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lundi 26 janvier 2026

Démographie en France ... Dov Zérah JBCH N° 2601 - 827

 
LA FRANCE FACE À SA DÉMOGRAPHIE DÉCLINANTE
 
Bonsoir
Bonne lecture
 
Atlantico : si vous aviez à citer un chiffre significatif, caractéristique de l’année 2025, lequel mettriez-vous en avant ?
 
DZ : Un des signaux les plus inquiétants de la situation française est l’excédent des morts sur les naissances. En 2025, nous avons enregistré 645 000 naissances contre 651 000 décès, soit une diminution de 6 000 personnes au cours de l’année écouléeDepuis 2020, l’Europe compte plus de décès que de naissances et la France était un des derniers pays européens à maintenir une forme de vitalité démographique. Mais, 2025 marque indiscutablement un tournant.
 
En 40 ans, le taux de natalité est passé de 14,1 naissances pour 1 000 habitants en 1985 à 9,4 en 2025, cinq points de baisse sur cette période.
Du côté du taux de mortalité, il est passé sur la même période 9,9 % en 1985 à 9,4 % en 2025.
 
Le taux de fécondité est ainsi tombé à 1,56 enfant par femme, le taux le plus bas depuis 1917. La France se trouve confrontée à un mouvement profond qui va perdurer.
 
Atlantico : en quoi cette évolution est-elle problématique ?
 
DZ : Un pays qui vieillit est un pays qui est moins entreprenant, moins innovant. Le pays est confronté à un phénomène de ciseaux pour les comptes publics puisque les cotisations sociales sont en baisse alors que les dépenses pour la santé et les retraites sont en augmentation.
 
Une population en diminution, cela signifie une baisse du nombre de consommateurs, et par voie de conséquence un effet récessif sur la croissance économique. Cette conséquence est confortée par une main d’œuvre en réduction, et donc des capacités de production en difficulté.
 
Moins de naissances, cela entraine des maternités dégarnies, des écoles et des lysées qui se vident et qui, à plus ou moins brève échéance, doivent être fermés…
 
Une population déclinante entraine le pays dans une spirale récessive. Un pays sans jeunes se dévitalise. Pour apprécier la relation entre démographie et croissance économique, il suffit de rapprocher la période des « trente Glorieuses » concomitante au « baby-boom » de l’après-guerre.
 
Atlantico : Ces chiffres n’obligent-ils pas à une révision du discours ambiant sur les immigrés ?
 
DZ : Oui. Si nous voulons maintenir notre niveau de vie, nous devrons faire appel à de la main d’œuvre étrangère.
Les difficultés rencontrées pour l’intégration des immigrés exigent certes un contrôle des flux. Mais, cela ne suffit pas. Face à nos besoins de main d’œuvre, il est temps d’avoir un débat lucide et rationnel pour essayer de trouver les éléments d’un consensus autour d’une politique combinant contrôle des flux et immigration choisie.
 
En 2021, le Haut-Commissariat au Plan a proposé un pacte national démographique reposant sur deux piliers, avoir plus d’enfants et accueillir des personnes venant de l’extérieur. Cette proposition n’est équilibrée qu’en apparence. En effet, la procréation relève de facteurs sociétaux difficilement contrôlables, alors que l’immigration est soumise à la forte pression démographique africaine. Un déséquilibre qui rend l’exercice très difficile.
 
N'oublions pas que depuis plus de cent ans, la France a été une terre d’asile, d’immigration avec les Polonais venus travailler dans les mines du Nord après la Grande guerre, les Italiens en renfort dans l’agriculture ou le bâtiment, les Espagnols, les Portugais … ou les Maghrébins ayant assuré le développement de l’industrie automobile dans les années soixante… N’oublions pas que le patronat avait même des bureaux de recrutement à l’étranger !
 
Atlantico : Cette situation est-elle inédite dans l’histoire démographique française ?
 
DZ : Rappelons-nous que la France a été le 1er pays européen par sa population sous le roi Soleil et du temps de Napoléon 1er.
 
Cette situation a été écornée du fait des 36 ans de guerres louis quatorzaines, du départ des 100 000 Huguenots après la révocation de l’édit de Nantes et de la grande famine de 1693-1694 qui aurait fait plus d’un million de morts. La France a perdu au moins 10 % de sa population de vingt-deux millions d’habitants.
 
Vauban a critiqué la remise en cause de la paix religieuse car le Royaume a perdu des hommes, alors qu’il estimait qu’il n’y a de richesse que dans les hommes. Sous des formules diverses et variées, Vauban n’a cessé de répéter : « … la grandeur des Rois se mesure par le nombre de ses sujets…. Où il n’y a point de sujets, il n’y a ni Prince ni État… là où il y a peu de sujets, il y a peu de puissance et de grandeur, et que là où il y en a beaucoup, il arrive tout le contraire… c’est bien moins par l’étendue des États et des revenus des Rois qu’il faut juger de leur grandeur que par le nombre des sujets… » rapportée par Albert de Rochas d’Aiglun.
 
L’édit de Fontainebleau revenant sur celui de Nantes a été une catastrophe pour le pays car en plus de la perte de nombreuses personnes, celles-ci ont grossi les rangs des armées ennemies ; parallèlement, le Royaume a enregistré une hémorragie d’argent et une perte de savoir-faire et de compétences, sans insister sur la dégradation de l’image du pays… Une vraie erreur historique du Roi Soleil !
 
Atlantico : Comment a évolué la démographie française au XIXème siècle ?
 
DZ : Un siècle plus tard, les guerres de Napoléon 1er ont eu un effet plus catastrophique sur la démographie française. Elles ont découragé les Français de faire des enfants.
Alors qu’en 1800, la France était encore le 1er pays européen avec 25 millions d’habitants devant les 18 millions de Russes, la France a amorcé son déclin démographique qui n’a cessé de s’aggraver au cours du XIXème siècle.
Au milieu du siècle, un second phénomène s’est enclenché. Les Français ont consacré leur épargne pour financer les emprunts russes, au point qu’Alfred Sauvy n'a pas hésité à écrire que « les Français ont fait des emprunts russes au lieu de faire des enfants ! ». Une catastrophe historique surtout après la décision soviétique de refuser d’assumer ces dettes tsaristes.
 
Atlantico : cette situation ne s’est pas améliorée avec la Grande guerre.
 
DZ : Nous nous sommes retrouvés à 40 millions en 1914 contre 65 millions d’Allemands. Clémenceau avait coutume de dire « la différence entre la France et l’Allemagne, c’est 20 millions d’habitants ».
 
La saignée de la Grande guerre (1,4 million de morts français, soit 3,5 % de la population, contre 2 millions d’allemands, soit 3 % de la population) a marqué le pays. Pour que la comparaison soit aussi précise que possible, il convient de rappeler que les Allemands n’ont pas eu que les Français à affronter ; ils étaient face aux Anglais à l’Ouest et aux Russes à l’Est…
 
Cela a accentué le déclin démographique dans les années trente au cours desquelles la France a enregistré une diminution de sa population. Cela a constitué une des explications profondes de la débâcle de 1940 ! Ces rappels historiques sont importants pour inciter les autorités à faire face à ce défi !
 
Dov ZERAH

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