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mardi 20 octobre 2026

TIKTOK Ennemi N°1. JBCH 2610 - 268






JBCH N°268                                                   20 Octobre 2026
Éditorial · Numérique

TikTok, QG des émeutes du 17 octobre : chronique d'une coordination numérique


Le 17 octobre n'a pas été une explosion spontanée. Il est né sur TikTok, il s'est propagé sur TikTok, et il s'est exhibé sur TikTok, en clair, en direct, devant des millions de mineurs  


Illustration JBCH Réflexions.

Tout est parti de TikTok. Un appel lancé par un jeune surnommé « V2 » contre la hausse du prix des carburants : plus de 500 000 « j'aime ». De là est né le mouvement du 17 octobre. 

Et c'est encore sur TikTok que la journée a basculé : vidéos de pillages et d'affrontements tournant en boucle, vues des millions de fois, des participants se filmant en pleine action, à visage découvert, revendiquant leur butin.

Ce qui frappe les enquêteurs, les maires et les commerçants, c'est la synchronisation. Paris, Lyon, Marseille, Lille : les mêmes modes opératoires, les mêmes cibles, les mêmes appels, à quelques heures d'intervalle. 

Le Premier ministre a mobilisé 200 enquêteurs pour éplucher les images publiées en ligne. Les preuves, ce sont les casseurs eux-mêmes qui les ont fournies.






Comment ça fonctionne

Le langage du direct. Un jeune lance un « live » depuis un toit ou un carrefour : « On est où ? On fait quoi ce soir ? » En quelques secondes, des centaines de commentaires s'affichent. 

Pas besoin d'organigramme : le flux fait le chef. L'algorithme fait le reste, en poussant le direct vers les comptes du même secteur, parce que la proximité est un critère de viralité.

Les codes. Pas de longs discours. Un son, un émoji, un filtre, un morceau de drill en fond, une localisation épinglée, et le message est compris : rassemblement. 

Le rapport du Sénat sur les émeutes de 2023 décrivait déjà ces mécanismes : géolocalisation pour se retrouver, messageries pour signaler la position des policiers, achats de pétards et mortiers sans traçabilité.

La mise en scène. Le sénateur Mickaël Vallet, qui a présidé la commission d'enquête sur TikTok, résume la logique d'une phrase : « Si on ne se filme pas, ça ne vaut pas le coup. » 

Chaque casse devient un contenu, chaque vitrine brisée un exploit, chaque butin étalé sur un lit (chaussures, téléphones, vêtements de marque) une occasion de gagner des abonnés et des « cadeaux » monnayables. La ville d'à côté voit, imite, surenchérit. La bêtise locale devient une compétition nationale : quelle ville cassera le plus ?

On ne parle plus d'un réseau social. On parle d'une infrastructure logistique de la délinquance.

Les mineurs en première ligne. Voilà le plus grave. Un outil qui permet à des adolescents de treize ans d'être enrôlés comme guetteurs, comme casseurs, comme receleurs, sans jamais rencontrer un adulte. 

Et la chaîne ne s'arrête pas au pillage : dès le lendemain, les objets volés réapparaissaient à la revente, au point que Vinted et Leboncoin ont dû s'engager auprès du gouvernement à les retirer et à signaler les vendeurs.





Le 17 octobre et TikTok, en repères
500 000 « j'aime » sur l'appel initial lancé par « V2 »
Des millions de vues pour les vidéos de pillage
200 enquêteurs mobilisés pour analyser les images publiées en ligne
Couvre-feux localisés à Paris, Lyon et Lille
Mai 2024 — TikTok coupé en Nouvelle-Calédonie
Avril 2025 — le Conseil d'État juge cette coupure illégale

La modération a posteriori ne sert à rien

Supprimer une vidéo six heures après qu'elle a fait 300 000 vues et provoqué un pillage ne sert à rien. TikTok n'est pas un simple hébergeur passif. Son algorithme est un amplificateur actif : il pousse ce qui retient l'attention, et rien ne retient mieux l'attention qu'une vitrine qui vole en éclats.

D'autres pays ont compris. Le Gabon a coupé Facebook et TikTok cette année. La France elle-même l'a fait, en Nouvelle-Calédonie, en mai 2024. 

Gabriel Attal, qui avait pris cette décision, plaide aujourd'hui pour un blocage « temporaire et ciblé » dans les territoires touchés par les émeutes.

Mais il faut regarder l'obstacle en face, car c'est là que se joue la bataille. En avril 2025, le Conseil d'État a jugé illégale la coupure calédonienne, faute de durée limitée. 

La loi de 1955 sur l'état d'urgence ne permet de bloquer un réseau qu'en cas d'apologie ou d'incitation au terrorisme, pas d'appel au pillage. Et les grandes plateformes relèvent du règlement européen sur les services numériques, appliqué par Bruxelles. 

Autrement dit : aujourd'hui, l'État n'a pas l'arme. Il doit la forger. Une exception est constatée : celle des dernières émeutes en Nouvelle Calédonie !





La liberté d'expression s'arrête là où commence l'organisation industrielle de la délinquance.

Il faut interdire TikTok. Non pas pour censurer une danse ou une blague, mais pour briser la chaîne logistique qui permet aujourd'hui, en trois clics, de transformer une cité en zone de pillage et de diffuser le mode d'emploi à toute la France en une heure. 

Cela exige une loi claire, votée par le Parlement, qui autorise la coupure d'une plateforme, pour une durée définie et sous le contrôle du juge, quand elle devient le talkie-walkie d'émeutes. 

Et cela exige que la France porte ce combat à Bruxelles, où se décide le sort des grandes plateformes.


Un pays qui laisse un algorithme chinois organiser le pillage de ses villes a renoncé à se gouverner. Il est encore temps de reprendre la main.

© JBCH Réflexions.    Octobre 2026      

1 commentaire:

  1. Monsieur Macron est aux abonnés absents absents comme d’habitude
    Est ce fait exprès ?

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