Présidentielle 2027 ·
Le candidat surprise
Un candidat qui progresse hors du projecteur
David Lisnard est-il sous-exposé dans la course présidentielle ? La question mérite d’être posée.
En quelques mois, le maire de Cannes malgré un boycot manifeste des médias, est passé du statut d’élu local respecté à celui de candidat capable de recueillir, selon certaines hypothèses de sondage, entre 6 % et 8 % des intentions de vote.
Ce résultat ne le place évidemment pas encore au niveau des favoris. Mais il est loin d’être anecdotique.
Dans une droite éclatée entre plusieurs ambitions, il révèle l’existence d’un électorat à la recherche d’une parole plus ferme sur l’autorité, les finances publiques, le travail, l’école et la liberté d’entreprendre.
Pourtant, David Lisnard ne bénéficie pas de la même exposition que des responsables déjà installés dans le paysage national.
Les chaînes d’information privilégient souvent à tort les affrontements connus, les personnalités déjà ministres, les polémiques et les sondages qui promettent un duel spectaculaire.
Un maire, même président de l’Association des maires de France, doit fournir un effort considérable pour s’imposer dans ce théâtre médiatique.
Il serait excessif d’affirmer que tous les médias le boycottent. Mais il existe une différence entre être invité ponctuellement et être considéré comme un acteur central de la présidentielle.
Or c’est précisément cette reconnaissance qui paraît lui manquer.
Le débat public fabrique lui-même ses candidats. Plus un responsable est commenté, plus il devient familier ; plus il devient familier, plus il paraît crédible dans les sondages.
À l’inverse, celui qui est moins présent dans les émissions politiques doit convaincre sur le terrain, auprès des élus, des militants et des citoyens.
David Lisnard semble donc avancer à contre-courant : moins porté par le système médiatique que par une image de gestionnaire local et par un discours cohérent. Sa progression mérite au moins d’être observée avec sérieux.
La droite face à son propre éclatement
La difficulté de David Lisnard ne vient pas seulement des médias. Elle vient aussi de la droite elle-même. Entre Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Laurent Wauquiez et d’autres prétendants, les candidatures potentielles se multiplient.
Chacun veut incarner une partie de l’électorat, mais cette dispersion réduit la visibilité de tous.
Dans ce contexte, Lisnard dérange peut-être parce qu’il ne correspond pas aux mécanismes habituels. Il n’est ni un ancien Premier ministre, ni un professionnel des plateaux, ni un héritier d’un grand parti. Son parcours est celui d’un maire qui veut faire remonter l’expérience locale vers le sommet de l’État.
Sa force est aussi sa fragilité. Il peut apparaître comme un homme neuf, libre de certaines compromissions partisanes. Mais il doit encore démontrer qu’une popularité naissante peut devenir une véritable dynamique nationale.
La question essentielle n’est donc pas de savoir si David Lisnard doit être protégé ou combattu. Elle est de savoir si les Français auront accès à un débat réellement ouvert, où les candidats seront jugés sur leurs idées, leur bilan et leur capacité à rassembler.
Une démocratie ne gagne rien à réduire la présidentielle à quelques visages imposés d’avance. Les électeurs ont le droit d’entendre des voix nouvelles, surtout lorsqu’elles progressent dans l’opinion.
La compétition politique doit être rude, mais elle doit rester loyale.
David Lisnard devra continuer à convaincre, organiser son mouvement et clarifier son projet.
Mais les médias, eux aussi, ont une responsabilité : ne pas confondre la notoriété déjà acquise avec l’intérêt réel d’une candidature.
Car la politique française ne se renouvellera pas si elle ne laisse jamais émerger ceux qui ne viennent pas du cercle habituel des favoris.
© JBCH Octobre 2026

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