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mercredi 25 février 2026

Israël Ethiopie une alliance de 3000 ans. JBCH N° 2602 - 903

Le président israélien Isaac Herzog a entamé une visite d’État officielle en Ethiopie, atterrissant à Addis Abeba où il a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères  et par l’ambassadeur d’Israël. Au programme : des entretiens avec le président Taye Atske Selassie et le Premier ministre Abiyi Ahmed Ali  , ainsi qu’une rencontre avec des représentants de la communauté juive locale.


Au-delà du protocole, cette visite confirme une réalité géopolitique ancienne : le « pays de la reine de Saba » demeure l’un des alliés africains les plus constants d’Israël. Avec plus de 120 millions d’habitants, l’Éthiopie est aujourd’hui l’un des poids lourds démographiques et stratégiques du continent. Sa croissance rapide, ses besoins immenses en infrastructures et son ambition régionale en font un partenaire clé dans la Corne de l’Afrique.





Les relations entre Jérusalem et Addis-Abeba s’inscrivent dans le temps long. Elles se sont construites autour de la sécurité, de la défense, du renseignement et du développement agricole. Israël a accompagné l’Éthiopie dans la modernisation de ses techniques d’irrigation, la gestion des ressources hydriques et la formation agricole — des domaines où l’expertise israélienne est reconnue mondialement.




L’enjeu de l’eau est central. L’Éthiopie a bouleversé l’équilibre régional avec la construction du Grand Barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu, projet titanesque destiné à transformer le pays en hub énergétique africain. Ce barrage, l’un des plus vastes du continent, cristallise les tensions avec l’Égypte et le Soudan, mais il incarne aussi l’ambition d’autonomie énergétique éthiopienne. Dans ce contexte, le savoir-faire israélien en matière de gestion de l’eau et d’optimisation des ressources hydrauliques constitue un levier de coopération stratégique.


Sur le plan sécuritaire, la Corne de l’Afrique demeure une zone sensible : instabilité somalienne, tensions internes éthiopiennes, rivalités entre puissances du Golfe, présence croissante d’acteurs extérieurs. Israël voit dans l’Éthiopie un partenaire stable capable de contribuer à l’équilibre régional.




La dimension maritime renforce encore l’importance du partenariat. L’Éthiopie, enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, cherche activement un accès pérenne à la mer. C’est ici qu’intervient le rapprochement récent entre Israël et le Somaliland entité non reconnue internationalement mais stratégique, située sur le golfe d’Aden, face aux routes maritimes les plus fréquentées du monde.





Une coopération triangulaire pourrait offrir à l’Éthiopie un accès portuaire sur la mer Rouge, tout en renforçant la présence israélienne indirecte dans cette zone névralgique du commerce mondial. La mer Rouge est devenue un théâtre majeur de rivalités : sécurité des détroits, routes énergétiques, projection navale.


Dans cette recomposition, un acteur inquiète particulièrement : la Turquie : Ankara a multiplié ces dernières années les implantations militaires et les accords économiques dans la région, notamment en Somalie. La stratégie turque combine aide humanitaire, influence religieuse, coopération militaire et investissements dans les infrastructures portuaires. Pour Israël comme pour l’Éthiopie, cette présence croissante modifie l’équation stratégique.


Mais l’alliance ne se limite pas à la sécurité. L’Éthiopie demeure un pays aux richesses largement sous-exploitées : potentiel agricole immense, ressources minières, barrages hydroélectriques, paysages spectaculaires des hauts plateaux aux vallées du Rift. Son patrimoine historique, berceau d’une des plus anciennes civilisations chrétiennes du monde, attire un tourisme encore fragile mais prometteur.





Israël, de son côté, y voit un partenaire économique à long terme : innovation agricole, technologies médicales, cybersécurité, formation professionnelle. La diaspora éthiopienne en Israël constitue également un pont humain et culturel unique entre les deux nations.


La visite d’Isaac Herzog intervient dans un moment charnière. La guerre à Gaza, les tensions au Liban, les rivalités avec l’Iran et ses alliés redessinent les priorités israéliennes. En Afrique, Jérusalem cherche à consolider un réseau d’alliances pragmatiques fondées sur la sécurité et le développement.


Pour Addis-Abeba, le partenariat avec Israël offre expertise technologique, coopération militaire et soutien diplomatique dans un environnement régional instable. Pour Israël, l’Éthiopie représente un pivot stratégique au cœur de la Corne de l’Afrique et à proximité immédiate des routes maritimes vitales reliant l’Asie à l’Europe.





Au-delà des discours officiels, cette visite traduit une convergence d’intérêts : stabilité régionale, maîtrise des flux maritimes, développement agricole et énergétique. Dans une Afrique de plus en plus courtisée par les grandes puissances, l’alliance israélo-éthiopienne s’inscrit comme un axe discret mais structurant.


Le « pays de la reine de Saba » appelé Koush à l'époque dU Roi  Salomon, n’est pas seulement une référence biblique. Il est devenu un acteur clé d’un échiquier stratégique où se croisent ambitions africaines, intérêts moyen-orientaux et rivalités globales.





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