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mercredi 3 décembre 2025

Le retour de Yaakov, La paracha de la semaine JBCH N°. 2512 - 691

Quand l’histoire biblique éclaire le présent d’Israël et de la diasporaLa paracha Vayichla'ḥ résonne cette semaine avec une intensité particulière. Rare portion de la Torah où se mêlent diplomatie, confrontation, vulnérabilité, renaissance et tragédie, elle se lit aujourd’hui comme un miroir précis de la situation vécue par Israël et les communautés juives de la diaspora. 


Les épisodes majeurs :  le combat nocturne avec l’ange, la rencontre tendue avec Essav, le viol de Dinah, la naissance de Benjamin au prix de la mort de Rahel dessinent un paysage de tensions, de survie, mais aussi de transformation.


Au cœur du récit se trouve Jacob, qui avance vers un frère devenu une menace, tout comme Israël avance face à des ennemis déclarés. La rencontre avec Essav est décrite comme un risque existentiel. Yaakov prépare une stratégie en trois volets : prière, cadeau diplomatique, et préparation militaire — un triptyque qui ressemble plus que jamais à la réalité actuelle de l’État hébreu. 





Aujourd’hui encore, Israël navigue entre négociations internationales, alliances stratégiques et impératifs de défense face à des adversaires proches ou lointains. La peur  d’Essav trouve un écho moderne dans le spectre iranien, dans les attaques du Hamas, et du Hezbollah dans la montée des tensions régionales.


Mais avant la rencontre décisive, Yaakov doit affronter un adversaire intérieur : l’ange avec lequel il lutte toute la nuit. Ce combat mystérieux, interprété tantôt comme une confrontation spirituelle, tantôt comme une lutte psychologique, résonne comme une métaphore nationale. 




Israël, littéralement « celui qui lutte avec Dieu », continue de porter ce nom car il continue de lutter. L’État moderne fait face à des batailles multiples : militaires, identitaires, politiques, morales. Les communautés juives de diaspora, elles aussi, traversent leur combat nocturne, dans un climat mondial où l’antisémitisme connaît un retour brutal. La nuit du patriarche, solitaire et déterminante, ressemble à la solitude ressentie par les Juifs dans certaines capitales occidentales où les actes anti-juifs explosent.




Le viol de Dinah, épisode sombre souvent relégué au second plan, rappelle la dimension de vulnérabilité d’Israël. Le texte parle d’un outrage subi, d’une atteinte à l’honneur familial, d’un acte qui déclenche une réaction violente de Shimon et Lévi. 





Il pose des questions difficiles : quand répondre, comment répondre, jusqu’où aller pour protéger l’intégrité de sa communauté ? Ces dilemmes sont tragiquement actuels. Dans les débats contemporains sur les ripostes israéliennes ou sur la protection des communautés juives à Paris, Londres, New York ou Montréal, la question de la légitime défense et de la proportionnalité reste centrale et souvent déformée dans l’espace médiatique.




La paracha se poursuit avec l’épisode le plus déchirant : la mort de Rahel en donnant naissance à Benjamin. C’est un moment de beauté et de douleur mêlées, une naissance qui s’accompagne d’un deuil métaphore poignante de la réalité israélienne, où chaque avancée technologique, chaque victoire militaire, chaque réussite sociale est souvent ombragée par des pertes humaines, par l’absence de ceux tombés à la défense du pays. C’est aussi une image de la diaspora : les communautés se réinventent, se renforcent, cherchent à transmettre, mais le climat actuel de haine impose un deuil continu, celui de la sécurité acquise après la Shoah et qui semble à nouveau se fragiliser.




Enfin, le changement de nom de Jacob en Israël symbolise une mue identitaire. Ce moment fondateur nous rappelle que l’identité juive est née dans la lutte, mais aussi dans la résilience. Israël porte un nom qui n’est pas une promesse de tranquillité, mais une affirmation de force intérieure. Aujourd’hui, ce nom est défié sur les campus universitaires, dans les institutions internationales, dans les rues de grandes villes où le simple fait d’être juif ou pro-Israël peut devenir un risque. Pourtant, comme Jacob blessé à la hanche mais victorieux, Israël avance, parfois boiteux, toujours debout.


L’ensemble de Vayichlaḥ compose donc un tableau d’une actualité saisissante. La confrontation avec Essav évoque les défis géopolitiques d’Israël ; la lutte avec l’ange, les défis moraux et identitaires ; le drame de Dinah, la question de la protection des siens ; la mort de Rahel, le prix humain payé par une nation en marche ; la naissance de Benjamin, l’avenir qu’il faut malgré tout préparer.


Cette paracha nous rappelle une vérité ancienne mais terriblement contemporaine : le destin juif, qu’il se joue en Israël ou en diaspora, est un destin de confrontation et de création, de blessures et de renaissances. 


Le texte biblique, loin d’être une chronique lointaine, se lit cette semaine comme un reportage sur notre époque. Une leçon d’histoire renouvelée, mais aussi un avertissement : tant que le monde connaîtra la nuit, Israël — au sens national comme spirituel — devra continuer de lutter pour voir l’aube.
















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