Silences assourdissants : quand l’ingérence étrangère et l’antisémitisme progressent sans provoquer d’alarme démocratique
Les accusations récurrentes de harcèlement visant des médias ou plateformes comme France 2050 et Écran de veille, attribuées à des réseaux proches de La France insoumise (LFI) et à des sphères d’influence iraniennes, posent une question fondamentale : pourquoi une telle gravité supposée suscite-t-elle si peu de réaction institutionnelle et médiatique, alors même que l’antisémitisme connaît en France une progression rapide et documentée ?
L’histoire politique récente montre que l’attentisme systématique face à des signaux faibles, lorsqu’ils concernent des ingérences étrangères ou des campagnes idéologiques coordonnées, a souvent un coût démocratique élevé.
Depuis plusieurs années, une partie de l’extrême gauche française revendique une posture dite « antisioniste », qui glisse de plus en plus souvent vers un antisémitisme notoire : hostilité obsessionnelle à l’égard d’Israël, et parfois vers une stigmatisation directe des Juifs.
Cette dérive n’est plus marginale : elle s’exprime dans l’hémicycle, dans la rue, sur les réseaux sociaux et dans certaines sphères militantes.
Lorsque des médias ou intellectuels perçus comme favorables à Israël, ou simplement critiques du Hamas ou de l’Iran, sont ciblés par des campagnes de pression, d’intimidation ou de disqualification morale, le silence devient un choix politique.
Les soupçons évoquant des députés ou relais politiques “achetés” par le Qatar ou l’Iran relèvent évidemment d’un terrain hautement sensible. Les mots sont forts, mais ils traduisent un malaise réel : le Qatar finance ouvertement des réseaux d’influence idéologiques en Europe, l’Iran mène une stratégie assumée de guerre informationnelle et d’exportation idéologique, et la France n’est pas hermétique à ces influences.
Or, ce qui choque, ce n’est pas seulement l’existence possible de ces réseaux, mais l’absence d’enquêtes publiques visibles, de commissions parlementaires sérieuses ou de débats médiatiques approfondis. Comme si certains soupçons devenaient inabordables dès lors qu’ils concernent des forces politiques se revendiquant « du camp du bien ».
La progression fulgurante des actes antisémites depuis le 7 octobre n’est plus contestable. Ce qui l’est davantage, c’est l’indulgence dont bénéficient certains discours, sous prétexte qu’ils s’inscrivent dans une rhétorique “anti-impérialiste” ou “décoloniale”.
On assiste à un phénomène dangereux : l’antisémitisme n’est plus assumé, il est re-qualifié, déplacé, maquillé en critique géopolitique radicale.
Dans ce contexte, dénoncer des liens idéologiques ou financiers entre des élus, des États hostiles à Israël et des campagnes de harcèlement devient presque tabou, comme si le simple fait de poser la question était déjà suspect.
Trois raisons principales expliquent ce silence : La peur politique : accuser ou enquêter sur des forces électoralement puissantes expose à des accusations de “répression”, “islamophobie” ou “alignement sur l’extrême droite”.
Le confort idéologique : une partie des élites médiatiques partage, consciemment ou non, les mêmes grilles de lecture que LFI sur le conflit israélo-palestinien. La fragmentation morale : l’antisémitisme n’est plus perçu comme une urgence universelle, mais comme une cause “communautaire”, ce qui est une régression historique majeure.
L’enjeu dépasse largement Israël ou la communauté juive: Une démocratie qui tolère l’ingérence étrangère, ferme les yeux sur des campagnes d’intimidation idéologiques, et relativise l’antisémitisme sous couvert de militantisme, fragilise ses propres fondations.
La question n’est donc pas seulement : ces accusations sont-elles vraies ? Mais aussi : pourquoi refuse-t-on d’y répondre avec sérieux, transparence et courage ?
Le silence, ici, n’est pas neutre. Il est déjà une forme de renoncement.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire