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vendredi 23 octobre 2026

Opération Crèche ! JBCH N° 2610 - 273




 JBCH Réflexions

En famille, entre amis seulement
Romans · Politique-fiction

Opération Crèche

Cinq semaines pour faire tomber la République  
Ce récit est une fiction. Les personnages, les partis et les organisations qui y figurent sont imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes existantes serait fortuite… ou simplement probable.
JCCH N° 273.                                      23 Octobre 2026
Les personnages
Nadia Benali, 41 ans, analyste à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), cellule « ingérences numériques ».
Hugues Delorme, président de la République, en fin de second mandat.
Antoine Valcourt, Premier ministre.
Jean-Baptiste Marcelin, tribun de L'Insurrection populaire (LIP), gauche radicale.
Hélène Varenne, présidente du Rassemblement de la Nation (RDN), droite nationaliste.
Samir Haddad, président d'une fondation genevoise « pour la dignité », proche de la mouvance des Frères musulmans.
Viktor Sorokine, colonel, « service des mesures actives », Moscou.
Cheikh Abdelkader Mansouri, vieil imam, Grande Mosquée de Paris. — Karim Lahlou, maire de Saint-Denis.
 

Les cicatrices

Paris, 17 novembre

Paris porte encore les cicatrices. Un mois plus tôt, le 17 octobre, des bandes venues de plusieurs banlieues ont convergé vers la capitale sous couvert d'une manifestation « contre la vie chère ». Vitrines brisées, pillages, affrontements. 

L'image a tourné en boucle sur toutes les chaînes TV et sur tous les réseaux sociaux du monde : un jeune homme drapé dans un drapeau tricolore, un autre drapé d'un drapeau palestinien debout devant un office du tourisme en flammes.

La réponse de l'État a été massive. Vague d'interpellations, plusieurs milliers de gardes à vue, des incarcérations rapides  dont une partie sera jugée, plus tard, injustifiée. La tension ne retombe pas. Elle s'installe, comme une fièvre qu'on ne soigne plus.

Au quatrième étage d'un immeuble sans nom de Levallois-Perret, Nadia Benali ne regarde pas les images. Elle regarde les horloges. Depuis trois semaines, elle reconstitue minute par minute la chronologie du 17 octobre, et quelque chose cloche. 

Les premiers appels au pillage  « Rendez-vous à 16 h, Champs, on reprend ce qu'ils nous volent » sont apparus sur les réseaux à 15 h 12. Mais les mots-clés qui les accompagnaient circulaient déjà depuis 14 h 30, relayés par onze mille comptes dont aucun n'existait six mois plus tôt.

Onze mille comptes. Des photos de profil générées par ordinateur, des prénoms de cité, des fautes d'orthographe soigneusement dosées. Et une même signature technique, que Nadia connaît bien pour l'avoir déjà vue pendant la campagne contre les Jeux olympiques : une ferme de serveurs ( on appelle ca des trolls) installée entre Saint-Pétersbourg et un hébergeur de façade aux Seychelles.

Elle rédige une note de deux pages. Sa hiérarchie la lit, la classe, et lui répond qu'on a « d'autres urgences ».

Arrive décembre. Comme chaque année, plusieurs mairies installent des crèches de Noël devant leur parvis. Les tribunaux ont souvent tranché, dans un sens puis dans l'autre ; c'est devenu un rituel, une petite guerre stupide  que la France aime se jouer. 

Mais cette année, rien n'est petit. Pour une partie des habitants des quartiers, déjà à vif après octobre, ces santons sur le domaine public sont perçus comme une provocation contre l'islam, à deux semaines des fêtes, au moment crucial pour le commerce.

Le 2 décembre, une vidéo apparaît. On y voit une crèche municipale piétinée par des jeunes masqués en survêtement, sous des cris d'« Allahou akbar ». 

Elle est vue quatre millions de fois en une nuit. Hélène Varenne la partage à 23 h 40 : « Voilà la France qu'ils nous préparent. » Jean-Baptiste Marcelin réplique à minuit : « Les crèches de la honte : la mairie qui provoque est la seule coupable. »

Nadia, elle, passe la nuit sur la vidéo. Au matin, elle a la certitude qu'elle a été tournée en Seine-Saint-Denis… mais pas en décembre. En juillet. Les arbres sont en feuilles. Et les cris ont été ajoutés au montage.

« On ne fabrique plus les guerres civiles. On fabrique les images, et l'on attend que les gens fassent le reste. »

L'étincelle de Limoges

Nuit du 5 au 6 décembre

Dans la nuit du 5 décembre, une dizaine de mairies de villes moyennes s'enflamment presque à la même heure : Limoges, Trappes, Corbeil, Vaulx-en-Velin. Incendies volontaires, façades noircies, registres d'état civil réduits en cendres. À Limoges, l'hôtel de ville, déjà meurtri en octobre, est cette fois éventré.

En remontant la piste des incendiaires, la police judiciaire tombe sur autre chose : trois entrepôts logistiques, en zone industrielle, remplis de résine de cannabis et d'opium afghan. Les enquêteurs découvrent un système parallèle. Selon leurs estimations, plus de cent mille personnes vivraient indirectement de cette économie : petites mains, guetteurs, chauffeurs, logisticiens, et tout un réseau de blanchiment à travers des commerces de proximité — boulangeries, barber shops, snacks, ongleries. Les stocks saisis représentent plusieurs milliards d'euros à la revente. Sur ordre du parquet, les douanes procèdent à leur destruction, devant les caméras, au lance-flammes.

Pour les réseaux, c'est une déclaration de guerre économique.

Pour Nadia Benali, c'est une piste. Le bail des trois entrepôts a été signé par une société de transport immatriculée à Dubaï. Cette société a versé, l'année précédente, un « don » de 1,8 million d'euros à la Fondation Al-Karama pour la dignité, à Genève, présidée par le docteur Samir Haddad, figure courtoise des plateaux de télévision, invité de colloques universitaires, inlassable dénonciateur de « l'islamophobie d'État ».

La fondation, à son tour, finance une constellation d'associations françaises : soutien scolaire, aide juridique aux familles de détenus, collectifs « contre les violences policières ». 

Rien d'illégal. Tout est déclaré. Mais l'un de ces collectifs a loué, le 4 décembre, deux minibus. Et l'un de ces minibus a été flashé, le 5 au soir, à six cents mètres de la mairie de Corbeil.


CONFIDENTIEL — DGSI
Objet : convergence de flux. — Le portefeuille de cryptomonnaie ayant rémunéré au moins quatre incendiaires (500 € par personne, versés via une application de paiement) a été alimenté par une plateforme d'échange basée à Moscou. Ce même portefeuille a payé, en septembre, des « prestations de communication » à une agence ayant travaillé pour deux campagnes municipales, l'une du LIP, l'autre du RDN.


Nadia relit trois fois. Ce n'est pas un complot au sens des romans : personne ne commande tout. C'est plus subtil, et plus terrifiant. Moscou fournit l'argent et les images. 

Les réseaux islamistes fournissent le récit : l'humiliation, la dignité, l'Occident qui méprise. Les trafiquants fournissent la main-d'œuvre. Et les deux partis extrêmes fournissent l'écho, chacun persuadé de servir sa propre cause.

Le soir même, sur une chaîne d'information, Marcelin explique que « la destruction des stocks est une provocation policière qui affame les quartiers ». 

Une heure plus tard, Varenne exige « l'armée dans les cités » et parle de « reconquête ». Les deux extraits sont repris par les mêmes onze mille comptes. Ils se répondent, ils se nourrissent. Ils ne le savent pas, mais ils travaillent pour le même employeur.

 

Le jour noir

7 et 8 décembre

La riposte est immédiate et aveugle. Dans plusieurs cités d'Île-de-France, des armes de guerre circulent  : des kalachnikovs entrées par les Balkans, mais aussi, découvrira-t-on plus tard, quelques lance-roquettes dont les numéros de série renvoient à des stocks ukrainiens « disparus » sur le front du Donbass. 

Des explosifs sont utilisés contre un commissariat de Sevran et une sous-préfecture. Ce n'est plus une émeute. C'est une insurrection urbaine armée.

Le bilan est lourd : des centaines de morts en quarante-huit heures. Des policiers, des trafiquants, et surtout des habitants pris au milieu;  une infirmière qui rentrait de garde, un livreur, deux adolescents sur un toit. 

Paris est tétanisé. Le gouvernement décrète l'état d'urgence ; l'armée est déployée pour sécuriser les points sensibles ; couvre-feu à 19 heures en Seine-Saint-Denis, dans le Val-d'Oise et à l'intérieur de Paris.

Le soir du 8 décembre, Antoine Valcourt monte sur le perron de Matignon. Il a les yeux rouges. Il annonce la démission de son gouvernement. 

Il annonce qu'il « ne peut plus garantir la sécurité des Français avec une Assemblée qui refuse de voter les crédits d'urgence ». Personne ne l'écoute vraiment. Le pays a compris une seule chose : il n'y a plus personne.

Dans le vide, des milices de riverains se forment. Des groupes d'autodéfense communautaires montent la garde devant les synagogues,  devant les églises. 

Des collectifs de commerçants s'arment de battes et de fusils de chasse. À Lyon, un groupe se réclamant du RDN patrouille dans la Presqu'île ; Varenne condamne « mollement », puis s'affiche le lendemain avec ses chefs. À Marseille, des militants proches du LIP dressent des barricades « antifascistes » qui bloquent… les ambulances.

Moscou, même soir. Un bureau sans fenêtre, quelque part près de la place Loubianka.

Le colonel Viktor Sorokine regarde les chaînes françaises sur quatre écrans. Il n'a pas l'air triomphant. Il a l'air d'un comptable satisfait.

— Combien nous a coûté la France, ce trimestre ? demande-t-il à son adjoint.

— Onze millions d'euros, colonel. Serveurs, influenceurs, quelques transferts.

— Moins qu'un char, dit Sorokine. Le reste, ils le font eux-mêmes. Ils ont toujours tout fait eux-mêmes. Nous ne faisons qu'ouvrir les portes qu'ils ont laissées entrouvertes.

« Moins qu'un char. Le reste, ils le font eux-mêmes. »
 

Le vide

Du 9 au 12 décembre

Plus personne ne commande. Le président Delorme est isolé à l'Élysée, entouré de conseillers qui se contredisent. Il parle à la télévision une fois, d'une voix blanche, de « l'unité de la Nation ». Il annonce qu'il maintient son déplacement au sommet de l'OTAN, « parce que la France doit tenir son rang ». 

La phrase fait l'effet d'une gifle. Le Sénat, par la voix de son président Paul-Henri Castagné, assure de fait la continuité de l'État. À l'Assemblée, il n'y a plus de majorité, plus même de minorité cohérente : seulement deux blocs qui hurlent.

Le 10 décembre, Nadia Benali obtient enfin un rendez-vous rue du Faubourg-Saint-Honoré. Un secrétaire général adjoint, quarante ans, costume impeccable, l'écoute pendant dix-huit minutes. 

Elle lui montre les flux, les comptes, la vidéo truquée de juillet, le portefeuille moscovite, la fondation genevoise, l'agence de communication des deux partis.

Il la remercie. Il dit que c'est « remarquable ». Puis il ajoute, en refermant le dossier :

— Vous comprenez bien qu'on ne peut pas sortir ça maintenant. Si nous accusons la Russie, on dira que nous fuyons nos responsabilités. Si nous parlons des Frères musulmans, nous mettons le feu aux mosquées. Si nous révélons que les deux partis extrêmes ont payé la même agence, ils crieront au complot d'État, et ils auront chacun quinze points de plus. Il faut d'abord rétablir l'ordre. La vérité, ce sera pour après.

Nadia sait ce que signifie « après » dans cette maison. Cela signifie jamais.

· · ·

Dans les quartiers, deux pouvoirs s'affrontent désormais. D'un côté, les trafiquants, qui veulent garder le contrôle territorial après la perte de leurs stocks et qui découvrent, grisés, que l'État recule. 

De l'autre, des figures religieuses et associatives : imams, éducateurs, mères de famille  qui veulent arrêter le bain de sang et qui enterrent leurs fils.

C'est un vieil homme, l'Iman Chalgoutaoui,  et Karim Lahlou, maire de Saint-Ouen qui forcent le premier dialogue. Une salle des fêtes à Aubervilliers, des chaises en plastique, des néons qui grésillent, des soldats en faction sur le parking. Autour de la table : trois chefs de réseau qui ne donnent que leurs surnoms, deux commissaires, un préfet, quatre mères de famille, et Mansouri, qui ouvre la séance par une phrase que personne n'oubliera :

— Je suis venu en France en 1962. J'ai vu ce pays nous accueillir mal, puis un peu mieux. Je ne laisserai pas des gens qui ne sont pas d'ici le brûler en notre nom.

Il ne dit pas qui sont « ces gens ». Il n'a pas lu le rapport de Nadia. Mais il a compris.

 

Le compromis sous couvert de triomphe

15 décembre — et après

La sortie de crise trouvée le 15 décembre sera racontée différemment selon les camps. Pour une partie de la rue, elle sera présentée comme un triomphe de l'islamisme : « Ils ont retiré les crèches, ils ont fait plier l'État. » Dans les faits, c'est un compromis républicain, sec et pragmatique :

  1. Retrait des crèches des parvis des mairies vers l'intérieur des églises et des lieux privés, au nom de la stricte neutralité de l'espace public, pour apaiser le symbole.
  2. Création d'un fonds de reconstruction de deux milliards d'euros pour les mairies brûlées et les commerces pillés, cogéré par les maires et des associations de quartier.
  3. Amnistie pour les délits mineurs liés aux manifestations d'octobre et de novembre ; maintien des poursuites lourdes pour trafic de stupéfiants, incendies et homicides ; peines alourdies pour le blanchiment à travers les commerces.
  4. Installation, dans chaque département touché, d'un Conseil de sages — imams reconnus, élus, policiers, commerçants — chargé d'obtenir le désarmement et la levée du couvre-feu.

Les prêcheurs radicaux crient victoire : « L'État a cédé. » Mais sur le terrain, les armes se taisent. 

Les milices se dissolvent. L'armée se retire progressivement. Les boulangeries et les barber shops rouvrent, sous contrôle fiscal renforcé. 

Ce n'est pas une victoire de l'islamisme : c'est une victoire de façade qu'on lui abandonne pour qu'il accepte de déposer les armes. 

L'État, lui, récupère le monopole du maintien de l'ordre, légitime sans nouvelles effusions de sang.

Voilà ce qu'écrivent les éditorialistes raisonnables, le 16 décembre. Ils ont raison. Et cela n'a aucune importance.

Car le soir même, les onze mille comptes se remettent au travail. Ils n'ont plus besoin de vidéos truquées : la réalité suffit. « Ils ont retiré l'Enfant Jésus pour faire plaisir aux dealers » : quatorze millions de vues. « L'État négocie avec les assassins de nos policiers » : neuf millions. 

Et, de l'autre côté du miroir : « Amnistie au rabais, les vrais coupables sont en uniforme » : six millions. Hélène Varenne tient meeting à Limoges, devant l'hôtel de ville en ruine, et parle de « Munich républicain ». Jean-Baptiste Marcelin, à Saint-Denis, dénonce « un accord colonial signé sous la menace des fusils de l'État ». Ils se haïssent. Ils se citent l'un l'autre à chaque phrase.

Le 20 décembre, Samir Haddad publie une tribune dans un grand quotidien du soir : il salue « la sagesse des musulmans de France » et réclame que les Conseils de sages deviennent permanents, avec un budget. Personne ne relève que sa fondation n'a jamais été dissoute.

Le 3 janvier, le premier sondage de l'année pour l'élection présidentielle tombe. Hélène Varenne : 36 %. Jean-Baptiste Marcelin : 21 %. Le meilleur candidat du centre plafonne à 11 %. 

Pour la première fois sous la Ve République, le second tour promet d'opposer deux candidats qui, chacun à sa manière, ont promis de sortir du commandement intégré de l'OTAN, de « renégocier » le soutien à l'Ukraine et de « parler avec tout le monde ».

· · ·

Le 8 janvier, le rapport de Nadia Benali est classé « secret défense ». Elle est mutée, avec une promotion, à la cellule « coopération internationale », à Lyon. On lui dit que c'est une marque de confiance.

Le même jour, à Moscou, le colonel Sorokine signe un document de deux lignes, qu'il glisse dans un classeur gris étiqueté Opération Crèche. Il ne s'est jamais intéressé à l'islam, ni à la gauche, ni à la droite française. 

Il s'intéresse à une seule chose : qu'au printemps prochain, la deuxième puissance militaire d'Europe ait à sa tête quelqu'un qui doute de tout, sauf de son ressentiment. et qui lâche son appui à l'Ukraine.

СЕКРЕТНО
Objectif atteint. Aucun soldat engagé. La France n'a pas été vaincue : elle a été convaincue.

Il éteint la lumière.
À Paris, il neige sur les parvis vides.

Ce texte est une œuvre de fiction. Il s'inspire de mécanismes réels et documentés — campagnes d'ingérence numérique étrangères, entrisme de réseaux islamistes, économie du narcotrafic, polarisation politique — mais tous les personnages, organisations, partis et événements postérieurs au 17 octobre 2026 sont imaginaires. Les musulmans de France n'y sont pas l'ennemi : ils en sont, avec tous les autres Français, les premières victimes
© JBCH Roman Fiction. Octobre 2026

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