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mardi 16 décembre 2025

La perversité de Poutine. JBCH N° 2512 - 723

La perversité du pouvoir de Vladimir Poutine ne réside pas seulement dans l’usage de la force brute, mais dans une stratégie systématique de déformation de la réalité, de négation morale et de subversion des règles internationales, menée avec constance depuis plus de vingt ans. 


L’Ukraine n’est pas une anomalie : elle est l’aboutissement logique d’un système fondé sur le mensonge, la peur et la domination.





L’un des traits centraux de la perversité du dictateur est l’usage de la négociation non comme un outil de paix, mais comme une arme de guerre psychologique. En prolongeant artificiellement des pourparlers sans intention réelle de compromis, le Kremlin gagne du temps, divise les alliés occidentaux, épuise l’opinion publique et prépare de nouvelles offensives. Cette tactique, déjà observée en Géorgie, en Syrie et lors des accords de Minsk, repose sur un cynisme total : la parole donnée n’a aucune valeur, elle n’est qu’un moyen tactique.




Dans cette logique, la diplomatie devient une extension du champ de bataille. Poutine instrumentalise les concepts mêmes de dialogue, de cessez-le-feu ou de médiation pour neutraliser moralement ses adversaires, tout en poursuivant ses objectifs militaires.



Comme l’a souligné la directrice du MI6, la Russie poutinienne recourt à une panoplie de méthodes hybrides : sabotages, cyberattaques, intimidations, drones près des infrastructures civiles, assassinats ciblés ou tentatives d’assassinat à l’étranger. Ces actions ne visent pas seulement des objectifs stratégiques, mais cherchent à instaurer un climat d’insécurité permanent.


Il s’agit d’une perversité typique des régimes autoritaires modernes : ne pas déclarer la guerre ouvertement, mais faire sentir partout la menace, brouiller la frontière entre paix et conflit, rendre toute opposition anxiogène. Ce terrorisme d’État à basse intensité permet au Kremlin de nier sa responsabilité tout en récoltant les effets psychologiques.


La guerre contre l’Ukraine repose sur une négation radicale de l’altérité. Pour Poutine, l’Ukraine n’est pas une nation, les Ukrainiens ne sont pas un peuple souverain, et leur désir d’autonomie est présenté comme une manipulation occidentale. Cette déshumanisation idéologique est une condition préalable à la violence de masse.




C’est là une perversité profonde : effacer symboliquement l’existence de l’autre pour légitimer sa destruction, tout en se présentant comme victime. Le discours poutinien inverse constamment les rôles : l’agresseur se dit encerclé, l’envahisseur se prétend défensif, le bourreau se pose en protecteur.



À l’intérieur de la Russie, la perversité du régime se manifeste par une corruption généralisée des institutions, une répression implacable des opposants, l’empoisonnement ou l’élimination de figures critiques, et une propagande omniprésente. La vérité devient un ennemi à abattre. Le mensonge n’est plus un accident, mais une norme de gouvernement.


Cette corruption morale s’exporte à l’étranger : financement de partis extrémistes, manipulation de réseaux sociaux, désinformation massive. Le but n’est pas de convaincre, mais de désorienter, de rendre toute vérité relative, toute valeur suspecte.



Enfin, la perversité de Poutine tient à son projet profondément révisionniste. Sous couvert de nostalgie historique et de grandeur nationale, il cherche à restaurer une sphère d’influence impériale, au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce projet est incompatible avec l’ordre international issu de 1945.


En ce sens, Poutine n’est pas seulement un autocrate russe : il est un facteur de déstabilisation globale, prêt à sacrifier des millions de vies, y compris russes, pour satisfaire une vision paranoïaque du monde.



La perversité de Vladimir Poutine ne se mesure pas uniquement à ses crimes de guerre ou à ses violations du droit international, mais à la cohérence glaçante de son système : mentir pour gouverner, terroriser pour négocier, nier pour détruire. 


Face à un tel pouvoir, la naïveté est une faute. La complaisance est une complicité. Et la lucidité, une nécessité morale.








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