La construction de la tour de la Porte de Versailles, dite Tour Triangle, s’impose aujourd’hui comme l’un des symboles les plus controversés de la mandature d’Anne Hidalgo.
Plus qu’un simple projet architectural discuté, elle cristallise une vision de la ville en rupture avec l’identité historique, esthétique et sociale de Paris.
Autorisé après plus de quinze ans de procédures, de revirements politiques et de contestations citoyennes, ce projet apparaît comme un legs imposé, presque vindicatif, d’une maire en fin de cycle politique désastreux.
Le dossier de la Tour Triangle remonte à 2008. Dès l’origine, il suscite une opposition large : architectes, historiens de l’art, urbanistes, associations de riverains et simples Parisiens alertent sur l’incongruité d’un gratte-ciel de verre de plus de 180 mètres aux portes d’une ville historiquement hostile à la verticalité. Paris n’est pas La Défense. Elle n’est pas Londres, ni New York. Sa cohérence repose sur une horizontalité maîtrisée, héritée d’Haussmann, qui fait sa singularité mondiale.
Or, malgré plusieurs rejets au Conseil de Paris, malgré des recours, malgré un vote initialement perdu en 2014 puis relancé dans des conditions contestées, le projet finit par être autorisé. Cette persistance interroge : à quel moment la démocratie locale cesse-t-elle d’être un outil de décision pour devenir un simple obstacle à contourner ? La méthode Hidalgo – passage en force, mépris des oppositions, instrumentalisation de procédures – est ici pleinement révélatrice.
Une laideur assumée, une fonctionnalité douteuse ... Sur le plan esthétique, la Tour Triangle est unanimement critiquée. Son volume massif, sa silhouette froide et anguleuse, son enveloppe de verre sans grâce défigurent une entrée de Paris déjà fragilisée. L’argument d’une « tour invisible » selon l’angle de vue relève de la communication trompeuse : dans les faits, elle écrase le paysage urbain, entre Montparnasse et le parc des expositions, et rompt brutalement avec les perspectives parisiennes.
Sur le plan fonctionnel, le projet est tout aussi discutable. À l’heure du télétravail, de la vacance croissante des bureaux et de la crise immobilière tertiaire, construire une tour majoritairement dédiée à des bureaux relève de l’aveuglement. Les promesses d’emplois, d’attractivité internationale et de dynamisme économique apparaissent fragiles, voire illusoires. Paris manque de logements accessibles, pas de mètres carrés de verre climatisés.
L’un des aspects les plus critiquables du projet réside dans son habillage pseudo-écologique. Présentée comme un modèle de construction durable, la tour incarne en réalité une contradiction majeure : comment une municipalité se réclamant d’une écologie radicale peut-elle défendre un bâtiment énergivore, fondé sur une logique de béton, d’acier et de verre, matériaux à très forte empreinte carbone ?
Cette contradiction illustre plus largement l’« écologie idéologique » portée par Anne Hidalgo : punitive pour les classes moyennes (restrictions de circulation, suppression de voies, fiscalité indirecte), mais étonnamment conciliante avec les grands projets immobiliers et les intérêts privés puissants. L’écologie devient alors un marqueur social et politique, non un principe cohérent.
La Tour Triangle s’inscrit dans un contexte plus large de gestion municipale fortement critiquée. Sous Anne Hidalgo, la dette de la Ville de Paris a explosé, atteignant des niveaux historiquement élevés. Les investissements mal priorisés, les projets idéologiques coûteux, les aménagements urbains souvent improvisés ont laissé une ville plus sale, plus endettée, plus fragmentée socialement.
La transformation de l’espace public – pistes cyclables mal intégrées, piétonnisation désordonnée, embouteillages chroniques – a été menée sans réelle concertation ni évaluation sérieuse. Les Parisiens ont souvent eu le sentiment d’être des cobayes d’une vision dogmatique de la ville, pensée pour une minorité de bobos militants, au détriment des familles, des artisans, des personnes âgées et des travailleurs.
La Tour Triangle apparaît ainsi comme un « bouquet de départ » imposé : un monument à la démesure, à l’entêtement et à la déconnexion. Elle ne raconte ni Paris, ni son histoire, ni ses besoins réels. Elle raconte une époque politique marquée par l’idéologie, la communication et le refus du compromis.
Dans quelques années, lorsque l’on dressera le bilan de la mandature Hidalgo, il est probable que cette tour soit citée aux côtés d’autres symboles d’un échec : fracture sociale accrue, dette alourdie, attractivité affaiblie, qualité de vie dégradée. Paris mérite mieux qu’un geste architectural narcissique. Elle mérite une vision respectueuse, pragmatique et profondément enracinée dans son identité.
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