Israël avance ses pions en Afrique de l’Est : une manœuvre stratégique face à l’Iran et au Yémen : Par touches successives, sans déclarations tonitruantes ni déploiements spectaculaires, Israël est en train de redessiner l’équilibre stratégique de la mer Rouge et du golfe d’Aden.
Israël est le premier à reconnaitre cette ancienne colonie britannique le Somaliland, territoire sécessionniste mais stable de la Corne de l’Afrique, marque une étape décisive : celle de l’implantation israélienne durable en Afrique de l’Est, face au Yémen, aux Houthis et, en arrière-plan, à l’Iran.
Après le partage avec les EAU de l'Ile de Socotra, au sud Yemen, cette décision, dépasse largement le cadre diplomatique. Elle révèle une stratégie régionale cohérente, patiente et redoutablement efficace, là où les grandes puissances traditionnelles s’enlisent dans des bases surchargées et des équilibres figés.
Le Somaliland, qui s’est auto-proclamé indépendant en 1991, présente un paradoxe africain : non reconnu internationalement, mais stable, gouverné, sécurisé. À l’inverse de la Somalie voisine, minée par les milices islamistes et les rivalités claniques, le Somaliland offre un environnement politique relativement fiable.
Pour Israël, l’intérêt est évident : Le port de Berbera, en eau profonde, est l’un des mieux situés de la région. Un aéroport militaire existant peut être étendu pour accueillir drones, avions de surveillance et transport stratégique. La position géographique permet un contrôle indirect de Bab el-Mandeb, passage vital par lequel transite une part majeure du commerce mondial.
Là où Djibouti est devenu un embouteillage stratégique — avec des bases françaises, américaines, chinoises, turques, japonaises et bientôt indiennes — le Somaliland offre de l’espace, de la discrétion et de la souveraineté négociable.
La comparaison avec Djibouti est cruelle pour les puissances traditionnelles. La France, ancienne puissance tutélaire, y voit son influence diluée. La Chine y installe une base massive mais rigide. La Turquie y projette son ambition néo-ottomane. L’Inde y observe sans pouvoir réellement s’imposer.
Israël, lui, choisit une autre voie : éviter la saturation, préférer la souplesse, miser sur des partenariats bilatéraux asymétriques. Une base israélienne au Somaliland, même de taille modeste, offrirait une liberté opérationnelle bien supérieure à celle des grandes installations de Djibouti.
La reconnaissance du Somaliland ne peut être comprise qu’inscrite dans un arc régional plus large. L’Éthiopie, géant démographique et militaire enclavé, rêve d’un accès à la mer Rouge. Une alliance triangulaire Israël–Somaliland–Éthiopie servirait les intérêts des deux parties : sécurité maritime pour Israël, débouché stratégique pour Addis-Abeba. L’Érythrée, déjà partenaire discret d’Israël, jouerait un rôle clé. Des sources concordantes évoquent depuis des années un poste israélien d’observation sur son territoire, tourné vers le détroit de Bab el-Mandeb. Rien d’officiel, mais une coopération ancienne et crédible. Les loyalistes yéménites, opposés aux Houthis, complètent ce dispositif. Israël n’a nul besoin d’y apparaître directement : le renseignement, la surveillance et l’appui indirect suffisent à affaiblir l’axe pro-iranien.
Pour Téhéran, la perspective est inquiétante. La stratégie iranienne repose sur des acteurs périphériques capables de perturber les flux maritimes mondiaux : Hezbollah au nord, milices chiites en Irak, Houthis au sud.
Si Israël parvient à sécuriser durablement Bab el-Mandeb, la capacité de nuisance des Houthis se réduit considérablement. Chaque tir de missile, chaque attaque de drone devient : plus prévisible, plus détectable, plus coûteuse politiquement.
Israël ne cherche pas la confrontation directe. Il privilégie une logique d’encerclage technologique et géographique, réduisant progressivement les marges de manœuvre iraniennes. Sur le plan militaire et stratégique, la manœuvre est brillante. Sur le plan diplomatique, elle est risquée.
La reconnaissance du Somaliland irriterait : La Somalie, soutenue par la Turquie et le Qatar. L’Union africaine, traditionnellement hostile aux sécessions. Certains partenaires européens, attachés au statu quo territorial.
Mais Israël a déjà montré qu’il savait absorber le coût diplomatique à court terme pour sécuriser des gains stratégiques durables. Les Accords d’Abraham en sont un précédent.
En s’implantant en Afrique de l’Est, Israël confirme une évolution majeure : celle d’une puissance maritime indirecte, fondée sur la technologie, le renseignement et les alliances ciblées plutôt que sur les flottes massives.
Face à un Iran sous sanctions, à une Turquie ambitieuse mais dispersée, et à des puissances occidentales prisonnières de leurs héritages, Israël avance sans bruit.
Dans cette partie d’échecs régionale, le Somaliland n’est pas un pion. C’est une case clé. Et pour Téhéran, le message est clair : la mer Rouge n’est plus un angle mort.
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