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mardi 20 octobre 2026

Poutine utilise t il Soral ? JBCH N° 2610 - 267



 Éditorial · France – Russie

JBCH N° 267.                                                      20 Octobre 2026

Alain Soral, l'homme que Poutine garde au chaud


Condamné en France, condamné en Suisse, réfugié à Moscou. Le Kremlin n'offre jamais l'asile par charité. Les indices d'une entreprise de déstabilisation de l'Europe s'accumulent ; reste à savoir quelle place y tient l'exilé de Moscou.


Le 28 février 2026, une vidéo apparaît sur la plateforme d'Égalité et Réconciliation. Alain Soral y parle depuis Moscou. Deux jours plus tôt, le tribunal correctionnel de Paris l'a condamné à deux ans de prison ferme. Sur X, il annonce que le combat se mènera « désormais depuis la Russie » et promet son retour. 

La Russie n'extrade pas vers l'Occident. L'homme a trouvé l'abri idéal.

Pourquoi Moscou accueille-t-il un essayiste français condamné à répétition ? Parce que le Kremlin ne collectionne pas les exilés par sentimentalisme. Il collectionne les instruments.




Qui est Alain Soral, et où est-il ?


Essayiste d'extrême droite, 68 ans, Alain Soral fonde en 2007 l'association Égalité et Réconciliation. La même année, il rejoint le Front national, siège à son comité central, puis s'en éloigne dès 2009. Depuis, il a fait de son site et de ses vidéos une fabrique de haine antisémite parmi les plus fréquentées de France.

Son casier parle pour lui : plus d'une vingtaine de condamnations, en France et en Suisse, pour provocation à la haine, injure raciale ou contestation de crimes contre l'humanité. En 2019, il quitte la France pour la Suisse afin d'échapper à une peine de prison. En février 2026, il quitte la Suisse pour la Russie.

Le parcours d'un condamné en fuite
2007 — fondation d'Égalité et Réconciliation ; entrée au Front national
2009 — rupture avec le Front national
2019 — départ pour la Suisse pour échapper à la prison en France
26 février 2026 — Paris : deux ans ferme pour association de malfaiteurs, dans une enquête antiterroriste
28 février 2026 — première vidéo publiée depuis Moscou
Mars 2026 — la justice suisse le condamne à cinq mois de prison
9 octobre 2026 — Beauvau engage la dissolution d'Égalité et Réconciliation

Le jugement de février mérite qu'on s'y arrête. Soral n'a pas été condamné pour une phrase de trop. Le tribunal a retenu qu'il avait apporté un soutien matériel et technique à une chaîne Telegram baptisée « Axe de la Résistance », qui faisait l'apologie du Hamas, du Hezbollah et du Djihad islamique. 

Deux ans ferme, 15 000 euros d'amende, cinq ans de privation des droits civiques. Le militant d'extrême droite servait donc de relais aux milices de Téhéran. Le voilà maintenant hébergé par l'allié de Téhéran.

Le relais du Hamas et du Hezbollah a trouvé refuge chez l'allié de Téhéran. Ce n'est pas un hasard : c'est un écosystème.


Soral : Il a la haine des Juifs 

Pourquoi son association est visée maintenant

Par une lettre du 9 octobre, rendue publique le 11, le ministère de l'Intérieur a engagé une procédure de dissolution d'Égalité et Réconciliation. Les mots de Beauvau sont d'une rare dureté : sous couvert de lutter contre le racisme, l'association « reprend en réalité le courant de la pensée national-socialiste, référence directe au nazisme ». 

Elle diffuserait des discours justifiant la haine et la violence envers les Juifs, les immigrés, les femmes et les personnes LGBT. L'association avait dix jours pour répondre ; le décret pourrait passer en Conseil des ministres dans les prochains jours.

La procédure tombe une semaine avant les manifestations du 17 octobre. Coïncidence de calendrier ou signal d'alerte des services ? Le ministère ne l'a pas dit. Mais la question mérite d'être posée.

Les indices d'une main russe en Europe


Pour comprendre ce que Moscou peut attendre d'un Soral, il faut regarder ce que Moscou fait déjà, et que les services français ont documenté.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine. La Russie n'extrade pas vers l'Occident : un argument que tous les condamnés en fuite connaissent. Photo kremlin.ru, CC BY 4.0.

Les provocations de rue. Étoiles de David bleues taguées dans Paris à l'automne 2023. Mains rouges peintes sur le Mémorial de la Shoah en 2024. Cercueils déposés au pied de la Tour Eiffel la même année. Têtes de cochon devant des mosquées en 2025. 

À chaque fois, les enquêtes ont remonté vers des exécutants venus de l'étranger, souvent d'Europe de l'Est, et vers des réseaux que les autorités françaises soupçonnent d'agir pour le compte de la Russie. Le principe est toujours le même : frapper à la fois les Juifs et les musulmans pour dresser les communautés les unes contre les autres.

La désinformation en ligne. Cet été encore, Viginum, le service de l'État chargé de traquer les ingérences numériques, a confirmé plusieurs opérations prorusses contre des candidats à la présidentielle de 2027 : fausses unes de médias, faux reportages, rumeurs de maladie. Le parquet de Paris a ouvert une enquête. Le mode opératoire, baptisé « Matriochka », est actif depuis 2023.

Les relais politiques. Prêt d'une banque russe au Front national en 2014, réception de Marine Le Pen au Kremlin en 2017, refus de La France insoumise de voter l'accord de sécurité avec l'Ukraine en 2024. Les deux extrêmes de l'échiquier se retrouvent sur un point : affaiblir le soutien français à Kiev.







Moscou n'invente pas nos fractures. Il les repère, il les finance, il souffle dessus.

L'objectif ne change jamais : une France occupée à se déchirer est une France qui regarde moins l'Ukraine. 

Dans ce dispositif, un idéologue francophone, condamné, sans autre protecteur que le Kremlin, suivi par des dizaines de milliers d'abonnés et capable de parler à la fois à l'extrême droite identitaire et à une partie des quartiers sur le terrain de l'antisémitisme, est un actif précieux. Poutine ne le protège pas pour rien.


 Le 17 octobre : ce que l'on sait, ce que l'on soupçonne

Samedi 17 octobre, une journée lancée contre la vie chère a tourné à l'émeute dans plusieurs villes. À Paris, des voitures et un kiosque incendiés, des commerces pillés autour de République, plus de 1 200 interpellations dans le pays. 

Le Premier ministre a parlé d'un « mouvement de violences urbaines ». Au milieu des banderoles sociales, des milliers de drapeaux palestiniens.

Un chiffre du parquet de Paris a frappé : sur les 200 premières personnes interpellées dans la capitale, une seule y résidait. 

Gants coqués, projectiles dans les sacs, couteaux. Ces casseurs ne venaient pas manifester ; ils venaient casser, et ils étaient organisés.

Établi ou soupçonné : faisons le tri

Établi. Soral est condamné, en fuite et réfugié à Moscou. Il a été jugé coupable d'avoir soutenu une chaîne pro-Hamas et pro-Hezbollah. Son association est en cours de dissolution pour discours d'inspiration nazie. La Russie mène en France des opérations de déstabilisation documentées par l'État.

Soupçonné :  Que Soral ait piloté depuis Moscou des groupes d'ultra-gauche ou des militants du RN pour organiser les émeutes du 17 octobre. À ce jour, aucune enquête, aucune autorité et aucun média n'a établi ce lien.

Il faut le dire nettement, parce que la précision est notre meilleure arme face à ceux qui manient la rumeur. Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que Soral a donné des ordres aux casseurs du 17 octobre, ni que le RN ou LFI ont coordonné quoi que ce soit avec lui. ``

Soral a quitté le Front national en 2009. Si Mediapart a révélé fin septembre que le jeune Jordan Bardella,   avait été fasciné par ses vidéos, 

Mais l'absence de chef d'orchestre visible n'est pas l'absence de partition. La méthode russe n'a pas besoin de coordonner tout le monde : il lui suffit d'encourager chacun dans sa haine. 

Que des ennemis jurés, extrême droite antisémite, ultra-gauche insurrectionnelle, opportunistes politiques, finissent par produire ensemble le même chaos, et que ce chaos serve exactement les intérêts du Kremlin : voilà le vrai indice. Il ne prouve pas une conspiration ; il révèle une convergence que Moscou sait exploiter.






Le Kremlin n'a pas besoin de tirer toutes les ficelles. Il lui suffit que les marionnettes dansent dans le même sens.

Il appartient désormais aux enquêteurs de dire qui a financé, organisé et transporté les casseurs du 17 octobre. I

l appartient au gouvernement de mener à son terme la dissolution d'Égalité et Réconciliation, et de demander publiquement à Moscou pourquoi il héberge un homme condamné pour avoir servi le Hamas et le Hezbollah. 

Et il nous appartient, à nous citoyens, de ne pas danser au son de la flûte russe, d'où qu'elle joue.

Poutine protège Soral. La question n'est pas de savoir s'il s'en sert, mais à quoi.


© JBCH.   Octobre 2026

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