J’ai cherché à comprendre pourquoi l’Algérie s’est toujours tournée du côté de la force du Mal… vers le côté obscur de toute politique économique et sociale.
Tunis, 1956, avenue de Paris. Je suis à côté de mon papa, journaliste, et une voiture s’arrête au feu rouge à côté de nous. Mon papa me dit : « Ne regarde pas, il y a dans cette voiture trois fellaghas, tous chefs de la rébellion en Algérie. » Je regarde quand même, et ces visages sont restés gravés en moi jusqu’à ce jour… Pas du tout sympathiques : un style de tueurs à gages.
Ben Bella et Boumendienne
Plus tard, j’apprenais que c’étaient eux qui dirigeaient tous les attentats anti-Pieds-noirs et anti-juifs partout en Algérie, sans jamais se salir les mains, puisqu’ils étaient basés et protégés en Égypte par Nasser.
Le problème de l’Algérie a hanté mon adolescence. Oui pour la liberté des peuples. Non pour les méthodes sanguinaires, non au non-dialogue, non à l’hypocrisie, non au terrorisme.
Alors je me suis plongé dans les sources du comment et du pourquoi. D’abord, pourquoi les Français ont-ils conquis l’Algérie ? C’est à cause des esclaves et des otages capturés et revendus. Ensuite, la France s’est trouvée face à un seigneur implacable : le Cheikh Abdel Khader. Enfin, il a fallu recaser et redistribuer des terres à des colons venus principalement d’Alsace-Lorraine et d’ailleurs.
La fameuse loi Crémieux a donné la possibilité aux autochtones de devenir Français à condition d’abandonner les lois religieuses, la polygamie, et de placer au-dessus de tout les lois de la République. Les Juifs acceptèrent ; les musulmans refusèrent. Cette clause fut le ferment d’une discrimination qui a creusé le fossé communautaire. Et en 1958, la rupture totale fut entérinée par les accords d’Évian : 1,5 million de Français durent quitter l’Algérie pour la métropole, sans couverture de l’armée française que De Gaulle avait consignée dans ses casernes. Des massacres ont eu lieu partout, surtout contre les Juifs.
Depuis, l’Algérie de Ben Bella et de Boumedienne a choisi comme modèle économique l’Allemagne de l’Est, et comme modèle social, la Charria. On a déboisé, arraché les vignes, arrêté les cultures de céréales pour monter — avec les ressources du pétrole — une puissante industrie sidérurgique… qui n’a jamais donné de résultats. Les richesses du pétrole ont bouché les trous et subventionné pendant plus de 60 ans un régime bancal, à la merci d’un clan : celui de Boumedienne.
Il est le chef du clan d’Oujda, dont il a très vite pris le contrôle. Il a structuré l’armée des frontières, ne s’est pas épuisé dans l’affrontement avec l’armée française, et a attendu son heure pour prendre le pouvoir.
Il était au départ sous le contrôle de Boussouf, chef de la wilaya 5 (celle de l’ouest), puis s’en est affranchi. Il attendait son heure. C’est un autocrate complet, sans aucun respect du collectif ou de la représentation des autres branches. Il a voulu un pouvoir islamiste, sous la bénédiction des zaouïas de l’ouest.
Houari Boumédiène, de son vrai nom Mohamed ben Brahim Boukharouba, reste une figure énigmatique de l’histoire algérienne. Né le 23 août 1927 à Guelma, dans l’est du pays, d’un père paysan arabe d’origine berbère parlant à peine le français, ce fervent musulman a gravi les échelons pour devenir le deuxième président de l’Algérie indépendante, de 1965 à sa mort en 1978.
Formé dans une école coranique puis à Constantine, il fuit en 1952 vers Le Caire pour étudier à Al-Azhar, où il rencontre Ahmed Ben Bella et rejoint le Front de libération nationale (FLN). Adoptant son nom de guerre – inspiré de saints patrons d’Oran et Tlemcen, à l’ouest – il devient colonel de l’Armée de libération nationale (ALN), chef d’état-major en 1960.
Sa carrière politique explose après l’indépendance en 1962 : ministre de la Défense sous Ben Bella, il orchestre un coup d’État sans effusion de sang en 1965, abolissant constitution et parlement. À la tête du Conseil révolutionnaire (1965-1976), il impose un régime socialiste panarabe, islamisant l’État et arabisant la société.
Nationalisation du pétrole en 1971, industrialisation lourde dopée par le choc pétrolier de 1973 : l’Algérie passe d’une économie rurale à un géant maghrébin, avec une urbanisation galopante et un PIB par habitant multiplié par cinq. Leader du tiers-monde, il préside le Mouvement des non-alignés (1973-1976) et l’Organisation de l’unité africaine (1968-1969), soutenant PLO, ANC et Polisario et se positionnant toujours contre Israël .
Boumédiène est indissociable du « Clan d’Oujda », ce groupe d’officiers basé à la frontière ouest algéro-marocaine pendant la guerre d’indépendance.
Ce réseau, incluant Abdelaziz Bouteflika, a dominé les coulisses du pouvoir, fusionnant armée et FLN dans un État-parti unique. Si les militaires formaient l’ossature, c’est ce clan occidental – ancré dans l’ouest algérien – qui, selon certains analystes, écrasait toute dissidence, réprimant communistes et opposants au nom de la stabilité. Mort le 27 décembre 1978 d’une rare maladie du sang, après un traitement à Moscou, il laisse un vide comblé par Chadli Bendjedid.
Pour les uns, un visionnaire anti-impérialiste ; pour les autres, l’artisan d’un autoritarisme clanique qui étouffe toujours le pays. Le parti qui détient toute l'Algérie, le tient en ôtage,
c'est bien le Clan d'Oujda ...
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