Rechercher dans ce blog

lundi 22 septembre 2025

Atlantico, le commentaire de Dov Zerah. (FR). JBCH N° 431

LA CHIMÈRE DE LA RECONNAISSANCE D’UN ÈTAT PALESTINIEN
 
Bonjour
Bonne lecture
Merci
 
Atlantico : Pourquoi la reconnaissance d’un État palestinien est-elle perçue par certains comme un obstacle à la paix ?
 
DZ : En juillet 2024, 97 députés israéliens sur 120 ont refusé une telle création ; une quasi-unanimité puisque la Knesset compte dix députés arabes. Les Israéliens considèrent que nonobstant les Accords d’Oslo et le retrait négocié de territoires, ils ont eu la 2nde intifada. De même le retrait unilatéral de Gaza en 2005 a entrainé la prise du pouvoir à Gaza par le Hamas. Il n’est pas très encourageant de constater que le retrait de territoires négocié ou unilatéral a débouché sur la guerre.
 
Le traumatisme du pogrom du 7 octobre 2023, la tragédie des otages, les drames des populations déplacées du Nord et du pourtour de Gaza, la vie aux abris depuis deux ans, les morts, les blessés, les destructions, les traumatismes… font que peu de personnes sont disposées à prendre à nouveau un quelconque risque.
 
Par ailleurs, la recherche d’une solution est de plus en plus difficile avec la faillite du leadership palestinien.
 
L'Autorité palestinienne est complètement discréditée par l'absence d'élections, une corruption généralisée à partir du sommet et un leadership. Les deux occasions manquées avec en 2000 le refus d’Arafat « des paramètres Clinton », et en 2007 le rejet de Mahmoud Abbas des généreuses propositions d'Ehud Olmert, ont signé la mort des accords d'Oslo.
Depuis, le divorce entre Jérusalem et Ramallah n’a cessé de s’accentuer avec les nombreuses manifestations révisionnistes de Mahmoud Abbas, les récompenses financières accordées aux familles de terroristes, les livres scolaires prônant la haine des Juifs et d’Israël… La légitimité de l’Autorité palestinienne n’a cessé de s’effriter au point que Mahmoud Abbas n’a jamais voulu se représenter devant les urnes. Le pogrom du 7 octobre, a disqualifié le Hamas, malgré ses rodomontades.
 
Aujourd'hui, les Palestiniens n'ont pas de leadership reconnu susceptible de crédibiliser la paix. C’est une réalité qui handicape tout éventuel État palestinien. Ne pas en tenir compte est une faute politique et revient à construire des châteaux de sable ! En 1967, Israël a fait l’expérience « des supposées garanties internationales » Aucun pays ou groupe de pays n’avait réussi à contrecarrer les deux décisions de Nasser, la fermeture du golfe d’Aqaba et le retrait des troupes onusiennes du Sinaï, deux « casus belli » qui ont conduit à la guerre !
 
En conséquence, laisser entendre que cette reconnaissance faciliterait un processus vers la paix est une chimère. Le sujet de l’ouverture d’une ambassade en donne un exemple supplémentaire. Si la France devait ouvrir une ambassade où serait-elle localisée ? À Gaza ? À Ramallah ? La France ne pourrait le retenir sauf à remettre en cause la revendication des Palestiniens de vouloir Jérusalem comme capitale. 
Transformer l’actuel consulat de Jérusalem en ambassade reviendrait à prendre de front les Israéliens et leur donnerait un argument pour le fermer. Face à la difficulté de répondre à la question, conditionner l’ouverture à la libération des otages conduit à l’instrumentalisation de ce traumatique sujet et à remettre le Hamas au cœur du sujet alors qu’est affiché haut et fort vouloir écarter ce mouvement terroriste.
 
Atlantico : Pourquoi Emmanuel Macron s'obstine dans cette approche ?
 
DZ : Comme l’affirmait le général de Gaulle, « un État n’a pas d’ami, il n’a que des intérêts ! ». Le président français s’inscrit dans la traditionnelle « politique arabe de la France », le serment de Saint Louis de protéger les Maronites et les lieux saints de la Chrétienté, l’alliance en 1536 de François 1er avec le grand Turc, le soutien et l’aide de Napoléon III à l’émir Abdel Kader en vue de la renaissance du califat… C’est pour renouer avec cette tradition que le général de Gaulle a bradé l’Algérie, les pieds noirs, les Harkis, le Sahara… et a refermé la parenthèse de dix ans pendant lesquels l’État juif a été « notre ami, notre allié ».
 
Paris ne peut se désintéresser de ses voisins méditerranéens, leurs marchés…
 un moment où la note de la France a été rétrogradée, les autorités françaises sont obligées de tenir compte des positions de certains pays arabes comme l’Arabie saoudite, le Koweït, ou le Qatar, importants souscripteurs de bons du Trésor français.
De même, elles se doivent d’être à l’écoute des demandes de plus de dix millions de musulmans présents sur notre sol.
Enfin, après les déconvenues avec plusieurs pays africains francophones, c’est une façon de renouer avec le « sud global » et un moyen d’améliorer l’image de la France à peu de frais.
 
L’initiative intègre insuffisamment la situation sur le terrain, et risque de favoriser la radicalisation du Hamas et légitimer la résurgence de l’antisémitisme de par le Monde, et notamment en France.
 
Atlantico : Comment interpréter la stratégie de Benyamin Netanyahou, qui, face à une défiance internationale qui monte, semble privilégier une intensification de l’action militaire contre le Hamas ?
 
DZ : Marqué par la mort de son frère, Netanyahou n’est pas un va-t-en-guerre. Depuis 2007, il a 
  • toujours refusé l’affrontement avec le Hamas nonobstant les bombardements réguliers du pourtour de Gaza
  • laissé l’émissaire qatari atterrir à l’aéroport de Ben Gourion et rejoindre Gaza avec ses valises de dollars
  • augmenté le nombre de permis de travail peu de temps avant le 7 octobre …
C’est le Hamas qui a ouvert les hostilités avec le pogrom du 7 octobre !
 
Depuis 2 ans, Israël fait face à la pieuvre iranienne et ses différents tentacules : Hamas à Gaza mais aussi en Judée et Samarie, Hezbollah, Houtis, Hezbollah et Iraniens en Syrie, sans oublier la tête de la pieuvre. C’est une situation inédite dans l’histoire de l’humanité ! L’État juif a réussi à maîtriser ces fronts, sauf le Hamas à Gaza.
 
Nonobstant les déclarations incantatoires de certains dirigeants pour qui la reconnaissance d’un État palestinien doit se faire sans le Hamas, aucun n’enverra de troupes sur le terrain pour atteindre cet objectif. Et la proposition d’Emmanuel Macron, au lendemain du 7 octobre, de constituer une coalition contre le Hamas à l’image de celle conte l’État islamique n’a eu aucun écho !
 
Enfin, la libération des otages relève du vœu pieux.
 
Atlantico : Quelles pourraient être les conséquences, à court et long terme, du choix israélien de privilégier la voie militaire ? Est-ce au fond une obligation de court terme pour obtenir, plus tard, une vraie paix durable dans la région qui passe par des garanties de sécurité pour Israël concernant la suppression du Hamas comme entité militaire et politique régionale ?
 
DZ : Le Hamas est un obstacle à la paix. Tout le monde le reconnait, y compris les pays arabes. L’idéologie des frères musulmans subsistera, ne serait-ce que parce qu’elle est protégée et développée par deux pays, Le Qatar et la Turquie. L’objectif israélien est d’éradiquer le Hamas de Gaza. Une fois atteint, les perspectives de paix apparaîtront. Le prochain accord de sécurité entre Jérusalem et Damas en atteste.
Israël ne compte que sur lui et ne se satisfera pas de garanties de sécurité. L’histoire du Monde est longue de garanties non exercées. Le dernier exemple de l’Ukraine est probant.
 
Atlantico : Dans quelle mesure la volonté d’éviter une « double perte » — politique et militaire — influence-t-elle la stratégie israélienne actuelle, et quels effets cela peut-il avoir sur les perspectives de paix dans la région ?
 
DZ : La bataille de l’opinion publique est difficilement gagnable, voire ingagnable. Le peuple juif doit faire face au milliard de musulmans et aux milliards des pétrodollars, notamment du Qatar.
Israël est aujourd’hui en 1ère ligne face à l’islamisme radical. Mais, il touche de plus en plus les pays européens. Certains commencent à réagir.
Même en France, les autorités sont progressivement passées de la lutte contre le terrorisme à celle du séparatisme et maintenant à celle de l’entrisme.
Le chancelier allemand, Friedrich Merz, n’a pas hésité à déclarer qu’« Israël fait le boulot pour nous. » Arrivera le moment où Bruxelles et Jérusalem seront sur la même longueur d’onde.
 
Atlantico : Où en sont les relations franco israéliennes présentement ? Quid aussi de la diaspora française en Israël et des Juifs en France ? Comment le rôle joué par la France dans cette reconnaissance de l’Etat palestinien a été pris ?
 
DZ : Les relations entre les deux pays sont mauvaises et vont se dégrader. Les deux mesures discriminatoires d’exclusion des entreprises israéliennes d’Eurosatory et d’Euronaval ont été très mal ressenties ; Israël avait déjà donné lieu à des annonces de rétorsion. Elles s’avèrent inéluctables après le 22 septembre.
Elles pourraient porter sur la fermeture du consulat général de France à Jérusalem, dédié aux relations avec Ramallah. Les lieux saints administrés par la France pourraient être concernés, comme « le tombeau des Rois de Judah » ; à la création de l’État juif, ils avaient été l’objet d’un an de négociations.
Les Juifs de France dont la situation n’a cessé de se dégrader depuis la 2nde intifada, sont de plus inquiets et s’interrogent sur leur avenir en France. Ils sont dans l’attente d’une parole forte de leurs dirigeants à l’instar de celle du Grand rabbin Kaplan contre le général de Gaulle. À défaut, deux dispositions peuvent être envisagées :
  • La révision du format du diner annuel du CRIF. Au moins pour l’année prochaine, l’invité d’honneur ne devrait être ni le Président, ni le Premier ministre et les membres du gouvernement ne devraient pas être invités.
  • La prière pour la République française prononcée chaque samedi dans les synagogues doit être amendée au moins dans son second paragraphe, « Que les rayons de ta lumière éclairent ceux qui président aux destinées de l’État et qui font régner dans notre pays l’ordre et la justice ». Il conviendrait d’ajouter « … et qui s’attachent à la protection des Juifs… ».
Dov ZERAH
DHAREZ

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire