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samedi 20 décembre 2025

Eva Illouz démonte le mécanisme de l'antisémitisme. JBCH. N° 2512 - 733

Résumé et Précisions sur l’Article d’Eva Illouz : L’Antisémitisme Global

Eva Illouz, sociologue franco-israélienne et directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, analyse dans cet article l’évolution de l’antisémitisme, de ses formes historiques à sa manifestation contemporaine sous le couvert de l’antisionisme. 


Elle s’appuie sur l’exemple de Wilhelm Marr pour illustrer comment cette haine s’adapte aux contextes culturels et intellectuels, tout en se niant elle-même. Illouz argue que l’antisémitisme est devenu un phénomène global, rendant le monde entier inhospitalier pour les Juifs. 


Ce résumé, structuré en deux parties équivalentes à environ deux pages (en tenant compte d’une mise en page standard), précise les arguments clés, les exemples historiques et contemporains, et les implications théoriques. La première partie couvre les origines et l’évolution de l’antisémitisme ; la seconde explore sa forme globale actuelle et ses conséquences.




Origines et Évolution de l’Antisémitisme Moderne :



Eva Illouz commence par retracer les racines de l’antisémitisme moderne à travers la figure de Wilhelm Marr (1819-1904), journaliste allemand et militant considéré comme l’inspirateur de cette haine raciale. En 1879, Marr popularise le terme “Antisemitismus” pour désigner une opposition aux Juifs fondée sur la race, distincte de la “Judenhass” chrétienne traditionnelle, qui était religieuse. Cette distinction est cruciale : Marr transforme la judéophobie théologique en une théorie “quasi sociologique” adaptée à l’Allemagne du XIXe siècle, où la religion perdait de sa légitimité chez les intellectuels.


Précisions sur Marr : Il fonde la Ligue des antisémites, la première organisation politique explicitement antijuive, et publie Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum (“La Victoire du judaïsme sur le germanisme”). 


Dans ce pamphlet, Marr accuse les Juifs de conquérir l’Allemagne par une supposée supériorité raciale et appelle à leur expulsion. Illouz note que, rétrospectivement, ce texte est glaçant à la lumière des événements nazis. Mais Marr illustre deux traits fondamentaux de l’antisémitisme contemporain : le renouvellement de son contenu et son déni. Il sécularise la haine en la focalisant non sur le déicide (accusation chrétienne), mais sur des stéréotypes laïcs : les Juifs comme commerçants vulgaires, porteurs d’une Bible primitive, étrangers à la civilisation allemande, haïssant et exploitant les non-Juifs. 


Ainsi, l’antisémitisme devient compatible avec les valeurs séculières, se présentant comme une critique de l’influence juive sur la société plutôt qu’une haine religieuse.

Illouz précise que Marr nie sa propre haine : il affirme n’avoir aucune animosité raciale ou religieuse envers les Juifs, tant qu’ils ne lui nuisent pas. Ce déni est emblématique d’une “culture de l’antisémitisme”, comparable à la “culture du viol” : elle dévalorise un groupe, rend les victimes coupables de leurs propres souffrances, et exonère les agresseurs via l’inversion accusatoire. Exemples contemporains : Après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, le Comité de solidarité avec la Palestine des étudiants de Harvard (cosigné par 30-34 organisations) tient Israël “entièrement responsable” de la violence, effaçant la responsabilité du Hamas. Des slogans comme “Fuck the Jews” à l’Opéra de Sydney, ou “By all means necessary”, “Globalize the Intifada” et “From the river to the sea” lors de manifestations mondiales, illustrent cette culture. Ces expressions transforment la haine raciale en haine politique, niable et donc plus acceptable.

Pourquoi l’antisionisme est-il une nouvelle forme d’antisémitisme ? Illouz avance quatre raisons précises :


1.  Remise en question obsessive du droit juif à un État : Aucun autre peuple n’est nié ainsi (ex. : le nationalisme ukrainien est contesté par la Russie, mais sans écho idéologique global). L’antisémitisme traditionnel privait les Juifs de citoyenneté ou les expulsait ; l’antisionisme cible Israël, seul État juif.

2.  Réutilisation des tropes antisémites : Au lieu du sang d’enfants pour le pain azyme, des rumeurs accusent Israël de prélever des organes palestiniens. La conspiration des Protocoles des Sages de Sion(faux de 1901 sur un complot juif mondial) se retrouve chez Andreas Malm, qui lie le sionisme à l’extraction pétrolière et au changement climatique, attribuant à Israël une “essence maléfique”.

3.  Programme de négation : Dénoncer l’antisémitisme est suspect d’instrumentalisation, rendant les attaques contre les Juifs plus légitimes. Slogans comme “Globalize the Intifada” appellent au meurtre indiscriminé, assimilant Israéliens et Juifs, et exportant le conflit mondialement (référence à la seconde Intifada : plus de 1 000 civils tués en 2000-2005).

4.  Globalisation : L’antisémitisme n’est plus local (ex. : affaire Dreyfus en France, pogroms de Kichinev en 1903 en Russie), mais coordonné via des mouvements comme le BDS (Boycott, Divestment, Sanctions), né en 2001 à Durban lors d’une conférence UNESCO où Israël fut accusé d’apartheid, racisme, génocide. Le BDS opère dans 120 pays, rendant difficile l’organisation de colloques avec des Israéliens ou Juifs sionistes.



L’Antisémitisme Global et ses Implications :


Illouz précise que l’antisémitisme global opère à plusieurs niveaux. D’abord, il est coordonné mondialement par des ONG et mouvements comme le BDS, héritier de Durban où Les Protocoles étaient vendus. Cela crée une portée planétaire, affectant la vie académique et culturelle.

Ensuite, les motivations des activistes occidentaux (étudiants, artistes, intellectuels) diffèrent de celles des Palestiniens : pas d’histoire personnelle de victimisation, mais une “nouvelle éthique globale” fondée sur l’“acteur impliqué” (concept de Michael Rothberg). Cette conscience politique priorise les injustices lointaines. Via l’intersectionnalité, la cause palestinienne synthétise toutes les luttes (féministes, trans, climatiques, LGBTQ+, antiracistes). Les Palestiniens réels deviennent des “figurants” dans un drame occidental, joué sur les campus d’élite.


Cette éthique repose sur le structuralisme, transposant des catégories analytiques au mépris de l’histoire : le sionisme est assimilé au colonialisme de peuplement (américain, australien), ignorant qu’Israël fut créé en 1947 comme refuge pour les survivants de la Shoah, des pogroms et des expulsions d’un million de Juifs des pays arabes. Le monde d’alors avait l’“intuition morale” que seul un foyer national pouvait protéger les Juifs d’une persécution millénaire dans les mondes chrétien et arabe. Cette intuition est perdue chez les “acteurs impliqués”, qui projettent sur Israël les crimes de leurs ancêtres et voient en lui le symbole de toutes les oppressions.


Conséquences : L’antisémitisme global conclut logiquement la haine ancestrale en rendant le monde entier inhospitalier pour les Juifs. Illouz cite Emmanuel Levinas, qui fuit la Russie antisémite pour la France en quête de refuge – un rêve brisé aujourd’hui. Des millions de Juifs ont migré pour les mêmes raisons, mais aucun “ailleurs clément” n’existe plus. Cela transforme la malédiction du “Juif errant” en réalité : pour la première fois, les Juifs sont sans rêve d’un monde accueillant.


Précisions finales : Illouz, auteure de Explosive Modernité. Malaise dans la vie intérieure, analyse cela post-attentat de Bondi Beach (Sydney), soulignant comment l’antisémitisme, de religieux à racial, est devenu politique. 


Propagé sous l’antisionisme, il vise ancestralement à priver les Juifs de foyer. Cet article, publié dans un contexte d’IDÉES , appelle à reconnaître cette mutation pour contrer sa négation. 


En résumé, Illouz démontre que l’antisémitisme n’est pas une opinion, mais une haine adaptable, globale et destructrice, exigeant une vigilance morale renouvelée.




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