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samedi 20 décembre 2025

Haïfa, au centre du Commerce Mondial. JBCH N° 2512 - 736

Le point de friction stratégique mondial est le port de Haïfa, c'st déjà un véritable nœud euro-méditerranéen.


La montée en puissance de la Chine ne se limite ni à l’économie ni au militaire classique. Elle s’inscrit dans une compétition informationnelle totale, conçue comme un continuum reliant le discours, les infrastructures, les flux logistiques, les données numériques et les routes commerciales. 


De son côté, le projet indien, moins agressif mais plus pertinent prend forme avec l'achat de 70% du port par les indiens




Pékin ne cherche pas seulement à vendre, produire ou transporter : elle cherche à structurer la réalité, à imposer des dépendances cognitives et matérielles, et à redessiner les axes du monde, y compris ceux menant vers l’Europe. Dans cette logique, le port de Haïfa en Israël est devenu un symbole et un champ de bataille discret mais décisif.


La Chine a développé une vision élargie de la guerre informationnelle (信息战), qui ne se limite pas à la désinformation médiatique. Elle englobe : les normes techniques (5G, ports intelligents, logistique algorithmique), les flux de données, les récits géopolitiques (déclin de l’Occident, multipolarité « harmonieuse »), les infrastructures physiques porteuses d’information (ports, câbles, hubs ferroviaires).


Côté chinois Haïfa



Chaque infrastructure est conçue comme un vecteur d’influence. Un port n’est pas seulement un lieu de transit de marchandises : c’est un capteur de données, un point d’observation stratégique, un levier sur les chaînes de valeur et un outil de pression politique à long terme.


Les Nouvelles routes de la soie (BRI) ne sont pas une simple initiative économique. Elles sont un récit structurant, proposant une alternative au modèle occidental : rapidité contre normes, efficacité contre transparence, pragmatisme contre valeurs.




Vers l’Europe, la Chine a multiplié les axes : routes ferroviaires Chine–Asie centrale–Europe, corridors maritimes Méditerranée–Adriatique, ports stratégiques (Le Pirée, Trieste, Gênes, puis Haïfa).


Ces routes ne servent pas seulement à livrer des conteneurs, mais à rediriger l’imaginaire économique européen : l’Asie comme centre, l’Europe comme terminal.




Le port de Haïfa illustre parfaitement cette logique. En confiant l’exploitation d’un terminal à une entreprise chinoise, Israël a initialement répondu à des impératifs économiques et d’efficacité. Mais très vite, la dimension informationnelle et stratégique est apparue : Haïfa est un port à double usage, civil et militaire. Il accueille régulièrement la Sixième flotte américaine. Il se situe à l’intersection de l’Europe, du Moyen-Orient et de l’Inde.





Pour Washington, la présence chinoise à Haïfa n’était pas neutre : elle impliquait un risque de collecte de données, de surveillance indirecte, voire de conditionnement stratégique à long terme. Le port devenait un nœud informationnel, pas seulement logistique.




Le retrait progressif chinois et l’entrée d’acteurs indiens (notamment le groupe Adani) ne sont pas anecdotiques : ils marquent une contre-offensive occidentale et indo-israélienne contre l’expansion informationnelle chinoise.


Adani


La compétition sino-indienne, évoquée dans l’article du Financial Times que vous montrez, s’étend précisément à ces espaces : maîtrise maritime, contrôle des ports, influence narrative en Europe et au Moyen-Orient.




L’Inde propose une alternative aux routes chinoises (corridor Inde–Moyen-Orient–Europe), soutenue par les États-Unis, Israël et plusieurs pays européens. Là encore, il ne s’agit pas seulement de transport, mais de choix civilisationnels : qui écrit les règles, qui contrôle les données, qui sécurise les flux.


Israël, État hyper-technologique et hyper-connecté, a compris que la souveraineté ne se joue plus seulement sur le territoire, mais sur les interfaces : ports, câbles, satellites, algorithmes.


Les terminaux et les quais sont protégés par un système d'extinction d'incendie contrôlé par ordinateur. Dans le port de Haïfa, il est possible de charger ou de décharger des pétroliers les types avec les carburant suivants: carburant pour avions, essence, diesel, pétrole, carburant diesel marin, fuel léger et lourd.La compétition informationnelle chinoise est redoutable parce qu’elle avance masquée. Elle promet le développement, mais installe la dépendance ; elle parle de coopération, mais construit des asymétries ; elle investit les routes, mais aussi les récits.



Le cas de Haïfa montre toutefois que cette stratégie rencontre désormais des lignes rouges. L’Occident, l’Inde et certains alliés régionaux ont commencé à comprendre que laisser Pékin contrôler les carrefours physiques, c’est lui céder les carrefours mentaux.



La bataille autour des routes vers l’Europe, et jusqu’au port de Haïfa, révèle une vérité centrale du XXIᵉ siècle : l’information est devenue la matière première du pouvoir. Ports, routes, câbles et récits forment un même système. 


La Chine l’a compris très tôt. Les réactions actuelles montrent que ses concurrents commencent, enfin, à parler le même langage.






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