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dimanche 18 octobre 2026

On ne doit pas avoir peur ! JBCH N° 2610 - 265

 Éditorial · Europe – Russie


500 millions d'Européens ont-ils peur d'une économie de la taille de l'Espagne ?

JBCH Réflexions N° 265.                                                                18 Octobre 2026


Sur le papier, le rapport de force ne se discute même pas. Et pourtant, c'est l'Europe qui tremble. La réponse se trouve peut-être moins à Moscou qu'à Paris.


Vladimir Poutine. Un homme qui a fait de la guerre son seul horizon. Photo kremlin.ru, CC BY 4.0.

Il faut parfois reposer les chiffres sur la table pour mesurer l'absurdité d'une situation. L'Union européenne, Royaume-Uni compris, dépasse les 500 millions d'habitants et pèse parmi les toutes premières puissances économiques du monde. 

La Russie de Vladimir Poutine, elle, affiche un produit intérieur brut comparable à celui de l'Espagne, un pays de 48 millions d'habitants. Sur le papier, le rapport de force ne devrait même pas se discuter. Et pourtant.

Et pourtant, année après année, c'est l'Europe qui semble regarder son propre reflet avec hésitation, pendant qu'un État dont l'économie tiendrait presque dans un grand pays méditerranéen dicte le tempo d'une guerre, impose ses lignes rouges et avance ses pions jusque dans le débat politique intérieur des nations censées lui faire face.

Le rapport de force, en habitantsEurope (UE + R.-U.)≈ 520 millions Russie≈ 145 millions Espagne48 millions Et une économie russe du même ordre que celle de l'Espagne.
Ordres de grandeur. Infographie JBCH Réflexions.

D'où vient cette peur ?

Elle ne vient pas d'un rapport de force réel. Elle vient d'abord d'une dépendance construite patiemment, pendant des décennies, à l'énergie russe : un choix stratégique dont l'Europe paie aujourd'hui le prix, longtemps après avoir cru qu'il s'agissait d'un simple arrangement commercial. 

Elle vient aussi d'un déséquilibre plus profond : la puissance économique ne se traduit pas mécaniquement en puissance militaire. Pendant que l'Europe désinvestissait dans sa défense au nom des dividendes de la paix, la Russie, elle, a orienté l'essentiel de son appareil productif vers l'effort de guerre, quitte à sacrifier le niveau de vie de sa population.

Quant à l'argument de la dissuasion nucléaire, souvent invoqué pour justifier la prudence, il ne tient pas si bien l'examen qu'on le prétend. La France et le Royaume-Uni disposent tous deux de l'arme nucléaire. 

Ils sont, de surcroît, adossés à l'OTAN, dont le principal pilier, les États-Unis, possède l'un des deux plus grands arsenaux nucléaires du monde. Le rapport de force dissuasif, lui non plus, ne devrait laisser place à aucune timidité.

Pourquoi cette retenue face à un homme qui a envoyé à la mort des centaines de milliers de ses propres concitoyens, au nom d'une nostalgie impériale ?

Alors pourquoi cette retenue, face à un homme qui a précipité dans la mort plusieurs centaines de milliers de ses propres concitoyens dans une guerre de conquête territoriale parfaitement inutile, menée au nom d'une nostalgie impériale que rien ne justifie au vingt-et-unième siècle ?




Les relais français intérieurs du Kremlin

La réponse la plus inconfortable, mais la plus honnête, se trouve peut-être moins à Moscou qu'à Paris. Car la France compte, dans son propre champ politique, deux formations qui se sont distinguées par une complaisance répétée à l'égard de Vladimir Poutine : le Rassemblement national et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Les deux partis, pourtant situés aux extrémités opposées de l'échiquier, convergent sur ce point précis : quand il a fallu soutenir l'Ukraine agressée, ils se sont dérobés. 

En mars 2024, lors du vote sur l'accord de sécurité franco-ukrainien à l'Assemblée nationale, La France insoumise a voté contre et le Rassemblement national s'est abstenu. 

Jean-Luc Mélenchon s'est fait une spécialité de renvoyer dos à dos l'agresseur et l'agressé, un renversement de responsabilité qui a valu à son parti d'être qualifié, jusque dans son propre camp, de relais du discours du Kremlin. La formule n'est pas tendre : « Radio Poutine ».





La France insoumise s'en défend, bien sûr, avec vigueur. Mais les faits s'accumulent : accueil médiatisé d'opposants russes présentés comme gage de bonne foi, tout en maintenant une ligne de « désescalade » qui, dans les faits, revient à geler le conflit aux dépens du seul agressé. 

Le Rassemblement national, de son côté, a entretenu avec Moscou des liens plus concrets encore : un prêt de neuf millions d'euros obtenu en 2014 auprès d'une banque russe, l'approbation de l'annexion de la Crimée, et cette rencontre au Kremlin, en mars 2017, un mois avant la présidentielle. 

En 2022, après l'invasion, la campagne de Marine Le Pen dut faire détruire des centaines de milliers de tracts qui affichaient sa longue poignée de main avec Poutine.

Les amitiés moscovites, en dates
2014 — prêt de 9 millions d'euros d'une banque russe au Front national
24 mars 2017 — Marine Le Pen reçue par Vladimir Poutine au Kremlin
Février 2022 — invasion de l'Ukraine ; les tracts Le Pen-Poutine sont détruits
Mars 2024 — accord de sécurité avec l'Ukraine : LFI contre, RN abstention

Ce qui frappe, c'est moins la position elle-même, car la contestation démocratique de la politique étrangère est parfaitement légitime, que la pagaille actuelle de la vie politique française, où ces deux forces pèsent lourd, précisément au moment où l'unité et la fermeté européennes seraient le plus nécessaires face à Moscou.

Drapeau de l'Union européenne
Douze étoiles, cinq cents millions d'habitants, et toujours la même question : de quoi avons-nous peur ? Domaine public.

Une question qui reste entière

Comment un continent qui pèse plus de 500 millions d'âmes et une part considérable de la richesse mondiale en vient-il à douter de lui-même face à un pays dont l'économie ne dépasse guère celle de l'Espagne ? 

La réponse ne tient pas dans un seul facteur, mais dans leur addition : une dépendance énergétique mal anticipée, un sous-investissement militaire chronique, et surtout la présence, en son sein même, de relais politiques qui, sous couvert de pacifisme ou de souverainisme, affaiblissent patiemment la détermination qu'il faudrait pourtant afficher.

L'Europe n'a pas à craindre Poutine. Elle a à craindre de ne pas se tenir debout face à un tyran qui a fait de la guerre son seul horizon.

© JBCH Réflexions  Octobre 2026

L'Intifada envahit l'Europe JBCH N° 2610 - 264

Éditorial · France – Europe

JBCH Réflexions N° 264                                18 Avril 2026






17 octobre : l'intifada est entrée dans la vie des Européens

Une journée contre la vie chère. Des lycéens, des gilets jaunes, des syndicats. Et, au-dessus des vitrines brisées de Paris et de Milan, un même emblème : un prétendu drapeau palestinien.

Paris, place de la République, 17 octobre 2026
Évocation de la place de la République au soir du 17 octobre. Illustration JBCH Réflexions.

L'Europe se croyait spectatrice de la guerre de Gaza. Elle finance, elle s'indigne, elle vote des résolutions, elle envoie des colis. L'Union européenne et ses États membres sont depuis des décennies les premiers bailleurs des territoires palestiniens, y compris de ceux qu'une organisation terroriste a gangrenés. Samedi 17 octobre, la réponse est arrivée. Elle n'est pas venue de Gaza. Elle est venue de nos propres rues.




Hier, des émeutes ont éclaté à Paris, à Milan, à Turin, à Bologne, tandis qu'à Rome des lycéens cagoulés bombardaient de pétards le ministère de l'Éducation. Partout, le même emblème flottait au-dessus de la fumée : un prétendu drapeau palestinien, devenu l'étendard universel de toutes les colères.







Paris : de l'Hôtel de Ville à la rue

À Paris, la guerre de Gaza ne se joue plus seulement à l'étranger. Elle s'est d'abord invitée à l'Hôtel de Ville. D'un côté, l'État a organisé des évacuations de Gazaouis pour raisons médicales, universitaires et humanitaires. De l'autre, la mairie a poussé le symbole jusqu'au bout : le 18 juin dernier, sur proposition du nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire, le Conseil de Paris a accordé, par 107 voix contre 41, la citoyenneté d'honneur à l'ensemble des civils de Gaza et de Cisjordanie ainsi qu'aux journalistes palestiniens. « Nous tendons la main à un peuple tout entier », déclarait-il, en présence de l'ambassadrice palestinienne.

Un peuple tout entier, sans distinction. Le CRIF a aussitôt demandé si les victimes israéliennes du 7 octobre ne méritaient pas, elles aussi, cette reconnaissance. Question restée sans réponse. Quelques mois plus tôt, la Tour Eiffel avait affiché les deux drapeaux, israélien et palestinien, réunis par une colombe. Geste ô combien inutile ! On ne pacifie pas un conflit avec des projecteurs ; on se donne bonne conscience.




La Tour Eiffel, où la mairie avait projeté le drapeau israélien  La paix ne s'allume pas avec un interrupteur. Photo Wikimedia Commons, licence libre.

République, Sébastopol, Bastille :  la journée qui a basculé

La journée du 17 octobre avait été lancée contre la vie chère, avec les lycéens, les gilets jaunes et les syndicats. Le gouvernement a compté 550 000 manifestants dans le pays, dont 110 000 à Paris. La grande majorité a défilé pacifiquement, et il faut le dire : ces Français-là avaient de vraies raisons d'être dans la rue.

Mais place de la République, les tensions ont commencé avant même le départ du cortège. Des milliers de projectiles lancés sur les forces de l'ordre, qui ont répondu par le gaz lacrymogène et le canon à eau. 





Des dizaines de voitures et des kiosque incendiés. Des centaines de commerces pillés autour de République, de Strasbourg-Saint-Denis, du boulevard du Temple et de Sébastopol et aux Champs Elysées. 

Des pompiers empêchés d'atteindre des blessés. En fin d'après-midi, place de la Bastille, des mouvements de foule, des vitrines brisées, des barricades. La préfecture avait tenté de détourner le parcours de République vers Clichy plutôt que vers la Concorde : cela n'a rien empêché. Les banlieues étaient présentes, prêtes à voler et à piller tout azimuth.

À 18 heures, la préfecture recensait près de 600 interpellations dans la capitale, bilan encore provisoire, et plusieurs  milliers dans tout le pays. ``

Un détail du parquet de Paris mérite qu'on s'y arrête : sur les 250 premières personnes interpellées, une seule résidait à Paris. Les casseurs n'étaient pas des Parisiens ; ils étaient venus pour casser. Des gants coqués, des projectiles dans les sacs, des couteaux.




Au milieu des banderoles contre la vie chère, des milliers de drapeaux palestiniens. Ce n'était plus une manifestation : c'était une convergence.

La convergence et ses parrains

Au milieu des banderoles sociales, des milliers de drapeaux palestiniens ont été brandis, mêlés aux keffiehs et aux slogans pour Gaza. 

La convergence entre contestation sociale et cause étrangère n'est pas spontanée : elle est voulue, préparée, planifiée. 

Jean-Luc Mélenchon avait salué à l'avance « un moment important » où s'exprimerait l'exaspération de la société, tout en dénonçant une « répression disproportionnée ». 

La France insoumise a fait de la cause palestinienne le carburant électoral des quartiers ; le 17 octobre, elle a récolté ce qu'elle a semé.

On évoque aussi des éléments venus de Belgique et d'Allemagne.  Mais le soupçon d'une main étrangère n'a rien d'extravagant. La France a déjà vu ce film : les étoiles de David taguées à Paris à l'automne 2023, les mains rouges sur le Mémorial de la Shoah en 2024, les cercueils déposés au pied de la Tour Eiffel la même année. 

Les enquêtes ont à chaque fois remonté vers des exécutants étrangers et des réseaux que les autorités françaises soupçonnent d'être liés à la Russie de Poutine, dont la stratégie est constante : attiser toutes les fractures de nos sociétés, communautaires, sociales, religieuses. 

Si le régime de Poutine n'a pas allumé l'incendie du 17 octobre, il a toutes les raisons de souffler dessus. via LFI et son coupe vent le FN déguisé en RN, tous deux pro Russie.

Milan, Rome : l'Europe entière

Paris n'était pas seul. À Milan, une marche contre la vie chère et contre les guerres, partie dans le calme avec drapeaux palestiniens et keffiehs, a dégénéré autour de la piazza del Duomo : magasins pillés, mobilier incendié, la célèbre galerie marchande vidée, au moins cinquante interpellations.



 À Turin et à Bologne, à Milan mêmes scènes. À Rome, la veille, des lycéens avaient bombardé de pétards le ministère de l'Éducation. Le mot d'ordre venu de France, « faisons comme en France », a traversé les Alpes en une semaine.

Dans le pays pourtant docile envers les terroristes arabe, l'Espagne de Pédro Sanchez, des heurs violents et de la casse ont eu lieu à Barcelone et à Madrid.

L'Intifada, est entrée en Europe pour casser notre démocratie et imposer l'Islamisme.

On pourrait aussi rajouter l'Algérie, qui a une haine profonde et non contrôlée contre la France, l'Algérie qui fête à sa façon la répression des émeutes du 17 Octobre 1961 Rue de Charonne, et qui se venge via sa troisième génération ! 




La piazza del Duomo à Milan, théâtre des émeutes du 17 octobre. Photo Wikimedia Commons, licence libre.

Sur les réseaux, on citera les concours de casse de ville à ville sur TikTok,  les mêmes vidéos servent un récit :  celui d'une intifada importée.  Mais il faut regarder ce que l'on voit. Ils ont pillé des Carrefours des  Franprix. des magasins de sport, de luxe, l'Avenue Montaigne avec Céline et Dior, Louis Vuitton,  

Elle ne brûle pas des voitures des motos des  kiosques. Elle n'empêche pas les pompiers de secourir des blessés. Ce qui s'est déployé samedi, c'est la méthode de l'intifada : la rue comme champ de bataille, le pavé comme argument, le drapeau comme alibi.

On a voulu importer la cause. On a importé la méthode.

Entre accueil humanitaire, gestes symboliques et rue sous tension, Paris est resté ce samedi soir suspendu entre manifestation, émeute et drapeaux flottant au-dessus du chaos. 

Les élus qui ont distribué la citoyenneté d'honneur comme on distribue des tracts, les partis qui ont fait de Gaza un argument de campagne, les gouvernements qui financent sans contrôler : tous portent une part de ce qui s'est passé.

Une chose est désormais prouvée : l'intifada est entrée dans la vie des Français.

© JBCH Réfextions,  Octobre 2026

Les Magouilles de la TV publique. JBCH N° 2610 - 263

 Éditorial · Médias




JBCH Réflexions  N° 263                                  18 Octobre 2026


Audiovisuel public : l'omerta, la vraie et celle qu'on raconte


Réfléchissez, il est encore temps.


Avec Je jure de dire toute la vérité, le député Charles Alloncle raconte six mois de guerre contre France Télévisions et Radio France. 

Ses questions sont légitimes. Son récit l'est moins. Les deux méritent qu'on réfléchisse.

Il a trente-deux ans, il est député UDR de l'Hérault, le parti d'Éric Ciotti allié au Rassemblement national, et il a été, de novembre 2025 à avril 2026, le rapporteur le plus médiatisé de l'Assemblée. 

Sa commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public » a vécu dans la tempête : séances suspendues, invectives, accusations croisées. Le 27 avril, son rapport a été adopté à deux voix près, 12 contre 10. Depuis le 30 septembre, il en livre la « saison 2 » chez Fayard.

Sa thèse tient en une phrase : l'audiovisuel public ne serait pas une administration, mais une forteresse, protégée par une société de connivence.





Les bonnes questions

Commençons par ce qui doit être dit : les questions d'Alloncle sont celles que tout contribuable a le droit de poser. Près de quatre milliards d'euros d'argent public par an, cela oblige. Qui produit les émissions phares de France Télévisions, et à quel prix ? 

Le groupe Mediawan, qui fabrique notamment « C à vous » et « C dans l'air », est-il contrôlé par des capitaux extra-européens, auquel cas il devrait rembourser des aides du CNC ? Le rapporteur affirme n'avoir jamais obtenu de preuve, même confidentielle, qu'il était « dans les clous ». 

Qu'une entreprise vivant largement de commandes publiques oppose le secret des affaires à la représentation nationale, voilà qui n'est pas acceptable, quel que soit le député qui pose la question.




Même chose pour la neutralité. Tout est parti d'une vidéo montrant deux journalistes vedettes du service public attablés avec deux responsables socialistes. Une conversation de café ne fait pas un complot. Mais quand une partie des Français ne se reconnaît plus dans les antennes qu'elle finance, le problème est réel, et le nier ne le fait pas disparaître. La grève de deux jours à Radio France, en septembre, contre l'arrivée à France Inter d'un journaliste venu de Valeurs actuelles, a donné au rapporteur un argument qu'il n'aurait pas osé inventer : le pluralisme y semble toléré tant qu'il reste du même côté.

Un service public payé par tous ne peut pas ressembler à quelques-uns.
Le dossier en chiffres
12 contre 10 — le vote d'adoption du rapport, le 27 avril 2026
Plus d'un milliard d'euros par an — les économies proposées, environ un quart du financement
2 chaînes et 1 radio supprimées, 6 antennes fusionnées en 3 — dans le projet du rapporteur
46 millions d'euros — les économies finalement demandées à France Télévisions, selon lui

Le récit qu'il faut lire avec prudence

Puis vient le roman. Filatures dans Paris, rendez-vous clandestins, tentatives de « l'acheter », photos de paparazzi dans Paris Match qui, selon Mediapart cité dans le livre, auraient circulé chez Xavier Niel avant publication, conseils appuyés de Sarah Knafo l'invitant à épargner Mediawan, comédien lui criant de « le mettre dehors » à La Rotonde. Certains de ces épisodes sont peut-être exacts. 

Mais ils restent, à ce stade, la version d'un seul homme, qui a fait de sa propre exposition médiatique une stratégie assumée : sans lumière, dit-il, la commission serait morte.

Un détail affaiblit d'ailleurs sérieusement la thèse du complot. Jérémie Patrier-Leitus, le président Horizons de la commission, qu'Alloncle accuse d'avoir manœuvré contre lui, a voté pour son rapport. Sans sa voix, le texte tombait. Étrange conspirateur que celui qui sauve l'œuvre de sa victime.

Et puis il y a l'ironie qu'on ne peut taire. Le député dénonce la connivence entre médias, argent et politique. Son livre paraît chez Fayard, propriété de Vincent Bolloré, et il en a fait la promotion dans le JDD, propriété de Vincent Bolloré, milliardaire dont les médias mènent depuis des mois campagne contre l'audiovisuel public. On peut avoir raison sur le fond et être soi-même pris dans ce qu'on dénonce. Mais alors on perd le droit de parler en chevalier blanc.





Dénoncer la connivence depuis une maison d'édition Bolloré, c'est changer de connivence, pas en sortir.

Réformer n'est pas détruire

Le véritable enjeu n'est ni Alloncle ni ses adversaires. Il est de savoir si l'audiovisuel public peut être réformé ou s'il faut, comme le souhaitent le RN et ses alliés, le réduire au minimum, voire le privatiser. 

Le rapporteur propose de confier la nomination des présidents à l'Élysée : est-ce vraiment une garantie d'indépendance, ou le retour de l'ORTF ? 

La gauche, de son côté, répond à chaque critique par une tribune de trois cents personnalités, comme si le service public était sa propriété. Les deux camps se renvoient l'accusation de capture. Les deux ont en partie raison.




Ce dont la France a besoin, c'est d'un audiovisuel public plus sobre, plus transparent sur ses contrats, plus pluraliste dans ses rédactions, et indépendant de tous les pouvoirs, ceux de l'Élysée comme ceux des milliardaires. 

Ce n'est ni la forteresse que l'on défend par réflexe, ni la ruine que certains espèrent racheter « à vil prix ».

Charles Alloncle jure de dire toute la vérité. Il en dit une partie. L'autre partie, c'est à nous de la chercher. 


Réfléchissez, il est encore temps.

© JBCH Réflexions  Octobre 2026

samedi 17 octobre 2026

La fabrique de la Haine JBCH N° 2026 - 262




JBCH Réflexions N° 262                                      17 Avril 2026


La fabrique de la haine : comment le Hamas a façonné une génération





On ne naît pas en haïssant. On l'apprend. À Gaza, pendant près de vingt ans, une organisation a fait de cet apprentissage une politique d'État.

Il faut regarder une photo pour comprendre ce que des milliers de pages d'analyse peinent à dire. Un homme aux cheveux blancs, le regard froid, tient dans ses bras un enfant d'à peine cinq ou six ans. 

L'enfant porte un treillis, un bandeau vert des Brigades Ezzedine al-Qassam, et serre contre lui un fusil d'assaut presque aussi grand que lui. L'homme, c'est Yahya Sinwar, en 2021. Deux ans plus tard, il sera l'architecte du 7 octobre.

Tout est dans cette image : la haine ne se transmet pas par accident. Elle se met en scène, elle s'enseigne, elle se porte à bout de bras, devant les caméras, comme un héritage.

I. Des Frères musulmans que Nasser avait chassés

L'histoire commence en Égypte. En 1954, après une tentative d'assassinat contre lui à Alexandrie, Gamal Abdel Nasser écrase les Frères musulmans : arrestations de masse, procès, potences. En 1966, il fait pendre leur idéologue Sayyid Qutb. Le raïs nationaliste avait compris avant beaucoup d'autres que l'islamisme politique était une menace mortelle pour tout État.

Mais une idéologie ne meurt pas sur l'échafaud. De 1948 à 1967, la bande de Gaza vit sous administration égyptienne, et la branche locale de la confrérie y survit dans l'ombre. Après 1967, elle prospère sous le nom de « Centre islamique » de cheikh Ahmed Yassine, réseau d'écoles, de mosquées et d'associations caritatives. 

En décembre 1987, au début de la première intifada, ce réseau prend un nouveau nom : Hamas. Sa charte de 1988 se présente explicitement comme une aile des Frères musulmans et appelle à la destruction d'Israël au nom du religieux.

En juin 2007, le Hamas chasse le Fatah de Gaza par les armes. Commence alors l'expérience : une organisation islamiste armée seule maîtresse d'un territoire, de ses écoles, de ses écrans, de ses mosquées et de ses enfants.

Nasser avait pendu l'idéologue. Il n'avait pas tué l'idée. Gaza lui a offert un laboratoire.

Vingt ans pour fabriquer une génération

Un enfant né à Gaza en 2007 avait seize ans le 7 octobre 2023. Il n'a connu que le Hamas. À la télévision, la chaîne Al-Aqsa lui a montré des émissions pour enfants où une marionnette en forme de souris appelait à la guerre sainte avant de « mourir en martyr » sous les coups d'un Israélien. À l'école, il a appris des cartes où Israël n'existe pas. Dans les camps d'été organisés par le mouvement, des milliers d'adolescents ont appris à ramper sous les barbelés, à démonter une kalachnikov, à simuler l'enlèvement de soldats.

Le martyre y est célébré comme l'accomplissement suprême ; les « martyrs » ont leurs affiches sur les murs, leurs noms donnés aux rues et aux écoles. Le Juif n'est pas un adversaire politique : il est l'ennemi absolu, que la charte du mouvement voue à l'extermination en invoquant un hadith eschatologique. Voilà ce qu'est l'endoctrinement : non pas une opinion qu'on propose, mais un monde dont on ne peut plus sortir.

Ce que montre la photo en entête : 

La planche, publiée sous le titre « Les architectes déchus », assemble cinq images. En haut à gauche, Sinwar et l'enfant armé, en 2021 : le chef qui envoie des enfants vers la mort se montre en père protecteur. En haut à droite, une forêt de fusils brandis vers le ciel, des hommes qui hurlent en tenant des portraits de Sinwar : le deuil transformé en serment de vengeance.

Au centre, l'image la plus saisissante : une femme en voile noir, le front ceint du bandeau vert des Brigades al-Qassam, la bouche ouverte sur un cri, l'index tendu vers le ciel, le geste de l'unicité divine devenu signe de ralliement djihadiste. Autour d'elle, d'autres femmes, keffiehs sur les épaules, drapeaux verts du Hamas. La haine n'est pas l'affaire des seuls combattants : elle a gagné les mères.

En bas à gauche, une jeune femme entièrement masquée, keffieh noir et blanc, coiffée de la casquette des Brigades al-Quds du Djihad islamique, un drapeau noir et jaune à la main. En bas à droite, une marée de casquettes vertes portant le cercueil de Saleh al-Arouri, numéro deux du Hamas tué à Beyrouth en janvier 2024, enveloppé des drapeaux palestinien et du mouvement.

Pas une larme dans ces images. Des poings, des cris, des armes. Les funérailles ne sont plus le lieu du chagrin : elles sont devenues des meetings.

Une population otage de ses maîtres


Il serait confortable de conclure que tout un peuple n'est que haine. Ce serait faux, et ce serait faire au Hamas le plus beau des cadeaux : accepter sa prétention à parler au nom de tous. 

Les chiffres sont pourtant glaçants : en décembre 2023, un sondage du Centre palestinien de recherche politique dirigé par Khalil Chikaki indiquait qu'une large majorité des Palestiniens jugeait « juste » la décision d'attaquer le 7 octobre. Vingt ans d'endoctrinement ne passent pas sans laisser de traces.

Mais en mars 2025, à Beit Lahia et ailleurs dans la bande de Gaza, des centaines de Gazaouis sont descendus dans la rue en criant « Hamas dehors ». 

Certains l'ont payé de leur vie. C'est la preuve que la haine n'est pas une nature, mais une fabrication ; et que ce qui a été fabriqué peut être défait.

Le premier crime du Hamas n'est pas le 7 octobre. C'est d'avoir volé leur enfance à des milliers d'enfants.

Sinwar est mort. Al-Arouri est mort. Les « architectes » sont tombés. Mais l'édifice qu'ils ont bâti, cette école de la haine qui a transformé des enfants en soldats et des funérailles en appels au meurtre, leur survit. 

Aucune victoire militaire ne le démolira seule. Il faudra des écoles qui enseignent autre chose, des écrans qui montrent autre chose, et des voix arabes qui disent autre chose.


On a mis vingt ans à fabriquer cette haine. I

l en faudra au moins autant pour la défaire. 

Raison de plus pour commencer maintenant.


© JBCH réflexions,  Octobre 2026

Voiture vole ??? JBCH N° 2610 - 261

 





Chronique · Technologie


JBCH N° 261                                          17 Octobre 2026

Faut-il douter de voir un jour une voiture voler ?

Elon Musk vient de faire décoller une Tesla au Texas. Le rêve de survoler les bouchons n'a jamais paru si proche. 

Il n'a pourtant jamais été aussi trompeur. jeudi 15 octobre, sur le site d'essais de SpaceX à McGregor, au Texas, Tesla a enfin présenté son nouveau Roadster. Promis depuis 2017, annoncé pour 2020, reporté d'année en année, il a fini par apparaître, et par quitter le sol grâce à des propulseurs à gaz froid dérivés de la technologie des fusées. Le spectacle était grandiose. Le reste beaucoup moins.

Car, comme l'a relevé le Wall Street Journal, l'essentiel manque. La version « Rocket », la seule équipée d'un système de vol complet, est monoplace, réservée à quelques invités triés sur le volet, et n'est pas homologuée pour la route. Le prix n'a pas été annoncé. 

La production est promise pour 2028, « pour de vrai » selon Musk, alors que certains clients attendent depuis près de dix ans après avoir versé jusqu'à 250 000 dollars d'acompte. Un analyste du secteur avoue n'avoir « presque aucune attente » quant au respect de ce calendrier. Tesla aurait construit quatre ou cinq prototypes en tout.

Alors, faut-il douter ? Oui, mais pas de ce que l'on croit.





La voiture volante existe… depuis 1949

Premier malentendu : la voiture volante n'est pas une invention de demain. En 1949, un ingénieur américain, Molt Taylor, fait voler son Aerocar, une petite automobile à laquelle on accroche des ailes et une hélice. En 1956, après des années d'essais, les autorités de l'aviation civile américaine la certifient. Elle vole, elle roule, elle est légale. On en construira six exemplaires. Six.

1949 : la voiture qui vole existe déjà
Évocation des voitures ailées de l'après-guerre, comme l'Aerocar de Molt Taylor : techniquement réussies, commercialement condamnées. Illustration JBCH Réflexions.

La leçon est là, depuis soixante-dix ans : le problème de la voiture volante n'a jamais été de la faire voler. Le problème, c'est tout le reste.


On sait faire voler une voiture depuis 1949. On ne sait toujours pas quoi en faire.





Les quatre murs du ciel


Le droit. Dès qu'elle quitte le sol, une voiture devient un aéronef. Il faut une licence de pilote, une certification qui prend des années, un plan de vol, un espace aérien autorisé. Personne n'a encore imaginé comment faire cohabiter des milliers d'engins au-dessus d'une ville. Le gouverneur de Floride a promis de rendre le Roadster légal. Les ingénieurs de l'aviation civile, eux, ne travaillent pas sur X.

La physique. Rouler coûte peu d'énergie ; tenir en l'air en coûte énormément. Planer exige des ailes, décoller à la verticale exige une puissance colossale. Les batteries actuelles offrent quelques dizaines de kilomètres d'autonomie en vol, pas davantage.

La sécurité. Une voiture en panne s'arrête sur le bas-côté. Une voiture volante en panne tombe, et pas forcément sur son propriétaire. Ajoutez le bruit des rotors au-dessus des toits, et vous comprendrez pourquoi aucun maire ne se bat pour être le premier.

Le prix. Le modèle chinois le plus avancé coûtera près de 280 000 dollars. On ne parle pas de démocratiser la mobilité : on parle d'un jouet pour milliardaires.






Ce qui arrive vraiment


Faut-il pour autant tout jeter ? Non. Quelque chose vole bel et bien, mais ce n'est pas la voiture de nos rêves d'enfant. C'est l'inverse : l'aéronef qui remplace la voiture.

Aux États-Unis, Joby et Archer construisent des taxis aériens électriques à décollage vertical, quatre passagers et un pilote, conçus pour relier un centre-ville à un aéroport. Joby a fait voler en mars son premier appareil strictement conforme au modèle soumis à l'Administration fédérale de l'aviation, dernière ligne droite avant la certification, attendue vers 2027. Les premiers vols commerciaux sont prévus à Dubaï.

vertiportLa réalité : le taxi aérien électrique
Ce qui arrive vraiment : non pas la voiture qui s'envole, mais l'aéronef électrique à décollage vertical, de vertiport en vertiport. Illustration JBCH Réflexions.

En Chine, Aridge, filiale du constructeur Xpeng, a ouvert à Canton une véritable usine de « voitures volantes » : un fourgon électrique qui transporte dans son coffre un drone biplace. 

Plus de 7 000 précommandes, 600 appareils vendus au Golfe, des premières livraisons espérées fin 2026, sous réserve du feu vert des autorités chinoises. Quant à Paris, on se souvient du taxi volant promis pour les Jeux olympiques de 2024 : il n'a jamais embarqué de passagers.

Le ciel, mode d'emploi
1949 — premier vol de l'Aerocar de Molt Taylor
1956 — l'Aerocar est certifié ; six exemplaires seront construits
2017 — Tesla présente le Roadster, livraisons promises pour 2020
2024 — pas de taxi volant aux JO de Paris
Mars 2026 — Joby lance les vols de certification finale
15 octobre 2026 — le Roadster « vole » au Texas
2028 ? — production promise… « pour de vrai »

Le verdict

Le Roadster volant n'est pas un moyen de transport. C'est une affiche publicitaire. Même les analystes les plus favorables à Tesla le reconnaissent : il ne rapportera presque rien, il sert à redorer l'image de la marque au moment où celle-ci mise tout sur la conduite autonome et les robots. 

Ironie de l'histoire : la seule Tesla qui volera sera peut-être aussi la seule que l'on conduira encore soi-même.

Faut-il donc douter de voir un jour une voiture voler ? Non : on en voit depuis soixante-dix ans, et on en verra d'autres. 

Mais il faut douter, sérieusement, de voir un jour sa voiture survoler le périphérique un lundi matin. 

Ce qui viendra, ce sont des taxis aériens pour cadres pressés et des drones de luxe pour émirs. Le ciel s'ouvrira, mais pas à tout le monde.

La voiture volante ressemble à l'horizon : plus on avance vers elle, plus elle recule. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas marcher.

© JBCH Réflexions  Octobre 2026