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mardi 27 octobre 2026

L'art d'être Grand-père. JBCH N° 2610 - 286

JBCH Réflexions
En famille, entre amis seulement
JBCH Réflexions  N°286 - Société      27 Octobre 2026 






Chronique · En famille

L'art d'être 

grand-père


Un honneur, une joie… et des obligations


Devenir grand-père ou grand-mère, plus tard

Devenir grand-père ou grand-mère, c'est un honneur, c'est une joie, mais c'est aussi des obligations. 

Victor Hugo en avait fait un livre, L'Art d'être grand-père, en 1877. Il y parlait de tendresse, d'émerveillement, d'indulgence. Il ne parlait pas encore d'horaires de conservatoire, de centres aérés ni de périphérique. L'art a changé de nature : il est devenu aussi un métier.

Il a surtout changé d'âge. Dans la plupart des pays occidentaux, on devient parent plus tard qu'autrefois, et donc grand-parent plus tard aussi. 



Là où nos mères devenaient grands-mères vers la quarantaine, on franchit désormais souvent ce cap bien après soixante ans, parfois une fois la retraite venue.

Les raisons sont connues : des études plus longues, la recherche d'une stabilité professionnelle, le prix du logement, le coût de l'arrivée d'un enfant. 

Les jeunes couples préfèrent attendre d'être prêts, financièrement prêts, avant de fonder une famille. On peut le regretter ; on ne peut pas le leur reprocher.

Pour les grands-parents, cette arrivée tardive est une immense joie. Mais elle donne à chaque moment partagé une saveur particulière. On sait, sans le dire, que le temps et l'énergie dont on dispose ne sont pas infinis. Cela ne gâche rien. Cela donne du poids à tout.

« On sait, sans le dire, que le temps n'est pas infini. Cela ne gâche rien. Cela donne du poids à tout. »


 

Plus de temps, mais aussi plus de contraintes


Devenir grand-parent après la fin de sa carrière a de vrais avantages. On a enfin du temps, ce temps qui nous manquait tant quand nos propres enfants étaient petits. 

On peut se rapprocher, participer à la vie quotidienne, être là quand il le faut. La situation financière est souvent plus stable, et l'on peut aider la famille, faire plaisir, offrir ce que l'on n'a pas toujours pu offrir à ses enfants.




Mais le corps, lui, n'a pas toujours signé le même contrat. L'arthrose, la fatigue, une opération, des douleurs qui s'installent : autant de rappels discrets qui limitent la capacité à jouer longtemps, à voyager, à garder les enfants plusieurs jours par semaine. On se relève du tapis un peu moins vite. On porte un peu moins longtemps.




Alors les grands-parents tardifs apprennent à choisir. Ils compensent une période de bonne santé plus courte par une présence plus attentive. Ils privilégient les souvenirs, les moments simples, la transmission : une recette, une chanson, une histoire de famille, un album de photos que l'on feuillette ensemble. 

Ce que l'âge retire en durée, on essaie de le rendre en intensité.





Les grands-parents jouent aujourd'hui un rôle concret dans l'équilibre des familles. Ils assurent des heures de garde, aident, offrent un cadre affectif rassurant. 

Pour les jeunes parents, cette aide évite parfois des frais de garde. Mais elle demande beaucoup d'énergie, et chaque famille doit trouver un équilibre qui respecte les besoins des parents comme ceux des grands-parents.




« Ce que l'âge retire en durée, on essaie de le rendre en intensité. »
 

Le mercredi, 

ou le devoir mêlé au plaisir


Prenez le mercredi. Le jour des enfants, disait-on autrefois. C'est aujourd'hui, surtout, le jour des grands-parents. 

Un jour qui ressemble à une course de relais, où le témoin passe d'une petite main à l'autre, d'un gymnase à un conservatoire, d'un centre aéré  à une patinoire.




Un mercredi ordinaire
MidiAller chercher trois enfants au centre aéré pour le déjeuner.
Après-midiEn accompagner d'autres à la gymnastique, au basket, à la danse…
Et surtoutAu Conservatoire de musique.
Le soirLe patin à roulettes, avec ma plus grande petite-fille.
20 h 30Retour à la maison.


C'est un devoir mêlé au plaisir. Un devoir, parce qu'il faut être à l'heure, ne rien oublier, ni le sac de sport, ni la partition, ni le goûter. 

Un plaisir, parce que chaque trajet est une conversation, chaque attente devant une porte de salle une confidence possible, chaque sortie de cours un visage qui s'illumine en vous voyant.




Et le bouquet, c'est le ravissement d'accompagner ma plus grande petite-fille au patin à roulettes, sur un immense plancher de mille mètres carrés, dans le XVe arrondissement, en bordure du périphérique.

La grâce et les mouvements artistiques qu'elle crée ne cessent de m'émerveiller. Je la regarde glisser, tourner, s'élancer, et j'oublie la fatigue de la journée, le bruit des voitures derrière les vitres, l'heure qui avance. Il y a dans ses gestes quelque chose qui ne s'apprend pas, et qui ne vient de personne d'autre que d'elle.

Retour à la maison à vingt heures trente. 

Les jambes lourdes, le cœur léger. 

Victor Hugo avait raison : être grand-père est un art. Mais c'est un art qui se pratique en baskets, avec un agenda,   et une patience infinie.

Quelle journée !

Photos volontairement floutées 

 © JBCH Octobre 2026

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