JBCH Réflexions
Le shekel des parias
En préparant un plan « blockchain » pour contourner d'éventuelles sanctions, Netanyahou range Israël, en pensée, dans le club des États hors-la-loi. Mardi, les Israéliens ne votent pas seulement pour un gouvernement. Ils votent pour la respectabilité d'Israël, et par ricochet celle du peuple juif.
Un aveu télévisé
Il faut écouter ce que dit Benjamin Netanyahou, car pour une fois, il dit la vérité. Dans un entretien télévisé, à quelques jours du scrutin, le Premier ministre d'Israël a expliqué que son pays pourrait bientôt faire face à des sanctions bancaires étrangères, que l'aide militaire américaine n'était « plus certaine », que « l'Amérique a changé ».
Et il a annoncé la parade : il a « déjà demandé un plan concret » pour bâtir des circuits de paiement fondés sur la blockchain et les cryptomonnaies, afin que l'économie israélienne continue de tourner si les canaux bancaires se ferment.
Un jeton numérique national, présenté comme un « actif stratégique ». Des transactions massives hors du système bancaire classique. Des devises de contournement.
Relisez ces mots. Ce n'est pas le vocabulaire d'une démocratie occidentale. C'est le manuel de survie des États sous embargo.
Moscou règle une partie de son commerce en cryptoactifs pour échapper aux sanctions. Téhéran mine du bitcoin pour monnayer son électricité malgré l'embargo. Pyongyang finance ses missiles avec des cryptomonnaies volées.
Voilà la compagnie dans laquelle le chef du gouvernement israélien installe, par la seule logique de son plan, l'État fondé par Ben Gourion. On n'en est pas encore à remplacer le shekel par un jeton.
Mais on se prépare à vivre comme un paria. Et un pays qui se prépare à être paria finit par le devenir.
Même la Banque d'Israël, institution prudente entre toutes, a désavoué publiquement le Premier ministre.
Quand la banque centrale doit rappeler au chef du gouvernement que l'on ne sauve pas une économie ouverte en s'isolant, c'est que la dérive est déjà avancée.
La commission qu'il fuit
Car d'où viennent ces menaces de sanctions ? Pas d'un complot. D'un isolement croissant, d'une guerre interminable, d'une diplomatie réduite à un seul ami à Washington, et d'un gouvernement qui, depuis trois ans, refuse de rendre des comptes sur le plus grand désastre de l'histoire d'Israël.
Le 7 octobre 2023, 1 200 personnes ont été massacrées en une journée. Après la guerre du Kippour, Golda Meir avait accepté la commission Agranat, et elle est partie. Après Sabra et Chatila, Menahem Begin avait accepté la commission Kahane.
C'est l'honneur d'Israël : une démocratie en guerre qui enquête sur elle-même. Netanyahou, lui, refuse depuis trois ans une commission d'enquête d'État. D'abord parce qu'on était en guerre. Puis parce que ses membres seraient nommés par le président de la Cour suprême, donc « biaisés ».
Il a rejeté le compromis proposé par le président Herzog. Il veut une commission dont la composition « reflète la majorité » : autrement dit, une commission qu'il choisirait.
Les familles des otages, les rescapés, les parents des soldats tombés la réclament. Son propre ancien ministre de la Défense a dit qu'il devait être interrogé. On attend cette commission, et c'est urgent.
Non pour humilier un homme, mais pour que la nation sache. Un peuple qui ne sait pas pourquoi il a été frappé ne sait pas comment se protéger la prochaine fois.
Mardi, la respectabilité est sur le bulletin
Les sondages annoncent l'impasse habituelle : ni le bloc de Netanyahou, ni ses rivaux, de Naftali Bennett à Gadi Eisenkot, ne semblent assurés d'atteindre les 61 sièges. On parlera de coalitions, de marchandages, de semaines d'incertitude. On aura tort de ne parler que de cela.
Car ce scrutin ne porte pas seulement sur la gauche, la droite ou la sécurité. Il porte sur une question plus profonde : Israël veut-il rester une démocratie respectée, ancrée dans le camp des nations libres, ou accepte-t-il de devenir, pas à pas, un État assiégé qui organise sa vie en marge du système international ?
Et cette question nous concerne, nous, Juifs de la diaspora. Qu'on le veuille ou non, dans le regard du monde, Israël et le peuple juif sont liés. Quand Israël est admiré, ses start-up, ses médecins, ses soldats qui sauvent des vies, c'est un peu de fierté qui rejaillit sur la rue des Rosiers.
Quand Israël se met à parler le langage de Moscou et de Téhéran, ce sont nos enfants qui en paient le prix à la sortie de l'école, à Paris, à Londres ou à Toronto. L'antisémitisme n'a jamais eu besoin d'excuse. Mais il ne faut pas lui en fournir.
Erreur fatale
Voilà l'erreur fatale. Elle n'est pas technique. On peut discuter de blockchain, de jetons, de résilience financière. L'erreur est politique, et elle est morale : confondre la survie d'un homme avec la survie d'un État.
Car le but de Netanyahou, aujourd'hui, se lit à livre ouvert. Échapper à la commission d'enquête. Échapper à son procès pour corruption, ouvert depuis des années.
Garder le pouvoir, coûte que coûte, avec les extrémistes s'il le faut. Pour cela, il est prêt à préparer son pays à l'isolement plutôt qu'à changer la politique qui y mène. Il ne cherche pas à éviter les sanctions : il cherche à pouvoir vivre avec.
Je dis STOP !
Israël n'est pas né pour être un paria. Il est né pour que les Juifs n'en soient plus jamais.
Mardi, les Israéliens ont l'occasion de le rappeler. Le monde juif tout entier les regarde.



Je ne veux pas voter car pas assez impliquée dans la vie courante israélienne
RépondreSupprimerQui a la place de Netanayou?