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samedi 31 janvier 2026

Boualem Sansal à l'Académie française .... JBCH N° 2601 - 839

Boualem Sansal à l’Académie française :

Une gifle symbolique au pouvoir algérien



L’élection de Boualem Sansal à l’Académie française n’est pas un simple événement littéraire. C’est un acte hautement politique, un geste symbolique d’une rare violence morale à l’égard du régime algérien.


 

À 80 ans, gravement malade, emprisonné pour ses idées, l’écrivain franco-algérien est aujourd’hui consacré par l’une des institutions culturelles les plus prestigieuses du monde francophone. L’image est saisissante : pendant que la France académique honore l’homme de lettres, l’Algérie officielle enferme l’homme libre.




 

Sansal n’a jamais été un opposant de circonstance. Il est de ceux qui ont méthodiquement, patiemment, révélé les mensonges fondateurs du régime algérien : la confiscation de l’histoire, l’instrumentalisation de la mémoire coloniale, l’écrasement des libertés au nom d’un nationalisme figé, et la négation obstinée de la question kabyle. Son œuvre, lucide et implacable, a fait ce que redoutent toutes les dictatures : elle a nommé les choses.


 

Le pouvoir algérien a répondu comme il sait le faire : par la prison. Un an de détention infligé à un vieil homme atteint d’un cancer. Une vengeance froide, bureaucratique, destinée à terroriser les intellectuels, à rappeler aux Algériens — et plus encore aux Kabyles — que la vérité reste un crime d’État. Mais cette fois, la manœuvre se retourne contre ses auteurs. L’Académie française transforme la cellule en tribune, et la sanction en consécration.




 

À Paris, l’embarras est palpable. Emmanuel Macron, déjà fragilisé par une relation franco-algérienne minée par les malentendus, se retrouve face à une contradiction cruelle : comment dialoguer avec un régime qui emprisonne un académicien français ? Le malaise est d’autant plus fort que le président a récemment assumé un choix géopolitique majeur en reconnaissant la souveraineté marocaine sur les territoires du Sud. Une décision courageuse, lourde de conséquences, qui a mis fin aux illusions algériennes d’une ouverture stratégique sur l’Atlantique par le Sahara occidental.




 

Car derrière la rhétorique idéologique, il y avait un projet : briser l’isolement géographique de l’Algérie, contourner le Maroc, accéder à l’océan. Ce projet a échoué. Et l’élection de Sansal intervient comme un coup de poing supplémentaire, rappelant que la diplomatie de la rancœur et de la répression mène à l’isolement moral et politique.


L’honneur fait à Boualem Sansal dépasse sa personne. Il s’adresse à tous les Algériens bâillonnés, à tous les Kabyles niés, à tous ceux que la peur empêche de parler. Il dit une chose simple : la littérature survit aux prisons, la vérité traverse les frontières, et les dictatures finissent toujours par être jugées — sinon par leurs peuples, du moins par l’Histoire.


Ce jour-là, ce n’est pas seulement un écrivain qui entre sous la Coupole. C’est un régime qui en sort un peu plus nu.







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