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vendredi 12 décembre 2025

Le Mahzor des Rotschild. JBCH N° 2512 - 712


L’article relate l’histoire bouleversante d’un mahzor hébreu enluminé datant de 1492–1495, pièce exceptionnelle de l’art juif médiéval, qui sera prochainement mis aux enchères chez Sotheby’s. Mais derrière l’objet rare se cache un récit de survie, de spoliation et de mémoire retrouvée, emblématique de la destinée culturelle du peuple juif en Europe.




Ce mahzor pour les Grandes Fêtes juives est qualifié d’« extrêmement rare » par les spécialistes : les manuscrits hébreux richement illustrés étaient coûteux, difficiles à produire et ont été souvent détruits par les guerres, les expulsions ou les déplacements forcés des communautés juives d’Europe. Le fait qu’il ait survécu plus de 500 ans est présenté comme un « miracle ».

Créé sur parchemin, orné de dragons, de motifs animaliers et de lettres enluminées, le livre représente un sommet de l’art juif médiéval germanique.


Acquis en 1842 par Salomon Mayer von Rothschild comme cadeau pour son fils, le manuscrit est resté dans la famille pendant près d’un siècle. Mais en 1938, lors de l’Anschluss, les nazis pillent systématiquement la branche viennoise des Rothschild. Le baron Louis de Rothschild est arrêté et retenu en otage tandis que les biens familiaux – tableaux, bijoux, livres rares – sont confisqués.




Le mahzor disparaît alors dans les dépôts du régime nazi avant d’être transféré à la Bibliothèque nationale d’Autriche, où il restera enfoui pendant des décennies, oublié dans les rayonnages.





Cette situation illustre l’une des dimensions les plus tragiques de la Shoah culturelle : la tentative non seulement d’exterminer un peuple, mais aussi d’effacer son héritage intellectuel, artistique et religieux.


Ce n’est qu’en 2020, lors d’une exposition consacrée aux Rothschild à Vienne, que le manuscrit refait surface. L’histoire de sa spoliation devient alors évidente, déclenchant une enquête de provenance. De manière notable, l’Autriche choisit de restituer le mahzor volontairement — un geste encore rare dans la longue et souvent douloureuse histoire des restitutions post-Shoah.



En 2023, le livre est officiellement rendu aux héritiers, qui ont décidé de le mettre en vente. Cette restitution marque un moment important où une institution européenne reconnaît non seulement une injustice historique, mais aussi la nécessité de rétablir la dignité des familles juives spoliées.


La mise aux enchères soulève toujours une question délicate : un trésor spirituel doit-il rester dans une collection privée ? Certains spécialistes espèrent que l’acheteur rendra le manuscrit accessible aux chercheurs et à la communauté juive. Car ce mahzor dépasse le simple statut d’objet artistique : il témoigne de la résilience culturelle juive, de sa créativité, et de sa survie malgré les destructions.


L’histoire du Mahzor Rothschild est plus qu’un récit de marché de l’art : c’est un condensé de l’histoire juive européenne.

Il raconte la grandeur culturelle d’une communauté, la brutalité de sa destruction, l’oubli dans lequel ses trésors ont été ensevelis, et enfin la justice tardive d’une restitution.

Que ce livre de prière, rescapé de siècles d’épreuves, réapparaisse aujourd’hui, rappelle que la mémoire juive, même blessée et dispersée, finit toujours par revenir à la lumière.




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