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mardi 11 août 2026

L'Eclipse. JBCH N° 2608 - 069

Grand format · Astronomie & traditions.  par JBCH 

Éclipse du 12 août 2026 : 

le ciel s'éteint en plein été, voici comment la vivre

Ce mercredi soir, la Lune viendra s'interposer entre la Terre et le Soleil pour offrir à la France le spectacle céleste le plus spectaculaire depuis 1999. 

D'où vient ce phénomène, que nous racontent les civilisations à son sujet depuis des millénaires, et surtout : comment le regarder sans se brûler la rétine ?

Repères

  • Date : mercredi 12 août 2026, en fin d'après-midi et soirée
  • Nature : éclipse solaire totale, la 16e du XXIe siècle
  • Zone de totalité : nord de l'Espagne, Islande, jusqu'aux Baléares
  • En France : éclipse partielle très profonde, entre 90 % et plus de 99 % selon les régions
  • Dernier précédent comparable : l'éclipse du 11 août 1999

Qu'est-ce qu'une éclipse, exactement ?

Une éclipse solaire se produit lorsque la Lune, dans son mouvement autour de la Terre, vient se placer exactement entre notre planète et le Soleil. Vue depuis la Terre, la Lune masque alors tout ou partie du disque solaire. 

Lorsque l'alignement est parfait, l'éclipse est dite totale : le jour se change brièvement en une nuit crépusculaire, les étoiles les plus brillantes peuvent apparaître, la température chute, et la couronne solaire — invisible en temps normal, noyée dans l'éclat du Soleil — devient soudain observable à l'œil nu, comme une auréole de lumière argentée.



Ce mercredi 12 août, cet alignement parfait ne concernera qu'une bande étroite de la planète : l'Atlantique Nord, l'Islande, puis le nord de l'Espagne jusqu'aux Baléares, où la totalité durera au maximum près de deux minutes. 

La France métropolitaine, elle, restera hors de cette bande — mais de très peu. Partout sur le territoire, l'éclipse sera partielle, avec un taux d'occultation du Soleil dépassant 90 % presque partout, un niveau exceptionnellement élevé qui ne s'était plus produit depuis 1999 et ne se reproduira pas avant plusieurs décennies.

Éclairage d'astrophysicien

« Ce qui rend cette éclipse si particulière pour la France, ce n'est pas sa totalité — que nous n'aurons pas — mais la conjonction d'un taux d'occultation proche de 100 % dans le Sud-Ouest et d'un horizon dégagé sur la façade atlantique en plein été. 

C'est une configuration rare qui ne se reproduira pas avant longtemps. »

— Un astrophysicien de l'Observatoire de Paris, spécialiste de mécanique céleste


Une fréquence plus élevée qu'on ne le croit

Contrairement à une idée répandue, les éclipses solaires ne sont pas des événements rarissimes à l'échelle du globe : il s'en produit en moyenne deux à cinq par an, quelque part sur Terre, partielles ou totales. 

Ce qui est rare, en revanche, c'est qu'une éclipse totale traverse précisément le lieu où l'on se trouve : pour un point donné du globe, il faut statistiquement patienter en moyenne près de quatre siècles entre deux passages de la bande de totalité. 

C'est cette rareté locale, et non la rareté du phénomène en lui-même, qui explique l'engouement soulevé par chaque éclipse visible depuis l'Europe.



Un phénomène qui a longtemps terrifié l'humanité

Avant que l'astronomie n'explique froidement la mécanique des orbites, la disparition soudaine du Soleil en plein jour a nourri, sur tous les continents, des récits où l'angoisse cosmique se mêle au sacré.

En Chine : un dragon dévore le Soleil

Dans la tradition chinoise ancienne, une éclipse était l'œuvre d'un dragon céleste en train de dévorer l'astre du jour. Le rituel de riposte consistait à faire un vacarme assourdissant tambours, gongs, cris pour effrayer la bête et la forcer à recracher le Soleil. Le mot chinois pour éclipse, shi, signifie d'ailleurs littéralement « manger ».

Dans la mythologie nordique : la traque des loups célestes

Chez les anciens Scandinaves, deux loups géants, Sköll et Hati, poursuivent sans relâche le Soleil et la Lune à travers le ciel. Une éclipse marquait le moment où l'un des deux loups parvenait presque à rattraper sa proie un signe redouté, associé aux prémices du Ragnarök, la fin du monde dans l'eschatologie nordique.

En Inde : la vengeance du démon Rahu

La tradition hindoue raconte l'histoire du démon Rahu, décapité par le dieu Vishnou après avoir tenté de voler l'élixir d'immortalité. Sa tête, restée immortelle, poursuit éternellement le Soleil et la Lune à travers le ciel pour se venger, et parvient parfois à les avaler brièvement d'où l'éclipse, avant que l'astre ne ressorte par le cou tranché du démon.

Dans la tradition juive et musulmane : un signe à interroger, non à craindre

Le Talmud évoque les éclipses comme des présages appelant à l'introspection collective plutôt que comme des punitions divines directes. 

Dans la tradition islamique, le Prophète a institué une prière spécifique, la salat al-kusuf, à accomplir collectivement lors d'une éclipse, précisément pour rappeler aux croyants qu'il ne s'agit ni d'un signe de mort ni de naissance d'un individu, mais d'un phénomène naturel devant inviter à la piété.

De la peur du dragon céleste à la prière collective, chaque civilisation a cherché, dans l'obscurité soudaine du jour, une manière de reprendre la main sur l'incompréhensible.


Une bataille arrêtée par le ciel : 
l'anecdote de 585 avant notre ère

L'historien grec Hérodote rapporte un épisode resté célèbre : en pleine bataille entre Mèdes et Lydiens sur les rives du fleuve Halys, une éclipse solaire totale plongea soudain le champ de bataille dans l'obscurité. 

Terrifiés, les deux camps interrompirent aussitôt les combats et signèrent la paix sur-le-champ. L'événement, que les astronomes modernes ont pu dater avec précision au 28 mai 585 avant notre ère grâce aux calculs rétrospectifs de mécanique céleste, est resté dans l'histoire comme la première éclipse dont la date nous soit connue avec certitude.

Éclairage d'historien des sciences

« Ce qui frappe dans le récit d'Hérodote, ce n'est pas tant l'éclipse elle-même que le fait qu'elle ait été anticipée, dit-on, par le philosophe Thalès de Milet. 

Vraie ou légendaire, cette anecdote marque symboliquement le moment où l'humanité commence à vouloir prévoir le ciel plutôt qu'à le craindre. »

— Un historien des sciences antiques

Comment observer l'éclipse sans se brûler la rétine

Aussi spectaculaire soit-elle, une éclipse partielle ne doit jamais être regardée à l'œil nu, même quelques secondes, même à travers des lunettes de soleil classiques : la rétine, dépourvue de récepteurs de douleur, peut subir des brûlures irréversibles sans que l'on ressente rien sur le moment.





Les bons réflexes

  • Utiliser exclusivement des lunettes certifiées ISO 12312-2, disponibles chez les opticiens, dans les associations d'astronomie ou distribuées gratuitement lors de certains événements publics
  • Vérifier l'absence de rayures ou de perforations sur le filtre avant usage
  • Ne jamais observer à travers un appareil photo, des jumelles ou un télescope sans filtre solaire adapté fixé à l'avant de l'instrument
  • Privilégier, à défaut de lunettes, l'observation indirecte par projection : trou de sténopé, ou simplement l'ombre projetée par les feuillages d'un arbre, qui dessinent naturellement des dizaines de petits croissants solaires au sol
  • Retirer les lunettes uniquement si la totalité est atteinte — ce qui ne sera pas le cas en France métropolitaine cette fois-ci

Où se placer en France pour le meilleur spectacle ?

Le facteur déterminant est la proximité avec la bande de totalité qui traverse le nord de l'Espagne : plus on se trouve au sud-ouest du territoire, plus le taux d'occultation grimpe. 

Le Pays basque et les Landes offrent, de loin, le spectacle le plus impressionnant en France métropolitaine, avec un taux avoisinant 99,5 % à Biarritz et Bayonne à un cheveu de la totalité. 

Toulouse et Marseille suivent avec des taux respectifs proches de 98 % et 96 %, quand le nord-est du pays, à Strasbourg ou Lille, devra se contenter d'environ 90 %, ce qui reste considérable.


Éclairage de météorologue

« La probabilité de ciel dégagé est nettement plus favorable sur la façade atlantique et dans le Sud en plein mois d'août. 

Mais le paramètre décisif reste la hauteur du Soleil sur l'horizon au moment du maximum : il faut absolument un horizon ouest totalement dégagé, sans collines ni bâtiments, car l'astre sera très bas dans le ciel. »

— Un météorologue spécialisé en observation astronomique


Le phénomène débutera en fin d'après-midi, atteindra son maximum d'occultation en début de soirée, le Soleil déjà bas sur l'horizon, avant de s'achever peu avant le coucher de l'astre. 

Cette proximité avec l'horizon promet une lumière particulièrement spectaculaire, entre teintes crépusculaires et pénombre inhabituelle en plein été. Autre curiosité de calendrier : cette soirée précédera de quelques heures le pic annuel des étoiles filantes des Perséides, offrant aux passionnés une nuit céleste à double spectacle.


Qu'on la vive comme un pur phénomène de mécanique céleste ou, plus intimement, comme un rappel de la fragilité de notre place dans le cosmos, cette éclipse du 12 août restera, pour beaucoup, l'un des souvenirs d'astronomie d'une vie. 

Reste à espérer un ciel dégagé et à ne pas oublier ses lunettes.

JBCH Août 2026



lundi 10 août 2026

Les résistants français de la Big Pharma ... JBCH N° 2608 - 068

   Chronique · Économie & industrie pharmaceutique

Urgo, BioMérieux, Boiron,   : 

Ces laboratoires familiaux français qui tiennent tête à la Big Pharma



Urgo

  • Fondée en 1880 à Dijon, marque lancée en 1958
  • Cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires franchi en 2026
  • 100 % détenue par la famille Le Lous
  • Présidence tournante entre les trois frères depuis 2019



bioMérieux

  • Fondée en 1963 par Alain Mérieux, près de Lyon
  • 4,07 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025
  • Contrôlée à près de 60 % par l'Institut Mérieux
  • La famille Agnelli (Exor) détient 10 % depuis 2022




Boiron

  • Fondée en 1932, leader mondial de l'homéopathie
  • 501,7 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025
  • Basée à Messimy, près de Lyon
  • Sortie progressive de huit années de décroissance




Il y a quelque chose de presque anachronique, dans un secteur dominé par les fusions à répétition et les fonds d'investissement anglo-saxons, à voir une entreprise centenaire annoncer fièrement qu'elle appartient toujours, intégralement, à la même famille. 

C'est pourtant exactement ce qui s'est produit à la mi-mai, quand Urgo a franchi le cap du milliard d'euros de chiffre d'affaires — une performance obtenue sans un centime de dette, et sans avoir cédé une seule part de capital aux marchés.

Une droguerie de Dijon devenue référence mondiale


Tout commence en 1880, avec une petite droguerie médicinale dijonnaise. En 1942, le pharmacien Jean Le Lous, fils d'agriculteurs bretons, en reprend les rênes. 

Son coup de génie arrive en 1958 : la création de la marque Urgo et la commercialisation du premier pansement prêt à l'emploi, une innovation qui change durablement le quotidien des pharmacies françaises. 

Trois générations plus tard, le groupe emploie 4 000 personnes dans le monde, dont 2 000 en France, et vient d'annoncer un plan d'investissement de 150 millions d'euros pour 2026-2027, entièrement fléché vers ses sites hexagonaux.

Une gouvernance sur mesure


Ce qui frappe surtout, c'est le mécanisme de transmission imaginé par Hervé Le Lous à son départ en 2019 : une présidence tournante entre ses trois fils, Tristan, Guirec et Briac, chacun à la tête du groupe pour trois ans, pendant que les deux autres pilotent les grandes divisions métier. 

Un schéma rare à ce niveau de chiffre d'affaires, qui a le mérite d'éviter l'écueil classique des maisons familiales : la lutte de succession qui finit par imposer, de guerre lasse, une vente à un fonds ou à un concurrent coté.

Un pansement, ça ne fait pas rêver la Bourse. C'est peut-être précisément ce qui a sauvé Urgo de la Bourse.


BioMérieux, ou la biotech qui a gardé son actionnaire fondateur

Le cas de bioMérieux est différent, mais tout aussi révélateur. Cotée en Bourse depuis 2004, l'entreprise créée par Alain Mérieux en 1963 reste néanmoins contrôlée à près de 60 % par l'Institut Mérieux, la holding familiale,  un niveau qui la met à l'abri de toute tentative de prise de contrôle hostile, tout en lui permettant de lever des capitaux sur les marchés. 

Signe que le modèle inspire au-delà des frontières françaises : la famille Agnelli, via sa holding Exor, en détient 10 % depuis 2022. Avec 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et un investissement de 250 millions d'euros annoncé cette année pour la fabrication de tests PCR en France, le groupe lyonnais illustre une voie médiane entre fermeture capitalistique totale et dilution complète.

Boiron et Ipsen : deux trajectoires, deux leçons


Chez Boiron, numéro un mondial de l'homéopathie, le redressement observé en 2025 après huit années de décroissance montre qu'un actionnariat familial stable n'immunise pas contre les crises de marché :  l'homéopathie a traversé une décennie difficile après le déremboursement en France, mais qu'il permet d'absorber ces cycles sans céder à la panique court-termiste qu'imposerait un actionnariat coté plus impatient.

Le cas d'Ipsen, troisième laboratoire pharmaceutique français, est plus complexe : le contrôle familial y a longtemps reposé sur la holding Beech Tree, détenue par Henri Beaufour, fils du fondateur. 

À sa mort fin 2025, ses actions ont été léguées non pas à ses héritiers mais à une fondation d'utilité publique dédiée à l'éducation des jeunes défavorisés, une manière radicale de trancher la question de la succession, en sortant purement et simplement le capital du cercle familial.




Le fil commun

Ce qui relie ces trajectoires si différentes, c'est moins une recette qu'une tension assumée : celle qui consiste à vouloir croître à l'international, investir dans l'innovation, résister aux cycles de concentration du secteur, sans jamais perdre la main sur les décisions stratégiques de long terme. 

Une discipline que les logiques trimestrielles de la Big Pharma cotée peinent structurellement à s'offrir.






Face à des géants comme Sanofi, empêtré dans le renouvellement de son portefeuille de médicaments malgré des milliards de bénéfices, ces maisons familiales rappellent une évidence trop souvent oubliée : la taille ne fait pas la résilience. La gouvernance, si.


Chronique inspirée d'un article de presse sur les laboratoires pharmaceutiques familiaux français (Urgo, bioMérieux, Boiron, Ipsen, Mayoly).                              JBCH Août 2026

Avoir 100 ans JBCH 2608 - 067

Chronique · Biotech & société

Vivre cent ans : le nouveau luxe que l'argent seul peut encore acheter



Pendant que les marchés s'emballent pour les puces qui font tourner l'intelligence artificielle, une autre course, plus discrète, mobilise les mêmes fortunes et la même démesure : celle de la longévité. 

Biotechnologies de rupture, thérapies géniques, médecine dite « préventive » — le vieillissement lui-même est devenu, en quelques années, l'un des marchés les plus courtisés du siècle. 

Et comme souvent quand une frontière biologique se transforme en marché, ce sont les mêmes noms qui ouvrent le bal.

Les tickets d'entrée

  • Jeff Bezos a englouti environ 3 milliards de dollars dans Altos Labs, spécialisée dans la reprogrammation cellulaire
  • Sam Altman a mis 180 millions de dollars dans Retro Biosciences, qui vise à prolonger la durée de vie en bonne santé
  • Objectif affiché : comprendre, ralentir, peut-être un jour inverser le vieillissement cellulaire

Une promesse scientifique encore très fragile

Il faut se garder de tout emballement. Certaines molécules déjà commercialisées  les agonistes du GLP-1 type Ozempic ou Wegovy  montrent des effets secondaires intéressants sur l'inflammation et la santé métabolique, sans que cela fasse d'elles des remèdes à la vieillesse. 




Des essais de thérapie génique dite de reprogrammation cellulaire ont bien débuté sur l'homme cette année, mais on ignore encore leur innocuité à long terme, et surtout leurs effets secondaires les plus graves restent largement sous-documentés. 

Aucune étude sérieuse, à ce jour, n'a démontré qu'il est possible d'allonger significativement une vie humaine en bonne santé au-delà des limites biologiques connues.

On ne finance pas la science du vieillissement par pure philanthropie quand on a soi-même le plus grand mal à envisager sa propre mort.

La peur de mourir comme moteur économique

Car c'est bien là le ressort principal, derrière le vernis d'altruisme scientifique : ces milliardaires n'investissent pas seulement pour l'humanité, ils investissent d'abord pour eux-mêmes. 

Certains vont jusqu'à faire congeler leurs propres cellules souches, en vue d'une réserve personnelle pour un futur rajeunissement. Le fantasme n'est plus de laisser une trace après sa mort, mais d'échapper purement et simplement à l'échéance.

Cela ne signifie pas que ces recherches sont sans valeur : les avancées sur la reprogrammation cellulaire pourraient, à terme, profiter à un cercle plus large que celui de leurs commanditaires. 

Mais on peut légitimement s'interroger sur la hiérarchie des priorités, quand des sommes colossales sont englouties dans la quête d'années supplémentaires pour quelques centaines d'individus déjà à l'abri de tout, pendant que l'essentiel des huit milliards d'humains manque encore d'un accès basique à une médecine préventive digne de ce nom.




« Lifespan » contre « healthspan »

La vraie question n'est peut-être pas de vivre cent ans, mais de vivre mieux les années qu'on a déjà. Des dispositifs simples et peu coûteux  prévention des chutes chez les personnes âgées, accès aux appareils auditifs, activité physique encouragée   produiraient, à l'échelle mondiale, des résultats sans commune mesure avec les paris individuels des milliardaires de la Silicon Valley sur leur propre horloge biologique.

Ce que la prévention, à elle seule, pourrait éviter d'ici 2040

  • Près de 400 millions de chutes évitées
  • 8,5 millions de cas de diabète de type 2 en moins
  • 2,4 millions de cas de démence en moins
  • Des centaines de milliards de dollars d'économies de santé et de gains de productivité

À l'heure où les canicules records et les tempêtes se multiplient, le vrai défi de ce siècle n'est sans doute pas d'ajouter des décennies à quelques existences déjà privilégiées, mais de préserver, pour tous, des conditions de vie vivables pendant les années que nous avons. Grand marché, sans doute. 

Grand progrès, peut-être. Mais grande justice, certainement pas, pas tant que la longévité restera un produit de luxe avant d'être un droit.


 








Chronique inspirée d'un article paru dans laes Echos du 10 Aoûtsur les investissements des milliardaires de la tech dans les biotechnologies du vieillissement (Jeff Bezos/Altos Labs, Sam Altman / Retro Biosciences). JBCH Août 2026

Samarie, Shomron, L'Unesco commet un crime historique. JBCH N° 2608 - 066

 Tribune · Patrimoine & géopolitique

Shomron (Samarie) classée 

« en péril » par l'UNESCO : 

quand un comité onusien réécrit trois mille ans d'histoire

À Busan, sous couvert d'urgence patrimoniale, l'ancienne capitale du royaume d'Israël vient d'être transformée en trophée diplomatique. Derrière le vocabulaire feutré de la conservation, c'est une opération de dépossession civilisationnelle qui s'est jouée — et qui porte un nom, une date, et des complicités françaises



.

Repères

  • Site concerné : Shomron /  colline de Samarie, Judée Samarie
  • Fondation : IXe siècle avant notre ère, par le roi Omri, capitale du royaume d'Israël
  • Décision : inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril, procédure d'urgence
  • Lieu et cadre : 48e session du Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO, Busan (Corée du Sud)
  • Porteur du dossier : l'Autorité de Ramallah, au nom de « l'État de Palestine »

Une capitale biblique rayée du récit officiel


Shomron, Samarie, ancienne capitale du royaume d'Israël fondée par le roi Omri au IXe siècle avant notre ère vient d'être inscrite par le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO,

C'est à Busan, sur la liste du patrimoine en péril, présentée "en urgence" par l'Autorité de Ramallah au nom d'un État qui n'existe dans aucun texte fondateur, aucune capitale reconnue, aucune souveraineté effective.

Le dossier, pourtant financé dès février par l'organisation elle-même, invoque la richesse archéologique d'un site où s'entremêlent les strates hellénistique, romaine, byzantine et ottomane, sans jamais parler de l'histoire et de la présence millénaire des juifs sur ce territoire.




Ce que le dossier officiel met en avant

  • Occupations successives depuis l'âge du Fer
  • Vestiges hellénistiques, romains, byzantins, croisés et ottomans
  • Un théâtre romain, une acropole, une ville historique classée en zone B
  • Une menace de « fragmentation » liée à un projet israélien d'aménagement du site

Une strate systématiquement occultée

La résolution s'emploie méthodiquement à mentir pour enlever toute source juive civilisationnelle, la couche la plus ancienne et fondatrice :

On oublie les rois d'Israël, d'Omri à Achab, celle du royaume du nord tel que le rapportent les textes bibliques prouvées par les  fouilles archéologiques concordantes.

On ne protège pas des ruines en effaçant la strate qui leur donne un nom.

La réaction israélienne

Le ministre Gideon Saar a eu raison de parler d'une tentative de réécriture de l'histoire et d'invention d'un récit mensonger : il ne s'agit pas de protéger des ruines, il s'agit d'effacer une filiation.

"Il ne s'agit pas de protéger des ruines, il s'agit d'effacer une filiation."— Gideon Saar, ministre des Affaires étrangères d'Israël
Samarie Capitale du Royaume d'Israël

Une manœuvre habillée en urgence patrimoniale

Sous couvert d'urgence patrimoniale, on habille en menace de développement ce qui n'est qu'une manœuvre pour transformer la Samarie biblique en trophée exclusivement arabe, niant trois mille ans d'enracinement juif au profit d'une fiction diplomatique validée par une majorité automatique de voix acquises.

Ce que la pierre atteste

Aucune résolution de comité, aussi solennelle soit-elle, ne réécrira ce que la pierre elle-même atteste : Shomron ( Samarie ) fut, est et demeurera la capitale du royaume d'Israël quoiqu'en décide l'ONU pilote par 57 états musulmans.

Le mécanisme onusien en jeu

  • Comité de 21 États membres, décisions prises à la majorité
  • Une écrasante majorité automatique acquise à toute résolution anti-israélienne
  • Procédure d'urgence permettant de contourner les délais d'instruction habituels
  • Statut d'observateur de l'Autorité de Ramallah, condition de son droit à déposer un dossier

Une porte ouverte par Paris

NB

C'est à la demande expresse de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République française que l'autorité de Ramallah a été autorisée à siéger en tant qu'observateur dans toutes les instances internationales, statut qui lui permet d'attaquer Israël sur tous les fronts.


Cette inscription à Busan n'est donc pas un accident de procédure ni un simple différend archéologique. 

Elle est l'aboutissement politique, logique d'un statut diplomatique concédé de longue date, et d'une architecture onusienne polluée et structurellement acquise à ce type de résolution. On appelle ca le "Droit International ! " 

Ce que la diplomatie a validé en quelques heures, aucune fouille, aucune inscription au patrimoine mondial ne pourra durablement l'imposer contre la Vérité, et de ce que les textes et la pierre continuent, eux, de dire. Mensonges quand il s'agit d'Israël ... 

Ce que ne comprennent pas les pays occidentaux, c'est que c'est tout l'Occident qui est en danger, et que l'entrisme islamique s'infiltre partout dans nos sociétés et dans les livres d'histoire que nos enfants auront en main. 






JBCH Août 2026


dimanche 9 août 2026

Poutine et sa marine à la croisée des chemins JBCH N° 2608 - 065

  Poutine face à ses marins

Défilé naval annulé, discours martial à l'Amirauté, rumeurs de mobilisation qui s'épaississent : le maître du Kremlin oscille, un week-end après l'autre, entre prudence contrainte et emphase impériale. 

Faut-il y lire l'épuisement d'une guerre qui s'enlise, ou la préparation d'une nouvelle montée en puissance ?


Il y a quelque chose de presque comique, s'il n'était question de milliers de morts, dans ce spectacle d'un homme qui joue au chef de guerre triomphant devant des caméras russes tout en annulant, en coulisses, ce qui pourrait l'exposer. 

Pour la Journée de la Marine, fin juillet, Vladimir Poutine s'est adressé à ses matelots depuis l'Amirauté de Saint-Pétersbourg avec l'emphase habituelle sur les treize mers qui bordent la Russie, la modernisation de la flotte, la place de la marine dans la triade nucléaire. 




Le folklore impérial, intact. Mais le grand défilé naval qu'il affectionne, lui, n'a pas eu lieu comme prévu : la portée désormais avérée des frappes ukrainiennes a rendu la mise en scène trop risquée pour son propre metteur en scène.

C'est là tout le paradoxe du moment russe : plus le rapport de force se dégrade sur le terrain, plus la rhétorique se gonfle de références impériales  : la grandeur maritime, l'Arctique, la puissance retrouvée comme si les mots pouvaient compenser ce que les chiffres ne cachent plus. 

Car les chiffres, précisément, sont mauvais. Selon les estimations ukrainiennes, la Russie aurait perdu autant d'hommes depuis janvier qu'elle n'en a recrutés sur la même période. 

Pour combler ce déficit sans prononcer le mot honni de « mobilisation », le Parlement vient d'élargir les critères de recrutement dans les prisons — un vivier déjà largement asséché depuis 2022, où les contrats ne sont même plus limités dans le temps.

Poutine ne parle plus tout à fait comme un chef qui avance. Il parle comme un chef qui gagne du temps.

Ce gain de temps a un horizon précis : les élections à la Douma, le 21 septembre. Toute mesure de mobilisation plus large et plus officielle, si elle doit venir, attendra ce scrutin verrouillé d'avance. 




En attendant, le Kremlin compense sur d'autres tableaux : intensification des actes de guerre hybride en Europe, sabotages visant des terminaux pétroliers et des raffineries, pression sur la mer Baltique  qui permettent de maintenir une posture offensive sans engager de nouvelles divisions en Ukraine. 

C'est une guerre par procuration contre l'arrière économique européen, menée à moindre coût humain, pendant que le front s'enlise.

Sur le plan diplomatique, l'isolement occidental voulu par Bruxelles et Washington reste largement théorique. 

Certes, des doutes s'expriment jusqu'en Asie centrale, y compris au Kazakhstan, allié traditionnel devenu plus circonspect. 

Mais le réseau eurasien tient : l'Asie du Sud continue de commercer, et Pékin maintient son soutien à Moscou   non par affection idéologique, mais parce qu'une Russie affaiblie ou vaincue priverait la Chine d'un flanc arrière sécurisé dans son propre bras de fer avec les États-Unis dans le Pacifique. 

C'est un calcul froid, et il fonctionne pour l'instant des deux côtés.


Sans doute ni l'un ni l'autre isolément : plutôt la démonstration qu'un régime peut, simultanément, se sentir acculé sur le terrain et continuer de croire — ou de faire croire qu'il tient l'initiative. 

C'est cette dissonance qu'il faut surveiller de près, car c'est précisément là, dans l'écart entre le récit et le rapport de force réel, que pourraient naître les décisions les plus dangereuses.

Analyse inspirée du décryptage de Jean Sylvestre Mongrenier, Atlantico, 28 juillet 2026. J BCH Août 2026 

Un autre regard de l'Amérique du Sud JBCH N° 2609 - 064

Cartographie & perception

Cette carte corrige une illusion géographique : découvrez la véritable taille de l'Amérique du Sud face au reste du monde

Notre perception des continents est largement faussée par les projections cartographiques. En superposant les contours de nombreux pays à l'échelle réelle sur l'Amérique du Sud, cette carte révèle à quel point les dimensions du continent sont souvent sous-estimées.


Superposition à l'échelle réelle : États-Unis contigus, Mexique, Espagne, France, Japon, Turquie, Allemagne, Royaume-Uni et une dizaine d'autres pays tiennent, mis bout à bout, dans les seuls contours du sous-continent sud-américain. Source : The World in Maps.

Regardez cette carte deux secondes de trop et quelque chose se dérègle. Le Mexique loge dans le Venezuela. Les États-Unis contigus,  du Nebraska à la Californie,  s'étalent tranquillement sur le Pérou, la Bolivie et une bonne moitié du Brésil. 

La France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Royaume-Uni, la Turquie, le Japon, les deux Corées, la Norvège, la Suède : quatorze pays, entassés, se partagent encore de la place. Ce n'est pas un trucage. 

C'est la géographie qu'on nous a fait oublier.

Le coupable a un nom et un âge : Gerardus Mercator, 1569. 

Sa projection, conçue pour la navigation, préserve les angles au prix des surfaces — et plus on s'éloigne de l'équateur, plus l'exagération devient grotesque. 

Le Groenland y paraît aussi vaste que l'Afrique ; il tient en réalité quatorze fois dedans. 

L'Europe, confortablement centrée sur nos mappemondes scolaires, y occupe un espace visuel sans commune mesure avec son poids réel dans la masse continentale du globe.

Une carte n'est jamais neutre. Celle qui a façonné notre regard depuis quatre siècles a, méthodiquement, gonflé le Nord et rétréci le Sud.

Le résultat ne relève pas du simple détail cartographique. 

Il structure une hiérarchie mentale : les pays du Nord y apparaissent massifs, centraux, dominants ; ceux du Sud, périphériques et rétrécis quand bien même l'Amérique du Sud, avec ses 17,8 millions de km², dépasse largement l'Europe entière. 

Cette distorsion silencieuse infuse la manière dont on pense le poids économique, démographique et stratégique des continents, dans les salles de rédaction comme dans les chancelleries.

Des alternatives existent depuis longtemps — Gall-Peters, Robinson, ou la projection AuthaGraph  sans jamais détrôner Mercator, verrouillée par l'habitude, Google Maps et des générations de manuels scolaires. 

Cette carte-là ne propose pas une nouvelle projection : elle fait le travail à l'ancienne, contour par contour, à l'échelle exacte, et laisse l'évidence s'imposer d'elle-même.


On ne changera pas Mercator. Mais on peut, au moins, cesser de confondre la carte avec le territoire.


D'après Atlantico.               JBCH Août 2026

samedi 8 août 2026

Les juifs sont appelés à la sécurité de leurs synagogues (AXIOS) JBCH N° 2608 -064

États-Unis & communauté juive6 août 2026

Dans les synagogues américaines, les fidèles deviennent gardiens

Aux USA, ace à des actes antisémites au plus haut niveau depuis 46 ans, des congrégations forment leurs propres membres en équipes de sécurité bénévoles.

En France nous avons le SPCJ qui est une référence d'un haut niveau

Partout aux États-Unis, des synagogues entraînent désormais leurs fidèles à assurer eux-mêmes la sécurité des lieux, à mesure que les agressions antisémites atteignent des niveaux records et que les lieux de rassemblement juifs font face à des menaces croissantes. Le porche d'entrée, autrefois simple symbole d'accueil, devient aussi un poste de contrôle : un signe de la manière dont l'antisémitisme redessine la vie juive en Amérique.

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Un record de 46 ans

Les actes antisémites aux États-Unis ont atteint l'an dernier leur niveau le plus élevé depuis 46 ans — le plus haut jamais enregistré depuis que l'Anti-Defamation League (ADL) a commencé à les recenser en 1979.

Concrètement, les organisations de sécurité juives superposent désormais caméras, portes renforcées, contrôles d'accès plus stricts, bénévoles formés et coordination avec les forces de l'ordre autour des synagogues — un dispositif de sécurité civile construit congrégation par congrégation.

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La Community Security Service

Plus de 7 100 bénévoles ont été formés par la Community Security Service (CSS), qui protège désormais plus de 500 synagogues et événements à travers le pays chaque semaine, selon son PDG Richard Priem.

Le prix psychologique de la vigilance

Ce renforcement sécuritaire a un coût qui dépasse le seul budget : il pèse aussi sur le moral des communautés. Le rabbin Nolan Lebovitz, grand rabbin de Valley Beth Shalom à Los Angeles — l'une des plus grandes synagogues d'Amérique du Nord —, explique que le clergé doit désormais concilier impératifs de sécurité et optimisme spirituel.

« Les Juifs, et particulièrement les parents juifs, veulent se sentir en sécurité. » En France un organisme a été créé le SPCJ par Sami Gozlan,, elle est dirigée par Guy Attal, Toutes les synagogues sont protégées par des fidèles volontaires 







Sami Gozlan




Guy Attal






Le SPCJ fait appel aux militaires, notamment via l'opération Sentinelle et le plan Vigipirate)

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Une double fonction

La porte de la synagogue devient à la fois lieu d'accueil et checkpoint de sécurité — une transformation silencieuse mais visible du quotidien des communautés juives américaines.

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Source

Cette chronique reprend et condense un article de Russell Contreras pour Axios, illustré par Brendan Lynch/Axios (images : Getty).