La Transnistrie, provice de Moldavie contrôlée par Moscou est la prochaine carte maîtresse de Moscou dans son jeu géopolitique
Dans l’ombre du conflit ukrainien, une enclave oubliée refait surface comme un potentiel foyer de tensions : la Transnistrie.
Cette république autoproclamée, coincée entre la Moldavie et l’Ukraine, pourrait-elle devenir le prochain levier stratégique de la Russie pour déstabiliser l’Europe orientale ?
Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, le Kremlin n’a cessé de renforcer son emprise sur cette région séparatiste, alimentant les craintes d’une intégration de facto ou d’une annexion ouverte. Après la Crimée et le Donbass, la Transnistrie sera-t-elle le prochain domino à tomber dans l’orbite russe ?
Le concept de « sécurité » à la russe – « bezopasnost », littéralement « sans danger » – révèle une doctrine offensive : éliminer les menaces plutôt que les contenir. L’invasion ukrainienne n’était pas qu’une conquête territoriale ; elle visait à réaffirmer une sphère d’influence postsoviétique, à gagner en profondeur stratégique face à l’OTAN et à consolider un récit impérial pour unir le « monde russe ». Face à une OTAN renforcée aux frontières russes, Moscou multiplie les leviers : survols de zones alliées, opérations grises et, potentiellement, activation de zones tampons comme la Transnistrie ou la Gagaouzie en Moldavie.
La Transnistrie, ce « maillon faible » du flanc est européen, intrigue particulièrement. Séparatiste depuis 1992, cette bande de terre de 4 000 km², peuplée de 450 000 habitants majoritairement russophones, n’est reconnue par personne – sauf implicitement par Moscou. Elle abrite 1 500 « troupes de maintien de la paix » russes et un arsenal vétuste, mais stratégique. Son économie, dominée par le conglomérat Sheriff (contrôlant tout, du football aux supermarchés), dépend des subventions gazières russes gratuites, bien que 80 % de ses exportations aillent vers l’UE. La guerre en Ukraine a ébranlé ce fragile équilibre : Moscou a coupé le gaz en 2025 pour rappeler à l’ordre une élite locale trop autonome.
L’influence russe y est omniprésente. L’éducation suit les manuels moscovites, réécrivant l’histoire – comme dans « Histoire de la Russie : 1945-début du XXIe siècle », où les faits sont alignés sur le récit du Kremlin. La russification est massive : passeports russes distribués, termes officiels imposés. En mars 2025, l’ex-ministre français des Armées Sébastien Lecornu a brisé le silence sur un plateau télévisé, qualifiant la Transnistrie de « possible foyer d’instabilité » – un signal dissuasif à Poutine, soulignant que Paris surveille de près.
Économiquement, Moscou tient les rênes : le renouvellement du contrat gazier en 2025, après une crise énergétique, renforce cette dépendance. La Transnistrie pourrait servir de « levier » pour pressurer la Moldavie et l’Ukraine. Dès 2014, le concept de « Novorossiya » (Nouvelle-Russie) envisageait un corridor reliant la Russie à la Transnistrie via le sud ukrainien, isolant Kiev de la mer Noire et corrigeant une « injustice historique ». Une annexion justifierait la protection des « citoyens russes » face à la « menace OTAN », s’inscrivant dans le révisionnisme de Poutine.
Quatre scénarios émergent pour l’avenir. Le premier, le plus probable : une « friction suspendue », où la Transnistrie sert de diversion sans engagement direct, forçant l’Ukraine à diviser ses forces vers Odessa. Le second : une mobilisation militaire totale, transformant l’enclave en bastion russe pour attaquer des villes comme Rozdilna ou Balta mais improbable, vu l’équipement obsolète. Le troisième : une intervention préventive ukraino-moldave pour neutraliser la menace, risquant une escalade. Le quatrième : une réintégration pacifique en Moldavie, symbolisant un recul russe majeur, mais peu réaliste tant les liens avec Moscou sont forts.
Les élections moldaves de septembre 2025 illustrent la résilience pro-européenne : le parti PAS de Maia Sandu a raflé 50,2 % des voix, reléguant les pro-russes à 24 %. Malgré les ingérences – alertes à la bombe, blocages en Transnistrie, restriction des bureaux en Russie –, la diaspora a voté massivement pour l’UE. Pourtant, les foyers d’instabilité persistent : la Gagaouzie pro-turque et la Transnistrie restent des poudrières.
Ignorer la Transnistrie reviendrait à répéter l’erreur de 2014 avec la Crimée. Moscou y voit une opportunité symbolique pour restaurer son empire ; l’Europe, une menace directe. Avec l’Ukraine enlisée, Poutine pourrait activer ce « chapelet de menaces » pour surprendre.
La France l’a compris : dissuader maintenant pour éviter l’irréversible. La Transnistrie n’est pas qu’une relique soviétique ; c’est un pion dans le grand échiquier où la Russie joue sa survie impériale. L’Europe retient son souffle.
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