Guerre hybride :
voilà ce qui manque vraiment aux Européens pour répondre aux attaques russes
Face à la multiplication des cyberattaques, sabotages, incendies, incursions de drones et opérations d’ingérence attribuées à la Russie, les Européens cherchent encore la bonne réponse. Cette guerre hybride brouille volontairement les frontières entre sécurité intérieure et défense. L’enjeu n’est plus seulement d’inventer de nouveaux mécanismes. Il est de pouvoir agir rapidement et collectivement.
Le 28 septembre 2026, les ministres européens de la Défense se sont réunis à Bruxelles pour discuter des options face à « l’escalade de la campagne hybride russe ».
Ursula von der Leyen avait proposé, quelques jours plus tôt, un protocole de sécurité d’urgence inspiré de l’article 4 de l’OTAN.
L’idée : permettre à un État membre de convoquer ses partenaires dès qu’une menace hybride grave menace sa sécurité nationale, même si elle reste en deçà d’une agression armée. Kaja Kallas a rappelé que les services de renseignement voient déjà la Russie préparer de nouveaux actes de sabotage destinés à diviser les sociétés européennes et à freiner le soutien à l’Ukraine.
Pourtant, le constat reste le même depuis des années : l’Europe dispose d’outils, mais elle peine à les activer à la vitesse et à l’échelle nécessaires.
Ce qui fait réellement défaut
1. La rapidité de décision collective
Les mécanismes actuels restent trop lents et trop dépendants du consensus. Quand un drone chargé d’explosifs apparaît dans un aéroport allemand, quand un sabotage frappe une infrastructure critique ou quand des câbles sous-marins sont sectionnés, le temps de l’attribution et de la coordination laisse souvent le champ libre à l’attaquant. Moscou compte précisément sur cette inertie.
2. Une dissuasion crédible sous le seuil de la guerre
Comme le résume le commissaire européen à la Défense Andrius Kubilius : « Si nous faisons face à une guerre hybride, nous avons besoin d’une défense hybride. » Et surtout d’une réponse « douloureuse ».
Or l’Europe dispose encore trop peu de leviers intermédiaires : sanctions ciblées accélérées, mesures de rétorsion proportionnées, renforcement immédiat des défenses anti-drones ou cyber – qui monteraient clairement le coût pour le Kremlin sans ouvrir la boîte de Pandore d’une escalade militaire.
3. L’attribution et le partage du renseignement
Sans preuve solide et rapidement partagée, toute riposte collective reste politiquement fragile.
Plusieurs pays insistent désormais sur la nécessité de renforcer les échanges entre services de renseignement européens et avec l’OTAN pour sortir de la zone grise du « plausible deniability ».
4. La volonté politique de franchir le pas
Le protocole d’urgence ne servira à rien s’il reste un texte. Il faudra oser l’activer, accepter que certaines actions russes ne sont plus de simples « incidents » et assumer que soutenir l’Ukraine fait partie intégrante de la défense de l’Europe elle-même.
C’est d’ailleurs l’un des leviers les plus efficaces : chaque avancée sur le terrain ukrainien ou chaque nouveau paquet de sanctions réduit la marge de manœuvre de Moscou.
Une ligne de crête
La Russie ne cherche pas (encore) l’affrontement direct avec l’OTAN.
Elle teste, divise, fatigue et normalise des actions qui, prises isolément, semblent supportables.
L’objectif est clair : casser la cohésion européenne et éroder le soutien à Kiev.
Ce qui manque vraiment aux Européens, ce n’est donc pas tant un énième organigramme qu’une doctrine de réponse rapide, collective et dissuasive, capable de faire comprendre à Moscou que chaque attaque hybride a un prix immédiat et tangible.
Le protocole de sécurité d’urgence est un premier pas.
Encore faut-il qu’il soit accompagné de la volonté politique de l’utiliser.
https://www.youtube.com/watch?v=GQONvIyov00
© JBCH Réflexions Septembre 2026
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