Le dernier rempart de la République
Le préfet de police conseille aux commerçants parisiens de se payer leur propre sécurité. L'État, dans sa capitale, sous-traite sa mission première.
Le préfet de police appelle les commerçants à se protéger eux-mêmes. Dans une lettre officielle adressée à la veille des manifestations du 24 octobre, il leur recommande de recourir à des « agents de sécurité privée », de baisser leurs rideaux, de rentrer tout ce qui pourrait servir de projectile et de fermer plus tôt.
L'aveu est brutal, à peine voilé. L'État, dans sa capitale, renonce à assurer sa mission première.
La sécurité, fonction régalienne par excellence, est désormais sous-traitée au privé. Rue de Rivoli, boulevard Haussmann, les rideaux baissés témoignent déjà de la peur. Après les pillages du 17 octobre et l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges, les commerçants n'attendaient qu'une chose : la protection de la République.
Ils reçoivent une injonction à se débrouiller. Le préfet a parlé ensuite de « maladresse » et rappelé que leur sécurité relevait « de la responsabilité de l'État ». Trop tard : la vérité avait été écrite noir sur blanc.
Un vigile se paie environ vingt-cinq euros de l'heure, un maître-chien près de quarante, pour remplacer ce que l'impôt devrait garantir. C'est le symbole d'une faillite qui ne dit plus son nom. Quand l'État demande aux citoyens de payer deux fois leur sécurité, il avoue son impuissance.
La préfecture, débordée, en sous-effectif, s'en remet aux vigiles, et bientôt aux molosses, pour faire ce que les uniformes ne font plus. Demain, ce seront des barricades devant les boutiques et des milices devant les immeubles.
Paris n'a jamais eu autant besoin d'autorité, et n'en a jamais autant manqué.
Le chien est devenu le dernier rempart de la République.

Catastrophique
RépondreSupprimerQui sont les plus forts