de l'aviation civile américaine la certifient. Elle vole, elle roule, elle est légale. On en construira six exemplaires. Six.

1949 : la voiture qui vole existe déjà
Évocation des voitures ailées de l'après-guerre, comme l'Aerocar de Molt Taylor : techniquement réussies, commercialement condamnées. Illustration JBCH Réflexions.

La leçon est là, depuis soixante-dix ans : le problème de la voiture volante n'a jamais été de la faire voler. Le problème, c'est tout le reste.


On sait faire voler une voiture depuis 1949. On ne sait toujours pas quoi en faire.





Les quatre murs du ciel


Le droit. Dès qu'elle quitte le sol, une voiture devient un aéronef. Il faut une licence de pilote, une certification qui prend des années, un plan de vol, un espace aérien autorisé. Personne n'a encore imaginé comment faire cohabiter des milliers d'engins au-dessus d'une ville. Le gouverneur de Floride a promis de rendre le Roadster légal. Les ingénieurs de l'aviation civile, eux, ne travaillent pas sur X.

La physique. Rouler coûte peu d'énergie ; tenir en l'air en coûte énormément. Planer exige des ailes, décoller à la verticale exige une puissance colossale. Les batteries actuelles offrent quelques dizaines de kilomètres d'autonomie en vol, pas davantage.

La sécurité. Une voiture en panne s'arrête sur le bas-côté. Une voiture volante en panne tombe, et pas forcément sur son propriétaire. Ajoutez le bruit des rotors au-dessus des toits, et vous comprendrez pourquoi aucun maire ne se bat pour être le premier.

Le prix. Le modèle chinois le plus avancé coûtera près de 280 000 dollars. On ne parle pas de démocratiser la mobilité : on parle d'un jouet pour milliardaires.






Ce qui arrive vraiment


Faut-il pour autant tout jeter ? Non. Quelque chose vole bel et bien, mais ce n'est pas la voiture de nos rêves d'enfant. C'est l'inverse : l'aéronef qui remplace la voiture.

Aux États-Unis, Joby et Archer construisent des taxis aériens électriques à décollage vertical, quatre passagers et un pilote, conçus pour relier un centre-ville à un aéroport. Joby a fait voler en mars son premier appareil strictement conforme au modèle soumis à l'Administration fédérale de l'aviation, dernière ligne droite avant la certification, attendue vers 2027. Les premiers vols commerciaux sont prévus à Dubaï.

vertiportLa réalité : le taxi aérien électrique
Ce qui arrive vraiment : non pas la voiture qui s'envole, mais l'aéronef électrique à décollage vertical, de vertiport en vertiport. Illustration JBCH Réflexions.

En Chine, Aridge, filiale du constructeur Xpeng, a ouvert à Canton une véritable usine de « voitures volantes » : un fourgon électrique qui transporte dans son coffre un drone biplace. 

Plus de 7 000 précommandes, 600 appareils vendus au Golfe, des premières livraisons espérées fin 2026, sous réserve du feu vert des autorités chinoises. Quant à Paris, on se souvient du taxi volant promis pour les Jeux olympiques de 2024 : il n'a jamais embarqué de passagers.

Le ciel, mode d'emploi
1949 — premier vol de l'Aerocar de Molt Taylor
1956 — l'Aerocar est certifié ; six exemplaires seront construits
2017 — Tesla présente le Roadster, livraisons promises pour 2020
2024 — pas de taxi volant aux JO de Paris
Mars 2026 — Joby lance les vols de certification finale
15 octobre 2026 — le Roadster « vole » au Texas
2028 ? — production promise… « pour de vrai »

Le verdict

Le Roadster volant n'est pas un moyen de transport. C'est une affiche publicitaire. Même les analystes les plus favorables à Tesla le reconnaissent : il ne rapportera presque rien, il sert à redorer l'image de la marque au moment où celle-ci mise tout sur la conduite autonome et les robots. 

Ironie de l'histoire : la seule Tesla qui volera sera peut-être aussi la seule que l'on conduira encore soi-même.

Faut-il donc douter de voir un jour une voiture voler ? Non : on en voit depuis soixante-dix ans, et on en verra d'autres. 

Mais il faut douter, sérieusement, de voir un jour sa voiture survoler le périphérique un lundi matin. 

Ce qui viendra, ce sont des taxis aériens pour cadres pressés et des drones de luxe pour émirs. Le ciel s'ouvrira, mais pas à tout le monde.

La voiture volante ressemble à l'horizon : plus on avance vers elle, plus elle recule. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas marcher.

© JBCH Réflexions  Octobre 2026

La guerre atteint les russes et beaucoup désertent. JBCH N° 2610 - 260

Éditorial · Russie





JBCH N° 260                                                     17 Octobre 2026


Le lieutenant qui a trahi Poutine pour ne pas trahir la Russie


L'histoire de Lev Stupnikov, jeune officier russe passé à l'Ukraine, est un réquisitoire. Pas contre lui. Contre un régime qui corrompt ses cadets, vide ses prisons pour remplir ses tranchées, fait taire les mères et abat ses déserteurs jusque sur les plages d'Espagne.

Vladimir Poutine, 2018
Vladimir Poutine, mars 2018. Vingt-six ans de pouvoir, une armée transformée en hachoir. Photo kremlin.ru, CC BY 4.0.

Il y a des phrases qui résument un régime mieux que dix rapports. En février 2024, près de Vouhledar, dans le Donbass, un lieutenant russe de vingt-quatre ans vient de transmettre aux Ukrainiens les coordonnées d'un champ où sont rassemblés plus d'une centaine de ses camarades et plusieurs officiers supérieurs. Les missiles tombent. Son contact ukrainien lui demande une photo. Il répond, d'après l'enquête que le Wall Street Journal publie ce week-end : « Il n'y a que de la viande. »

Soixante-huit morts, dont le commandant de la 36e brigade de fusiliers motorisés. Puis d'autres frappes, d'autres réunions d'état-major pulvérisées, d'autres coordonnées. Au total, plus de trois cents soldats russes tués grâce aux renseignements de Lev Stupnikov, selon ses officiers traitants ukrainiens. En juillet 2024, il traverse à pied, de nuit, un no man's land truffé de mines, guidé par un drone ukrainien. Il combat aujourd'hui contre la brigade qu'il a quittée.

On peut juger cet homme. On le doit, même. Mais avant de le juger, il faut regarder ce qui l'a produit. Car Stupnikov n'est pas une anomalie : c'est un symptôme. Et le mal porte un nom.

Une armée où tout s'achète, sauf l'honneur

Le premier contact de Stupnikov avec l'institution militaire de Poutine, c'est un pot-de-vin. À dix-sept ans, il est recalé d'une école de pilotes parce qu'il refuse de payer. À l'académie des transmissions de Saint-Pétersbourg, l'une des plus prestigieuses du pays, les cadets paient pour sortir, paient pour prolonger leurs permissions, paient pour choisir leur affectation. Voilà l'école des officiers de la « Grande Russie » : un guichet.

Puis vient le 24 février 2022. Dans l'amphithéâtre, on projette aux élèves les discours du président sur l'« opération militaire spéciale ». Chaque matin, sur le terrain de manœuvre, on leur lit le nombre de « nationalistes » tués dans la nuit et la liste des villages « libérés ». La guerre manque tant d'officiers qu'on avance leur promotion de deux mois. On sabre le champagne dans un casque de combat. Direction : l'abattoir.


Poutine n'envoie pas une armée à la guerre. Il y envoie ses prisons.


Sur le front, la brigade qui avait marché sur Kiev en 2022 n'a presque plus de volontaires ni de contractuels. Ses rangs sont remplis de détenus libérés par anticipation et de recrues sans formation, venues pour la prime. 

Les hommes pillent les magasins, molestent les commerçants ukrainiens, meublent le poste de commandement avec les canapés et les téléviseurs volés dans les maisons des civils. 

C'est l'héritage direct du système inventé par Evgueni Prigojine dans les colonies pénitentiaires dès 2022, puis repris par le ministère de la Défense : le condamné devient fantassin, le fantassin devient « viande », et la viande sert aux assauts en vagues que les soldats russes eux-mêmes appellent « assauts de viande ».

Cette armée a été lancée à l'assaut de Vouhledar pendant près de deux ans. Au début de 2023 déjà, une offensive majeure s'y était soldée par des pertes considérables et une humiliation. 

La ville est finalement tombée le 1er octobre 2024 : il n'en restait que des ruines, presque plus aucun habitant. Voilà la « libération » selon le Kremlin : on rase, puis on plante le drapeau sur les gravats.

Le théâtre dramatique de Marioupol en 2021
Le théâtre de Marioupol en 2021. Le 16 mars 2022, une frappe aérienne russe l'éventre alors que des centaines de civils s'y abritent et que le mot « ENFANTS » est peint en lettres géantes devant l'entrée. Amnesty International y voit un crime de guerre. Photo Oleksandr Malyon, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

  Les mères, ennemies de l'État


Derrière le lieutenant, il y a une femme. Tatiana Yantsen, employée de bureau à Omsk, en Sibérie. Ironie cruelle : elle avait quitté le Kazakhstan pour la Russie grâce à un programme de rapatriement des Russes de l'étranger, convaincue de rentrer dans sa « patrie historique ». 

Elle y a découvert un régime qu'elle a combattu, d'abord dans la rue, puis seule, la nuit, en collant des affiches contre la guerre que la police arrachait dès le lendemain matin.

Quand son fils reçoit l'ordre de partir au front « pour combler les pertes », c'est elle qui cherche des avocats, des ONG, une filière. C'est elle qui contacte l'informaticien ukrainien qui deviendra l'officier traitant de son fils. 

Dans la Russie de Poutine, l'acte le plus subversif qui soit n'est pas de manifester : c'est d'être une mère qui refuse de donner son enfant.


Un régime qui a peur des mères de ses soldats a déjà perdu quelque chose de plus important qu'une guerre.


Le Kremlin le sait. Dès 2014, au moment de l'agression contre le Donbass, le Comité des mères de soldats de Saint-Pétersbourg était inscrit sur la liste des « agents de l'étranger ». 

En 2024, c'est au tour du mouvement des épouses de mobilisés, qui réclamaient simplement le retour de leurs maris, d'être frappé du même stigmate. On peut juger un pouvoir à ce qu'il appelle « étranger » : pour Poutine, l'étranger, c'est la femme russe qui veut revoir son fils vivant.

La méthode Poutine, en dates
2006 — Alexandre Litvinenko empoisonné au polonium à Londres
Février 2015 — Boris Nemtsov abattu au pied du Kremlin
Mars 2018 — Sergueï Skripal empoisonné au Novitchok à Salisbury
24 février 2022 — invasion à grande échelle de l'Ukraine
16 mars 2022 — le théâtre de Marioupol bombardé
Août 2023 — l'avion d'Evgueni Prigojine s'écrase, deux mois après sa mutinerie
13 février 2024 — le pilote déserteur Maksim Kouzminov abattu en Espagne
16 février 2024 — Alexeï Navalny meurt dans une colonie pénitentiaire de l'Arctique


La vengeance comme politique d'État


Une fois passé de l'autre côté, Stupnikov aurait pu partir refaire sa vie ailleurs. Il a choisi de rester en Ukraine, au plus près du front. Pas par goût du combat : par lucidité. Il savait ce qui était arrivé à Maksim Kouzminov.

Kouzminov, pilote d'hélicoptère, avait fait défection à l'été 2023 en posant son Mi-8 en Ukraine. Installé en Espagne sous une fausse identité ukrainienne, il est retrouvé le 13 février 2024 criblé de balles dans le parking souterrain d'un immeuble de Villajoyosa, près d'Alicante. 

Une voiture calcinée est découverte non loin. Les services espagnols soupçonnent le Kremlin. Et à Moscou, le patron du renseignement extérieur, Sergueï Narychkine, commente l'affaire en qualifiant le déserteur de « cadavre moral » dès l'instant où il avait conçu son « crime ». 

Un chef d'espionnage qui se réjouit publiquement d'un assassinat sur le sol de l'Union européenne : voilà le niveau.

Trois jours plus tard, Alexeï Navalny meurt dans sa colonie pénitentiaire au-delà du cercle polaire. Six mois plus tôt, Prigojine s'était écrasé avec son avion, deux mois après avoir osé marcher sur Moscou. Avant eux, Litvinenko, Nemtsov, Skripal. 

La liste est longue, la signature identique. Ce n'est pas un État qui commet des crimes par accident. C'est un système dont le crime est la langue maternelle.

Vladimir Poutine à Goudermes, Tchétchénie, 1er janvier 2000
Goudermes, Tchétchénie, 1er janvier 2000 : à peine président par intérim, Poutine décore ses troupes au milieu d'une guerre qui rasera Grozny. Tout était déjà là. Photo kremlin.ru, CC BY 4.0.

IV. Traître, vraiment ?

Soyons honnêtes : l'histoire de Stupnikov n'est pas une image d'Épinal. Il a fait tuer des hommes qui partageaient sa gamelle. Il le sait. 

Il avoue des nuits hantées par les explosions qu'il a provoquées et se raccroche à des justifications qu'il formule lui-même avec un cynisme désespéré : ces hommes seraient morts de toute façon, envoyés à la boucherie par leur propre commandement, et au moins leurs mères récupéreraient un corps et une indemnité. 

Que des pensées pareilles puissent paraître raisonnables, c'est déjà un acte d'accusation contre le Kremlin.

Il faut aussi regarder en face le Corps des volontaires russes qu'il a rejoint : une unité intégrée à l'armée ukrainienne, mais aussi une organisation politique d'extrême droite. La Russie d'après Poutine ne sortira pas nécessairement de ces rangs-là, et personne ne devrait s'en réjouir aveuglément.

Mais la question de la trahison se retourne. Stupnikov avait juré, à dix-sept ans, de défendre la liberté, l'indépendance et l'ordre constitutionnel de son pays. Qui a trahi ce serment ? 

Le lieutenant qui refuse de bombarder des civils, ou le président qui a tripatouillé la Constitution pour régner jusqu'en 2036, qui a fait de l'armée une entreprise de racket et de pillage, qui jette des condamnés sous les mitrailleuses et fait assassiner ceux qui s'enfuient ?

Sa femme a refusé de le suivre et l'a renié devant les médias d'État. Sa mère et sa sœur ont fui par la Moldavie avec deux valises et une mèche de cheveux d'enfant. À sa mère qui lui demandait s'il s'agissait vraiment de « leur » guerre, il a répondu que oui : chaque Russe porte une part de responsabilité, et chaque Russe doit aider à y mettre fin. On peut discuter ses actes. On ne peut pas discuter ce constat.

Vladimir Poutine voulait prouver au monde que la Russie était une puissance que l'Occident avait tort de mépriser. Il a prouvé autre chose : qu'un régime fondé sur la peur finit par produire exactement ce qu'il redoute. 

Des mères qui désobéissent. Des lieutenants qui livrent les coordonnées de leur propre état-major. Des déserteurs que l'on doit aller tuer jusqu'en Espagne parce qu'on ne sait plus les retenir autrement.

Le jour où Lev Stupnikov a regardé un champ couvert de cadavres et n'a trouvé qu'un mot, « viande », il ne décrivait pas seulement ses camarades. Il décrivait ce que le maître du Kremlin a fait de la Russie.





Un peuple traité en chair à canon finit toujours par se souvenir qu'il est un peuple.

©   JBCH  Octobre 2026

D'après l'enquête du Wall Street Journal, 17-18 octobre 2026.

Obama nous a trahi JBCH 2610 - 259

Éditorial · États-Unis



Les deux mandats Obama : quand l'Amérique a cessé de défendre l'Occident



Une ligne rouge effacée, des frontières devenues suspectes, une nation sommée de s'excuser, un allié lâché. Le 13 octobre à Belfast, l'ancien président a livré la clé de lecture de tout le reste.


 

Les États-Unis qui sortent des deux mandats de Barack Obama ne sont plus ceux qui y étaient entrés. En huit ans, le pays est passé du statut de leader incontesté du monde libre à celui d'une puissance qui doute, qui s'excuse et qui négocie son propre effacement. Cette transformation n'est pas un accident. Elle procède d'une doctrine cohérente, que la nouvelle gauche démocrate, celle de Bernie Sanders, a ensuite reprise et radicalisée.

Quatre décisions fondatrices résument ce renoncement.


Syrie : la ligne rouge qui a effacé la parole américaine

Le 20 août 2012, Obama prévient que l'usage d'armes chimiques par Bachar el-Assad franchirait une « ligne rouge ». Un an plus tard, le 21 août 2013, le régime gaze la Ghouta, aux portes de Damas : 1 429 morts selon l'estimation du gouvernement américain lui-même. Les navires sont en position, le monde attend les frappes.

Elles ne viendront jamais. Obama hésite, s'en remet au Congrès, puis saisit la bouée que lui tend Moscou : un accord de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, négocié par Sergueï Lavrov. Assad reste en place. Il gazera encore.


Ce jour-là, l'Occident n'a pas seulement perdu la Syrie. Il a perdu sa parole.


Les adversaires de l'Amérique ont lu la leçon, et vite. Six mois plus tard, Vladimir Poutine annexe la Crimée. En juin 2014, l'État islamique proclame son califat sur les ruines du vide syrien. 

En septembre 2015, l'aviation russe s'installe en Syrie et Moscou devient, avec Téhéran, l'arbitre du Moyen-Orient. Une promesse solennelle non tenue a coûté des centaines de milliers de vies et un crédit stratégique que Washington n'a jamais entièrement reconstitué.

Repères
Août 2012 — la « ligne rouge » est tracée
21 août 2013 — massacre chimique de la Ghouta
Septembre 2013 — accord Kerry-Lavrov, pas de frappes
Mars 2014 — annexion de la Crimée par la Russie
Juillet 2015 — accord nucléaire avec l'Iran (JCPOA)
23 décembre 2016 — Washington laisse passer la résolution 2334
13 octobre 2026 — Belfast : les Juifs « ont été excessifs »

Immigration : gouverner par décret, puis culpabiliser


Ses défenseurs brandiront un chiffre : près de trois millions d'expulsions, au point que la gauche militante l'avait surnommé « expulseur en chef ». C'est vrai, et c'est précisément ce qui rend le reste plus grave. Car là où la loi ne lui donnait pas raison, Obama a gouverné par-dessus elle.

En juin 2012, après l'échec du DREAM Act au Congrès, il institue par simple mémorandum le programme DACA, qui protège des centaines de milliers de clandestins arrivés mineurs. 

En novembre 2014, il tente d'étendre le dispositif à des millions de parents en situation irrégulière : les tribunaux le bloquent, et la Cour suprême, divisée, laisse l'interdiction en vigueur en 2016. Le message est passé : la frontière n'est plus une loi votée, c'est une variable que l'exécutif ajuste selon ses convictions.

Sur les réfugiés, même logique. En pleine vague d'attentats en Europe, l'administration relève le plafond annuel d'admission et accueille plus de dix mille Syriens en 2016, alors que le directeur du FBI lui-même avait reconnu devant le Congrès qu'on ne pouvait vérifier sérieusement des gens sur lesquels on ne disposait d'aucune donnée. 

Toute objection est disqualifiée d'emblée comme xénophobe. Le précédent moral est posé : l'Occident devrait expier en accueillant. C'est la matrice exacte du discours de Sanders et de l'aile gauche, pour qui la frontière est d'abord une injustice.

 La promotion du wokisme  


Obama n'a pas inventé le wokisme. Il l'a rendu respectable. Il l'a introduit à doses homéopathiques dans les institutions : la Maison-Blanche, les universités, l'administration fédérale.

La méthode n'est jamais frontale. Ce sont des « lettres d'orientation » du ministère de l'Éducation, qui imposent aux campus des procédures disciplinaires d'exception, puis sommant en 2016 les écoles de tout le pays de revoir l'accès aux toilettes et vestiaires au nom de l'identité de genre. 

Ce sont des directives qui traitent toute disparité statistique de sanctions scolaires comme une discrimination présumée. C'est un président qui, dès 2009, juge publiquement qu'un policier de Cambridge a agi « stupidement » avant de connaître le dossier, puis fait de chaque drame impliquant la police un procès de l'Amérique tout entière.


L'Amérique n'était plus une nation à célébrer, mais un système à corriger.


C'est sous son second mandat que naît Black Lives Matter et que le vocabulaire des campus, privilège blanc, racisme systémique, déconstruction du récit national, entre dans la langue de l'État. 

La stratégie fut d'une efficacité redoutable : ne rien imposer par la force, tout normaliser. La génération Sanders, AOC et BLM n'a eu qu'à pousser la logique à son terme : statues déboulonnées, discrimination positive érigée en dogme, censure au nom de la tolérance.


Israël : le lâchage d'un allié


Barack Obama au téléphone avec Benjamin Netanyahou, 2009
Bureau ovale, juin 2009 : Obama au téléphone avec Benjamin Netanyahou. Huit ans de défiance commencent. Photo Maison-Blanche / Pete Souza, domaine public.

On nous opposera un chiffre : 38 milliards de dollars d'aide militaire sur dix ans, signés en septembre 2016. 

Soit. Mais une alliance ne se mesure pas au chèque ; elle se mesure à la confiance, et celle-là, Obama l'a méthodiquement détruite.

Dès 2009, il exige un gel des implantations que même ses prédécesseurs n'avaient pas posé en préalable. 

En 2011, il fait des lignes de 1967 la base de toute négociation. La même année, un micro resté ouvert au G20 le surprend à compatir avec Nicolas Sarkozy sur ce Netanyahou qu'il doit « le supporter tous les jours ... et Sarkozy d'ajouter que c'est un menteur», le prétexte pour sa France  de reconnaitre l'autorité de Ramallah par l'Unesco et par l'ONU.

En 2015, Obama conclut avec Téhéran un accord nucléaire contre l'avis explicite de Jérusalem, qui lèvera les sanctions et remettra des dizaines de milliards au régime qui finance le Hezbollah et le Hamas, et qu'il prépare la bombe atomique pour anéantir Israël.


Photo de groupe après l'accord nucléaire iranien, Vienne, 14 juillet 2015
La Honte !!! Vienne, 14 juillet 2015 : John Kerry et Mohammad Javad Zarif posent avec les ministres du P5+1. Israël n'était pas présent . Photo Département d'État, domaine public.

Le point d'orgue tombe le 23 décembre 2016, à quatre semaines de son départ. Obama, qui avait lui-même opposé son veto en 2011 à un texte comparable, s'abstient cette fois au Conseil de sécurité et laisse adopter la résolution 2334, qui qualifie de violation flagrante du droit international toute présence israélienne au-delà de 1967, Jérusalem-Est et le Mur occidental compris. 

Un dernier coup porté en partant, quand plus aucune élection ne pouvait le sanctionner.

Belfast, ou l'aveu ! et la Honte !


Dix ans plus tard, l'homme ne s'est pas assagi. Le 13 octobre dernier, sur la scène de l'O2 Arena de Belfast, interrogé par la journaliste Susan McKay, l'ancien président concède que les Juifs, persécutés pendant des millénaires, ont légitimement cherché un refuge. 

Puis vient la phrase : il serait tout aussi « indéniable » qu'ils ont pris la terre d'autres gens et qu'ils ont été « excessifs ». 

Les dépossédés auraient donc eu raison de crier à l'injustice et de réclamer leur terre.

Il ne dit pas « volé ». Il dit « pris » et « excessifs ». La nuance est cosmétique. C'est le récit fondateur de la propagande anti-israélienne, prononcé par un ancien président des États-Unis, sous les applaudissements.


Ce n'est pas une maladresse.                                                C'est le fond de sa pensée.

Car cette phrase efface tout : trois mille ans de présence et de lien du peuple juif avec cette terre ; les achats légaux de terres sous l'Empire ottoman puis le mandat britannique, souvent à prix d'or auprès de propriétaires absents ; le plan de partage de 1947, accepté par les Juifs et rejeté par les Arabes, qui choisirent la guerre ; et les quelque 850 000 Juifs chassés des pays arabes dans les années qui suivirent 1948, dont personne ne réclame jamais les terres. 

Elle installe l'inversion accusatoire que l'on retrouve de Sanders à Rashida Tlaib : Israël en colon, les Palestiniens seuls autochtones, les Juifs en occupants européens.

Et pour que nul ne se trompe sur la filiation, quelques jours avant Belfast, Obama enregistrait un spot de campagne pour Abdul El-Sayed, candidat islamiste de l'aile Sanders à la primaire sénatoriale du Michigan.

En deux mandats, Obama a réussi ce que les adversaires de l'Occident n'avaient jamais obtenu par eux-mêmes : faire douter l'Amérique de sa parole, de ses frontières, de son histoire et de ses alliés. 

Les nouveaux démocrates n'ont rien inventé.

Ils administrent l'héritage.

© JBCH Octobre 2026 

La pépite Varonis. JBCH N° 2610 - 258


Tech & économie israélienNEJBCH N° 258


La pépite Varonis

Comment une start-up fondée à Herzliya en 2005 se retrouve rachetée 6,3 milliards de dollars ...  
et ce que cela dit d'Israël.

 

Qu'est-ce qui fait qu'un si petit pays, en guerre depuis 78 ans, produise tant de merveilles ?

6,3 Md$valeur du rachat
49,75 $par action, +52 %
623,5 M$chiffre d'affaires 2025
 Herzliya

De New York à Herzliya : la genèse d'une pépite

C'est l'une des plus grosses opérations cyber de l'année en Israël. Le 15 octobre 2026, Varonis Systems, Inc. (Nasdaq : VRNS) a annoncé son rachat définitif par Proofpoint, détenu par Thoma Bravo, pour environ 6,3 milliards de dollars en cash. Une sortie à plusieurs milliards pour une start-up née en 2005.

La société est fondée cette année-là par Yaki Faitelson et Ohad Korkus, afin de résoudre des problèmes de sécurité tels que le suivi de l'activité des fichiers, la gestion des droits et le contrôle d'accès. Avant Varonis, ils travaillaient dans les divisions services de NetVision et NetApp.

Le modèle est hybride dès le début : siège à New York, mais cœur R&D à Herzliya, en Israël. Introduite en bourse en 2014, Varonis s'est imposée comme un acteur majeur de la cybersécurité, axé sur la confidentialité et la sécurité des données.

80 % des données d'entreprise sont non structurées — fichiers, e-mails, Slack, SharePoint, Salesforce, AWS S3 — et personne ne sait vraiment qui y a accès.

C'est précisément ce problème que Varonis a choisi de résoudre : construire une plateforme capable de suivre, visualiser, analyser et protéger ces données non structurées, là où la plupart des outils de sécurité se concentrent sur le réseau ou le poste de travail.




 6,3 milliards

Pourquoi elle vaut des milliards , et le deal

Le Metadata Framework

Varonis ne se contente pas de scanner. Elle collecte en continu trois métadonnées critiques : qui accède à quoi, qui a accès à quoi, et quelle est la sensibilité de la donnée. Son moteur classe automatiquement les données sensibles — RGPD, propriété intellectuelle, données financières — et supprime les accès excessifs, avec pour objectif le « least privilege » à l'échelle de millions de fichiers.

Détection comportementale et sécurité de l'IA

La plateforme fait de l'User Behavior Analytics pour identifier les comportements anormaux liés aux cyberattaques — un employé qui ouvre dix mille fichiers à trois heures du matin, par exemple. Historiquement on-premise, Varonis a basculé vers le SaaS depuis 2022 et se positionne désormais comme « the data and AI security leader », protégeant les données qui entraînent les copilotes IA et bloquant les fuites via LLM.








Gouvernance, conformité, classification et threat analytics sur un seul tableau de bord : ce qui la différencie de CrowdStrike ou Palo Alto, qui protègent le poste ou le réseau, pas la donnée elle-même.

L'accord, annoncé officiellement : une transaction entièrement en espèces à 49,75 $ par action, soit une prime de 52 % sur le cours de clôture du 22 juin, veille des premières rumeurs de vente. Proofpoint, leader de la sécurité humaine (e-mail, phishing), et Thoma Bravo créent ainsi un géant capable de suivre une donnée sensible depuis la boîte mail jusqu'au fichier SharePoint.

Pour l'écosystème israélien, c'est le deuxième méga-deal de l'année après Wiz, racheté 32 milliards de dollars par Google — confirmation, s'il en fallait une, qu'Israël reste la nation numéro un de la cybersécurité cloud 








Un pays en guerre depuis 78 ans, et pourtant premier au monde sur la sécurité des données qui font tourner la planète entière.




© JBCH Réflexions ·                         Octobre 2026