Course à l’armement informatique
Par Jacques-Bernard CH., correspondant à Boulogne-Billancourt
25 janvier 2026 – Israël mise gros sur la technologie quantique pour ne pas se laisser distancer dans une course mondiale qui redéfinit le pouvoir militaire, économique et scientifique.
Bien que la bataille se joue principalement entre les États-Unis et la Chine, l’État hébreu se bat pour une place dans le top 5, forgeant des alliances stratégiques malgré les incertitudes géopolitiques.
Boulogne-Billancourt – Depuis 2018, Israël s’est lancé dans la course au quantique avec détermination, rappelant la conquête spatiale des années 1960. Les vainqueurs domineront la détection militaire (avions, sous-marins) et briseront les codes actuels, rendant obsolètes la plupart des mots de passe du web. Si les États-Unis et la Chine mènent la danse, Israël vise une position clé, avec des implications majeures pour sa sécurité et son économie.
Modeste face aux géants, Jérusalem investit massivement : l’Initiative nationale quantique, lancée en 2018 avec 1,25 milliard de NIS, a vu son budget grimper à 1,5 milliard en 2020, plus 200 millions en 2022 pour l’académique et le privé. Résultat : les groupes de recherche académiques sont passés de 144 à 240, et les entreprises de 5 à 20 d’ici 2025, selon Nadav Cohen de MAFAT (branche R&D du ministère de la Défense).
Les partenariats sont cruciaux. L’Union européenne a injecté plus de 1,1 milliard d’euros de 2021 à 2024 via Horizon Europe, faisant d’Israël le premier associé non-européen – un investissement inégalé ailleurs. En comparaison, les États-Unis n’ont alloué que 47,5 millions de dollars en décembre 2025 pour divers techs, dont le quantique représente une fraction. Cette asymétrie inquiète, surtout avec les embargos européens de 2025 sur les armes israéliennes et la politique “America First” de Trump, qui pourrait réduire l’aide.
Hadas Lorber, ex-Conseil de sécurité nationale et désormais à l’INSS (Institut d’études de sécurité nationale), mène la charge pour renforcer les liens. En juillet 2025, elle a organisé une conférence inédite à l’INSS, réunissant experts israéliens et américains pour brainstormer. “Le quantique a émergé dans les années 1950, mais la révolution date de la dernière décennie”, explique-t-elle. Israël pousse pour des écosystèmes avec le DoE, DARPA et NIST américains, visant à retenir ses talents tout en partageant savoirs.
Au-delà de l’Occident, des opportunités existent avec l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan – pays intéressés par des coopérations tech. Au Moyen-Orient, les Émirats (Abraham Accords 2020) collaborent déjà en cyber, mais l’Arabie saoudite freine la normalisation post-Gaza, limitant les avancées quantiques. L’exclusion d’Israël d’un pacte IA 2025 (US-Arabie-Émirats) et d’un venture qatari-US de 1 milliard alarme : les Golfes ont les fonds, data centers et énergie qu’Israël manque pour scaler du labo au réel.
La révolution quantique avance par étapes. Google a atteint une “suprématie” précoce en 2019, mais les applications limitées (sciences) sont attendues dans 2-3 ans. Les senseurs quantiques progressent (navigation sans GPS en Australie), comme les communications (satellite chinois Micius). Un ordinateur quantique universel, corrigeant erreurs, pourrait prendre 8-10 ans. Israël excelle aussi en chiffrement post-quantique (PQE) pour contrer les hacks futurs, suivant NIST (transition totale d’ici 2035).
Face à 56 milliards investis globalement en 2025 (contre 22 en 2020), Israël compense par son ingéniosité et des “anneaux de smart power” contre Chine et Iran. Tamir Hayman, directeur de l’INSS, insiste : passer de “start-up nation” à “growth nation” via des relations uniques. L’enjeu ? Un “qualitative technological edge” pour sécuriser l’avenir. Israël est dans la mêlée – et avec l’INSS en fer de lance, il compte bien y rester.
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