Une société en ébullition, un pouvoir à bout de souffle, une fuite en avant régionale, L’Iran est aujourd’hui assis sur un volcan.
En surface, la République islamique affiche une façade de contrôle, d’ordre et de continuité idéologique. Mais sous cette croûte autoritaire, la société iranienne est traversée par des fractures profondes, durables et explosives.
Étudiants, travailleurs, commerçants, classes moyennes urbaines partagent désormais un même constat : le régime des ayatollahs est incapable de gouverner l’Iran du XXIe siècle.
Une contestation diffuse mais généralisée Dans les universités, la colère n’a pas disparu ; elle s’est transformée. Après les grandes vagues de protestation ouvertes, la contestation est devenue plus souterraine, plus quotidienne, mais aussi plus enracinée. Refus des symboles du régime, désobéissance civile, grèves ponctuelles, réseaux de solidarité clandestins : la jeunesse iranienne ne demande plus des ajustements, elle conteste la légitimité même du pouvoir religieux.
Le monde du travail est tout aussi instable. L’inflation chronique, la chute du rial, la précarité salariale et la corruption administrative ont plongé des millions d’Iraniens dans l’insécurité économique. Les enseignants, les ouvriers de l’industrie pétrolière, les chauffeurs routiers, les employés du secteur public multiplient les mouvements sociaux. Même les bazaris, longtemps socle du régime, expriment ouvertement leur exaspération face à une économie confisquée par des fondations religieuses et des réseaux liés aux Gardiens de la Révolution.
Un pouvoir vieillissant et discrédité : Au sommet de l’État, la vieillesse du clergé dirigeant est devenue un facteur de paralysie. Les ayatollahs gouvernent une société jeune, connectée, mondialisée, avec une vision idéologique figée dans les années 1980. La succession du Guide suprême reste floue, nourrissant rivalités internes, luttes de clans et paralysie décisionnelle.
La corruption est devenue systémique. Familles de dignitaires, fondations religieuses, conglomérats liés aux Pasdaran captent l’essentiel des richesses nationales. Pour de nombreux Iraniens, l’État n’est plus perçu comme un protecteur, mais comme un prédateur. Cette perte de crédibilité est peut-être la plus grande faiblesse du régime.
Face à cette fragilité intérieure, Téhéran a fait un choix : externaliser la crise. Incapable de proposer un projet national mobilisateur, le régime investit massivement dans une stratégie de confrontation régionale, reposant sur ses forces supplétives : Hezbollah au Liban, milices chiites en Irak et en Syrie, Houthis au Yémen, Hamas à Gaza.
L’objectif est double. À l’extérieur, encercler et affaiblir Israël, perçu comme l’ennemi central. À l’intérieur, entretenir un état de mobilisation permanente, détourner l’attention des échecs économiques et politiques, et justifier la répression au nom de la « résistance ».
Mais cette stratégie montre ses limites. Le Hezbollah est affaibli, financièrement et militairement. Le Hamas a subi des pertes considérables. Les Houthis servent davantage de nuisance stratégique que de véritable levier de victoire. L’axe pro-iranien coûte cher, sans offrir de succès décisif.
Israël, catalyseur et révélateur : Paradoxalement, la résilience israélienne, malgré une guerre menée sur plusieurs fronts, agit comme un révélateur brutal de l’échec iranien. L’État hébreu, a démontré une supériorité militaire, technologique et stratégique qui contraste avec l’usure des proxies iraniens.
Cette réalité nourrit un malaise croissant en Iran. De plus en plus d’Iraniens perçoivent la politique anti-israélienne du régime comme une obsession idéologique coûteuse, déconnectée de leurs priorités vitales : emploi, libertés, dignité, avenir.
L’ombre d’une alternative : Dans ce contexte, la figure du prince Reza Pahlavi émerge comme un symbole plus que comme un programme immédiat. Pour une partie de la population, il incarne l’idée d’un Iran post-islamiste, souverain, réconcilié avec le monde. Le régime le sait, et redoute moins un homme qu’une nostalgie structurante : celle d’un État normal, non théocratique.
Un régime en sursis stratégique : La République islamique est à la veille d’un effondrement immédiat, elle est entrée dans une phase de délitement lent, où chaque crise intérieure renforce la tentation de l’aventure extérieure, et où chaque échec régional affaiblit davantage sa légitimité interne.
L’Iran d’aujourd’hui est un régime qui gouverne par la peur, survit par la confrontation, et se maintient par défaut. L’histoire montre que ces équilibres sont rarement durables. La question n’est plus de savoir si ce système est en crise, mais combien de temps peut-être d'heures encore il pourra contenir la colère d’un peuple qui ne croit plus en lui.
A l’approche d’une crise majeure, voire d’un scénario révolutionnaire, le pouvoir iranien pourrait être tenté par une fuite en avant. Dans ce contexte de fragilisation économique et de perte de contrôle politique, certains observateurs estiment que Téhéran pourrait être tenté de « jouer le tout pour le tout », en durcissant sa posture stratégique.
L’Iran vient de développer des armes chimiques ou biologiques opérationnelles, les inquiétudes exprimées par les services de sécurité israéliens s’inscrivent dans cette lecture : celle d’un régime acculé, pour lequel les lignes rouges traditionnelles pourraient perdre de leur sens.
L’histoire récente montre en effet que des pouvoirs autoritaires en crise existentielle ont parfois recours à des moyens non conventionnels, non comme instruments de victoire militaire, mais comme leviers de rupture politique et psychologique.
Dans une région déjà sous tension, l’hypothèse d’une telle dérive, même non étayée à ce stade par des éléments matériels, est désormais intégrée aux calculs stratégiques.
Elle reflète moins une certitude qu’un changement d’époque : celui où la stabilité du régime iranien n’est plus tenue pour acquise, et que très, très bientôt, le régime va s'effondrer.
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