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jeudi 4 décembre 2025

Les Triades chinoises maîtres du monde ? JBCH. N°. 2512 - 695

Les triades chinoises; ce sont des mafias ancestrales au service de l’empire Xi Jinping Décembre 2025 – Paris / Pékin

Antoine Vitkine, journaliste et documentariste chevronné, vient de remporter le prix du livre géopolitique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES) pour son ouvrage Triades : la mafia chinoise à la conquête du monde (Tallandier, janvier 2025). 



Ce travail d’enquête, fruit de deux ans d’investigations et d’entretiens exclusifs avec des parrains de haut rang, explore comment ces organisations criminelles bicentenaires se sont muées en outils géopolitiques au service du Parti communiste chinois (PCC) et de Xi Jinping. Vitkine, qui a également produit une série de six reportages pour Arte et une bande dessinée sur le sujet, explique la genèse de ce projet atypique : 



« C’est ma première plongée dans le monde mafieux. Après quinze ans à décortiquer les dictatures – Russie, Syrie –, j’ai réalisé que mafias et régimes autoritaires sont indissociables. La violence criminelle et politique fusionnent souvent. En Chine, une dictature implacable devenue superpuissance menaçante, s’intéresser à sa mafia, mobilisée pour ses ambitions, est une nécessité. »



Les triades, nées au XIXe siècle comme sociétés secrètes anti-mandchoues, ont muté en empires criminels globaux : trafic de drogue, contrefaçon, cyberescroqueries, avec un chiffre d’affaires estimé à des centaines de milliards. 



Mais sous Xi, elles ne sont plus de simples gangs : elles sont devenues des « mercenaires » du PCC. Vitkine décrypte cet alignement comme un cocktail d’histoire, de pragmatisme économique et de stratégie géopolitique. Historiquement, les triades ont oscillé entre opposition et collaboration avec le pouvoir : alliées au Kuomintang contre les communistes, puis exilées à Hong Kong et Taïwan après 1949. Pékin les a ensuite infiltrées, transformant ces rivaux en atouts. 



Pragmatiquement, les triades profitent de la diaspora chinoise (plus de 60 millions de personnes) pour étendre leurs réseaux, tout en servant les intérêts économiques de la Chine : investissements opaques, espionnage industriel. Géopolitiquement, Xi les utilise pour projeter la puissance chinoise : intimidation des dissidents (comme à Hong Kong en 2019), infiltration en Europe (via des casinos en Italie ou des trafics en France), ou même en Afrique et en Amérique latine pour sécuriser les « Nouvelles routes de la soie ».


« Pékin ne contrôle pas tout, mais tolère et oriente, » précise Vitkine. Les triades, avec leurs rituels ancestraux et leur loyauté clanique, offrent un déni plausible pour des opérations sales : cyberattaques, blanchiment, ou pressions sur les communautés chinoises abroad. 




En Occident, elles s’infiltrent via des associations culturelles ou des entreprises, facilitant l’espionnage. Vitkine alerte : « Sous-estimer les triades, c’est ignorer une arme hybride de Pékin. » 


Son livre, enrichi d’anecdotes choc – comme des entretiens avec des boss tatoués à vie – appelle à une vigilance accrue. Lauréat FMES, ce travail hybride journalisme et géopolitique éclaire un angle mort : la mafia chinoise n’est plus locale ; elle conquiert le monde, au rythme des ambitions de Xi.







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