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samedi 20 décembre 2025

Difficile de trouver des pays pour désarmer le Hamas ... JBCH N° 2512 - 734

Gaza : la peur du désarmement du Hamas et l’hypocrisie stratégique de la communauté internationale


La question centrale de l’après-guerre à Gaza n’est plus seulement humanitaire ou politique : elle est devenue sécuritaire, idéologique et existentielle. Derrière les déclarations diplomatiques et les sommets internationaux, une réalité s’impose avec brutalité : aucune force internationale ne souhaite réellement assumer le désarmement du Hamas


La raison en est simple, rarement avouée mais largement partagée : la peur.



La peur des États musulmans face à l’islamisme armé : La majorité des pays sollicités pour participer à une Force internationale de stabilisation (ISF) sont des pays musulmans ou à forte population musulmane. Égypte, Qatar, Émirats arabes unis, Indonésie, Azerbaïdjan, et potentiellement d’autres encore, savent tous qu’un engagement direct contre le Hamas créerait un précédent explosif. Désarmer le Hamas à Gaza reviendrait, pour eux, à légitimer une lutte frontale contre des mouvements islamistes qu’ils redoutent déjà sur leur propre sol.


Le Hamas n’est pas seulement une organisation terroriste palestinienne : il est un symbole transnational de l’islamisme armé, idéologiquement proche des Frères musulmans. Le combattre ouvertement, ce serait s’exposer à des déstabilisations internes, à des attentats, à des soulèvements politiques et religieux. C’est précisément pour cette raison que, malgré les discours, personne ne veut être celui qui appuiera sur la gâchette du désarmement.



Le Conseil de paix de Trump : vitrine diplomatique ou levier réel ? Dans ce contexte, l’initiative du président Donald Trump de créer un « Conseil de paix » apparaît comme une tentative de contourner les blocages traditionnels. Selon plusieurs responsables cités par le Times of Israel, six pays:  l’Égypte, le Qatar, les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne ont accepté de rejoindre cette instance censée superviser la gestion de Gaza après la guerre.




Mais il faut être clair : siéger à un Conseil de paix ne signifie ni engagement militaire, ni prise de risque sécuritaire. Il s’agit avant tout d’un soutien politique, symbolique, destiné à donner une légitimité internationale au plan américain. Les États-Unis espèrent que cette architecture diplomatique encouragera ultérieurement des contributions financières ou logistiques. Toutefois, comme l’admettent eux-mêmes des responsables américains et arabes, aucun engagement ferme n’a été pris concernant l’envoi de troupes pour la Force internationale de stabilisation.




Le tabou du désarmement du Hamas : Le cœur du problème reste le mandat de l’ISF. Officiellement, une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU prévoit que cette force « garantira la démilitarisation de Gaza ». Dans la réalité, Washington précise en coulisses qu’il n’est pas question que l’ISF affronte militairement le Hamas. Le désarmement devrait être « progressif », volontaire, négocié.


Cette position est perçue par Israël comme une illusion dangereuse. Jérusalem rejette catégoriquement l’idée d’un désarmement graduel fondé sur la bonne volonté d’une organisation terroriste qui affirme publiquement vouloir conserver ses armes. C’est là que se cristallise la fracture : aucun pays ne veut combattre le Hamas, mais tout le monde exige qu’Israël cesse de le faire.



Les hésitations de Riyad et d’Ankara illustrent cette impasse. L’Arabie saoudite attend de « voir clair » à Gaza avant de s’engager, tandis qu’Israël s’oppose fermement à toute implication turque, en raison du soutien idéologique et politique d’Erdogan au Hamas.


Parallèlement, Donald Trump explore d’autres pistes : l’Éthiopie, l’Indonésie, et même les Philippines. Ces pays, éloignés géographiquement du conflit, pourraient offrir un soutien politique ou logistique sans être directement exposés aux répercussions islamistes internes. Mais là encore, aucun n’est prêt à envoyer des soldats mourir pour désarmer le Hamas.




Les discussions organisées à Doha par le Commandement central américain ont mis en lumière cinq formes possibles de participation : troupes, police, logistique, formation ou financement. Beaucoup choisissent les options les moins risquées. L’Italie, par exemple, se dit prête à envoyer des carabiniers, mais uniquement après clarification du mandat. L’Indonésie et l’Azerbaïdjan adoptent la même prudence. Israël n a pas été invitée à cette réunion.


En réalité, plus le mandat est clarifié, plus il devient évident que la Force internationale de stabilisation n’aura ni la volonté ni les moyens de désarmer le Hamas. Elle pourrait sécuriser des zones, gérer des checkpoints, former une police palestinienne — mais pas affronter une organisation terroriste enracinée, armée et soutenue par l’Iran.


La vérité que beaucoup refusent d’énoncer est la suivante : le monde veut une Gaza sans Hamas, mais sans jamais avoir à combattre le Hamas. Cette contradiction structurelle explique l’enlisement diplomatique actuel. Israël, isolé mais lucide, refuse de déléguer sa sécurité à des acteurs qui redoutent davantage leurs opinions publiques que le terrorisme islamiste.


Le Conseil de paix de Trump, aussi ambitieux soit-il, risque de n’être qu’un écran diplomatique tant que cette peur fondamentale ne sera pas levée. Sans volonté claire de désarmement, sans force crédible prête à l’imposer, la reconstruction de Gaza restera un mirage bâti sur une trêve fragile et des illusions politiques.


Et pendant que les chancelleries tergiversent, le Hamas, lui, s'arme, observe, s’adapte… et attend.



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