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jeudi 18 septembre 2025

Les Tatars de Pologne. (FR, EN, ES). JBCH N° 405

Je ne connaissais pas leur histoire, néanmoins ils traversent aujourd'hui en Pologne une crise identitaire due à l'arrivée massive de migrants du monde musulman ... 

Pour eux leur islam n'a rien à voir avec leur islamisme.


Les Tatars forment un ensemble de peuples turcophones, principalement musulmans, dont l'histoire est étroitement liée à l'Empire mongol et à la Horde d'Or au XIIIe siècle. Originaires des steppes d'Asie centrale, ils descendent de tribus nomades turco-mongoles qui, sous la direction de Gengis Khan et de ses successeurs, conquirent de vastes territoires en Eurasie.


Le terme "Tatar" (ou "Tartare") était initialement utilisé par les Européens pour désigner les peuples nomades de l'Est, souvent de manière péjorative, évoquant des "barbares" venus de l'enfer. Au fil du temps, il s'est appliqué à divers groupes ethniques, totalisant plus de 5 millions de personnes à la fin du XXe siècle, vivant principalement en Russie centrale (comme les Tatars de la Volga), en Sibérie, en Crimée et dans d'autres régions d'Asie centrale.


Historiquement, les Tatars ont joué un rôle majeur dans la formation de la Horde d'Or, un khanat mongol qui domina la Russie et l'Europe de l'Est du XIIIe au XVe siècle. Après son effondrement, les Tatars se divisèrent en plusieurs sous-groupes : les Tatars de Kazan (Volga), les Tatars de Crimée, les Tatars sibériens, et d'autres.


Ils ont développé une culture riche, influencée par l'islam sunnite adopté au XIVe siècle, avec des traditions nomades, une langue turque et des éléments culinaires, musicaux et artistiques distincts. Aujourd'hui, les Tatars font face à des défis identitaires, particulièrement en Russie, où ils luttent pour préserver leur langue et leur culture face à la russification. Des figures comme le poète tatar Gabdulla Tukay ou des mouvements culturels en Tatarstan illustrent leur résilience.


Il y avait et il y a toujours des Tatars en Crimée, bien que leur situation soit précaire sous l'occupation russe. Les Tatars de Crimée, un groupe autochtone de la péninsule, descendent des nomades turcs et forment une communauté musulmane d'environ 250 000 à 300 000 personnes avant l'annexion de 2014.


Ils ont fondé le Khanat de Crimée au XVe siècle, un État indépendant jusqu'à son annexion par la Russie en 1783. En 1944, sous Staline, l'ensemble de la population tatare de Crimée (environ 200 000 personnes) fut déportée en Asie centrale pour "collaboration" présumée avec les nazis, causant la mort de près de la moitié d'entre eux. Beaucoup revinrent dans les années 1980-1990 après la chute de l'URSS.


Depuis l'annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, les Tatars de Crimée subissent une répression systématique : arrestations arbitraires, fermeture d'écoles et de médias en langue tatare, et effacement de leur identité culturelle.


Des organisations comme le Mejlis (assemblée tatare) ont été interdites, qualifiées d'"extrémistes". En 2024-2025, la persécution s'intensifie, avec des cas de disparitions forcées et une russification forcée, y compris la suppression de l'enseignement en tatar et ukrainien. Des groupes de résistance, comme Atesh, opèrent en underground contre l'occupation. Malgré cela, les Tatars de Crimée restent attachés à leur héritage et soutiennent souvent l'Ukraine, voyant la Russie comme une menace existentielle.


Les Tatars de Pologne, connus sous le nom de Lipka Tatars, représentent l'une des plus anciennes communautés musulmanes d'Europe, installés depuis des siècles dans la région de Podlachie, au nord-est du pays. Descendants des guerriers de la Horde d'Or, ils arrivèrent au XIVe siècle à l'invitation du grand-duc Vytautas de Lituanie, qui les recruta comme mercenaires pour défendre les frontières du Grand-Duché de Lituanie contre les chevaliers teutoniques et d'autres menaces.

En échange de leur service militaire, ils reçurent des terres, des privilèges fiscaux et la liberté de pratiquer l'islam. Au fil des siècles, ces Tatars s'intégrèrent profondément à la société polono-lituanienne, adoptant la langue polonaise tout en conservant leur foi musulmane. Ils participèrent à de nombreuses batailles aux côtés des Polonais, comme à Grunwald en 1410 ou lors des guerres contre les Ottomans, démontrant un patriotisme inébranlable envers la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie).


Aujourd'hui, cette communauté compte entre 3 000 et 4 000 membres, soit environ 0,01 % de la population polonaise, selon l'Union tatare de la République de Pologne. Concentrés autour de villages comme Kruszyniany et Bohoniki, près de la frontière biélorusse, ils maintiennent des traditions uniques : mosquées en bois du XVIIIe et XIXe siècles, cimetières (mizars) avec des tombes ornées de versets coraniques, et une cuisine fusionnant influences tatares et polonaises, comme les pirojkis ou les plats halal adaptés.


Leur islam est ouvert et tolérant : pas de hijab obligatoire, autorisation modérée du vin dans certains contextes, funérailles mixtes, et lecture du Coran en translittération polonaise. Cette adaptation reflète leur identité hybride : "Nous ne nous sentons pas polonais, nous sommes polonais", comme l'exprime Djamil Gembicki, guide local à Kruszyniany.


Cependant, l'arrivée récente d'immigrants musulmans, principalement du Moyen-Orient et d'Asie centrale, bouleverse cette identité bien ancrée et gêne leur patriotisme polonais. Ces nouveaux arrivants, souvent plus nombreux dans les villes comme Gdansk ou Bialystok, introduisent des pratiques islamiques plus strictes, influencées par des courants salafistes ou wahhabites, qui contrastent avec l'islam européen et libéral des Lipka Tatars.


Par exemple, des étudiants arabes venus enseigner ont imposé des éléments culturels étrangers, comme des interprétations rigoristes du Coran ou des normes vestimentaires, provoquant des tensions. Bronislaw Talkowski, chef de la communauté à Kruszyniany, âgé de 73 ans, proteste vivement : "Des étudiants arabes ont introduit des éléments de leur culture, mais nous ne sommes pas arabes, nous sommes européens !"


Cette intrusion culturelle menace le patriotisme des Tatars polonais, qui se voient comme des citoyens loyaux de la Pologne depuis des siècles. Habitués à la mixité, mariages interconfessionnels, familles où catholiques et musulmans coexistent sans conflit ils craignent que ces influences extérieures ne les marginalisent aux yeux de la société polonaise majoritairement catholique et conservatrice.


Le mufti Tomasz Miskiewicz, un Tatar formé en Arabie saoudite et désigné à vie en 2004, est au cœur des controverses. Accusé de privilégier des imams étrangers, comme à Gdansk où un imam tadjik formé à Istanbul officie, il est perçu comme favorisant une islamisation "arabe" au détriment des traditions locales. À Bialystok, la nouvelle mosquée avec minaret turc est boudée par les fidèles tatars, qui y voient un symbole d'importation culturelle. Des scandales financiers, comme le monopole du mufti sur les certifications halal via la société de sa femme, exacerbent les divisions, menant à une tentative de destitution en 2012.

Tomasz Miskiewicz

En réaction, les Lipka Tatars intensifient leurs efforts pour préserver leur héritage. Halina Szahidewicz, une figure emblématique de 89 ans à Bialystok, a recréé des danses traditionnelles nommées "bunczuk", en s'inspirant de costumes de Crimée, Tchétchénie ou Bachkirie – régions liées à la Horde d'Or. Elle a fait venir un chorégraphe de Crimée pour cela, reliant ainsi leur passé nomade à leur présent polonais.


De même, Artur Konopacki, historien et membre de la Commission mixte du gouvernement sur les minorités, mène des recherches généalogiques, bien que limitées par l'accès aux archives russes et biélorusses, inaccessibles sous le régime de Poutine. Ces quêtes révèlent des histoires familiales riches : arrière-grands-pères artisans, mariages avec des Bosniaques ou des Polonaises, et doubles prénoms pour les enfants, comme Lucja-Sadykan.

La pandémie de Covid-19 et la crise migratoire de 2021 à la frontière biélorusse ont amplifié ces défis. À Bohoniki, Maciej Szczesnowicz, propriétaire d'un restaurant tatar, a aidé à enterrer 11 migrants du Moyen-Orient dans le cimetière local, marquant une solidarité humaine mais aussi une confrontation avec l'afflux de "nouveaux" musulmans.

Le mur frontalier de 5 mètres érigé depuis occulte un horizon autrefois ouvert pour ces descendants nomades. À Kruszyniany, le restaurant Yourta de Dzenneta Bogdanowicz, visité par le prince Charles en 2010, s'est agrandi et devenu un centre culturel, popularisant la cuisine tatare via des concours nationaux.


Malgré ces pressions, les Lipka Tatars restent fiers de leur patriotisme. Ils ont servi dans l'armée polonaise lors des deux guerres mondiales et contribuent aujourd'hui à l'aide humanitaire pour l'Ukraine, en raison de liens historiques avec les Tatars de Crimée.


Leur islam modéré sert de modèle pour une intégration musulmane en Europe, contrastant avec les stéréotypes sur l'immigration récente. Pourtant, la gêne causée par ces immigrants dans leur expression patriotique est palpable : elle force les Tatars polonais à se défendre contre des amalgames, renforçant leur isolement tout en les poussant à revitaliser leurs racines de la Horde d'Or.


Dans un contexte où la Pologne, déjà pays anti-immigration, durcit ses politiques migratoires, cette communauté historique risque de se voir éclipsée, mais son résilience séculaire suggère qu'elle perdurera, fidèle à son double héritage tatar et polonais.


Cette expansion met en lumière non seulement l'histoire glorieuse des Lipka Tatars, mais aussi les tensions contemporaines qui challengent leur identité patriotique, tout en soulignant leur rôle unique comme pont entre l'Orient et l'Occident en Europe.


Cet article est personnel, je ne prétends pas être ni un scientifique, ni un historien, ni un professionnel du journalisme... 

C'est  délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur 

d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne

les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation strictement personnelle, privée.


English


I did not know their history, yet today they are experiencing in Poland an identity crisis due to the massive arrival of migrants from the Muslim world… For them, their Islam has nothing to do with Islamism.

The Tatars are a group of Turkic-speaking peoples, mainly Muslims, whose history is closely tied to the Mongol Empire and the Golden Horde in the 13th century. Originating from the steppes of Central Asia, they descend from Turkic-Mongol nomadic tribes who, under the leadership of Genghis Khan and his successors, conquered vast territories across Eurasia.

The term “Tatar” (or “Tartar”) was initially used by Europeans to designate nomadic peoples of the East, often in a pejorative way, evoking “barbarians” from hell. Over time, it applied to various ethnic groups, totaling more than 5 million people by the late 20th century, living mainly in central Russia (such as the Volga Tatars), Siberia, Crimea, and other parts of Central Asia.

Historically, the Tatars played a major role in the formation of the Golden Horde, a Mongol khanate that dominated Russia and Eastern Europe from the 13th to the 15th century. After its collapse, the Tatars divided into several subgroups: the Kazan (Volga) Tatars, Crimean Tatars, Siberian Tatars, and others.

They developed a rich culture, influenced by Sunni Islam adopted in the 14th century, with nomadic traditions, a Turkic language, and distinct culinary, musical, and artistic elements. Today, the Tatars face identity challenges, particularly in Russia, where they struggle to preserve their language and culture in the face of Russification. Figures like the Tatar poet Gabdulla Tukay or cultural movements in Tatarstan illustrate their resilience.

There were and still are Tatars in Crimea, although their situation is precarious under Russian occupation. The Crimean Tatars, an indigenous group of the peninsula, descend from Turkic nomads and formed a Muslim community of about 250,000–300,000 people before the 2014 annexation.

They founded the Crimean Khanate in the 15th century, an independent state until its annexation by Russia in 1783. In 1944, under Stalin, the entire Crimean Tatar population (about 200,000 people) was deported to Central Asia for alleged “collaboration” with the Nazis, causing the death of nearly half of them. Many returned in the 1980s–1990s after the fall of the USSR.

Since Russia’s illegal annexation of Crimea in 2014, the Crimean Tatars have suffered systematic repression: arbitrary arrests, closure of Tatar-language schools and media, and erasure of their cultural identity. Organizations like the Mejlis (Tatar assembly) have been banned, labeled as “extremist.” In 2024–2025, persecution has intensified, with cases of forced disappearances and imposed Russification, including the suppression of Tatar and Ukrainian education. Resistance groups such as Atesh operate underground against the occupation. Despite this, Crimean Tatars remain attached to their heritage and often support Ukraine, seeing Russia as an existential threat.

The Tatars of Poland, known as Lipka Tatars, represent one of the oldest Muslim communities in Europe, settled for centuries in the Podlachia region of northeastern Poland. Descendants of the Golden Horde warriors, they arrived in the 14th century at the invitation of Grand Duke Vytautas of Lithuania, who recruited them as mercenaries to defend the Grand Duchy of Lithuania against the Teutonic Knights and other threats.

In exchange for their military service, they received land, tax privileges, and the freedom to practice Islam. Over the centuries, these Tatars integrated deeply into Polish-Lithuanian society, adopting the Polish language while maintaining their Muslim faith. They fought in many battles alongside the Poles, such as at Grunwald in 1410 or during wars against the Ottomans, demonstrating unwavering patriotism toward the Polish-Lithuanian Commonwealth.

Today, this community numbers between 3,000 and 4,000 members, about 0.01% of the Polish population, according to the Tatar Union of the Republic of Poland. Concentrated around villages like Kruszyniany and Bohoniki near the Belarusian border, they preserve unique traditions: wooden mosques from the 18th–19th centuries, cemeteries (mizars) with Quranic inscriptions, and a cuisine blending Tatar and Polish influences, such as pirojkis and adapted halal dishes.

Their Islam is open and tolerant: no compulsory hijab, moderate tolerance of wine in some contexts, mixed funerals, and Quran readings in Polish transliteration. This reflects their hybrid identity: “We don’t feel Polish, we are Polish,” as Djamil Gembicki, a local guide in Kruszyniany, puts it.

However, the recent arrival of Muslim immigrants, mainly from the Middle East and Central Asia, disrupts this well-rooted identity and unsettles their Polish patriotism. These newcomers, often more numerous in cities like Gdansk or Bialystok, bring stricter Islamic practices influenced by Salafist or Wahhabi currents, which contrast with the liberal European Islam of the Lipka Tatars

For example, Arab students teaching religion have introduced foreign cultural elements, such as rigid interpretations of the Quran or stricter dress codes, provoking tensions. Bronislaw Talkowski, the 73-year-old leader of the Kruszyniany community, protests: “Arab students have brought elements of their culture, but we are not Arabs, we are Europeans!”

This cultural intrusion threatens the patriotism of Polish Tatars, who see themselves as loyal Polish citizens for centuries. Accustomed to coexistence, interfaith marriages, and mixed families of Catholics and Muslims, they fear that these external influences may marginalize them in predominantly Catholic and conservative Polish society.

Mufti Tomasz Miskiewicz, a Tatar trained in Saudi Arabia and appointed for life in 2004, is at the center of controversies. Accused of favoring foreign imams—like in Gdansk, where a Tajik imam trained in Istanbul officiates—he is perceived as promoting an “Arabized” Islam at the expense of local traditions. In Bialystok, the new mosque with a Turkish minaret is shunned by Tatar worshippers, who see it as a symbol of cultural importation. Financial scandals, such as the mufti’s monopoly on halal certifications through his wife’s company, have deepened divisions, leading to a failed attempt to depose him in 2012.

In response, Lipka Tatars are intensifying their efforts to preserve their heritage. Halina Szahidewicz, an 89-year-old figure in Bialystok, has revived traditional dances called bunczuk, inspired by costumes from Crimea, Chechnya, and Bashkiria—regions linked to the Golden Horde. She even brought in a choreographer from Crimea, connecting their nomadic past to their Polish present.

Similarly, historian Artur Konopacki, member of the Joint Government Commission on Minorities, conducts genealogical research, though limited by restricted access to Russian and Belarusian archives under Putin’s regime. These efforts reveal rich family histories: great-grandfathers as craftsmen, marriages with Bosnians or Polish women, and children with double names, such as Lucja-Sadykan.

The Covid-19 pandemic and the 2021 migration crisis at the Belarusian border amplified these challenges. In Bohoniki, Maciej Szczesnowicz, owner of a Tatar restaurant, helped bury 11 Middle Eastern migrants in the local cemetery, marking both humanitarian solidarity and confrontation with the influx of “new” Muslims.

The 5-meter border wall now hides a once-open horizon for these descendants of nomads. In Kruszyniany, Dzenneta Bogdanowicz’s Yourta restaurant, visited by Prince Charles in 2010, has expanded into a cultural center, popularizing Tatar cuisine through national competitions.

Despite these pressures, the Lipka Tatars remain proud of their patriotism. They served in the Polish army during both World Wars and today contribute to humanitarian aid for Ukraine, due to historic ties with Crimean Tatars.

Their moderate Islam serves as a model for Muslim integration in Europe, contrasting with stereotypes about recent immigration. Yet the discomfort caused by these new immigrants in their patriotic expression is palpable: it forces Polish Tatars to defend themselves against stereotypes, reinforcing their isolation while pushing them to revitalize their Golden Horde roots.


In a context where Poland, already strongly anti-immigration, is tightening its migration policies, this historic community risks being overshadowed. Still, its centuries-old resilience suggests it will endure, faithful to its dual Tatar and Polish heritage.


This article is personal, I do not claim to be a scientist, historian, or professional journalist… It is delicate to testify as a layman, but in this blog I usually express a heartfelt reaction based on current events and my daily international press review.


Photos and videos are taken from the web, also for strictly personal, private use.


Español


No conocía su historia, sin embargo hoy atraviesan en Polonia una crisis de identidad debido a la llegada masiva de migrantes del mundo musulmán… Para ellos, su islam no tiene nada que ver con el islamismo.

Los tártaros forman un conjunto de pueblos túrquicos, principalmente musulmanes, cuya historia está estrechamente vinculada al Imperio mongol y a la Horda de Oro en el siglo XIII. Originarios de las estepas de Asia Central, descienden de tribus nómadas túrquico-mongolas que, bajo la dirección de Gengis Kan y sus sucesores, conquistaron vastos territorios en Eurasia.

El término “tártaro” (o “tártaro”) fue inicialmente utilizado por los europeos para designar a los pueblos nómadas del Este, a menudo de manera peyorativa, evocando “bárbaros” venidos del infierno. Con el tiempo, se aplicó a diversos grupos étnicos, que a finales del siglo XX sumaban más de 5 millones de personas, viviendo principalmente en la Rusia central (como los tártaros del Volga), Siberia, Crimea y otras regiones de Asia Central.

Históricamente, los tártaros desempeñaron un papel clave en la formación de la Horda de Oro, un janato mongol que dominó Rusia y Europa del Este entre los siglos XIII y XV. Tras su caída, los tártaros se dividieron en varios subgrupos: los tártaros de Kazán (Volga), los tártaros de Crimea, los tártaros siberianos y otros.

Desarrollaron una cultura rica, influenciada por el islam suní adoptado en el siglo XIV, con tradiciones nómadas, lengua túrquica y elementos culinarios, musicales y artísticos propios. Hoy los tártaros enfrentan desafíos identitarios, especialmente en Rusia, donde luchan por preservar su lengua y su cultura frente a la rusificación. Figuras como el poeta tártaro Gabdulla Tukay o movimientos culturales en Tartaristán ilustran su resiliencia.

Había y sigue habiendo tártaros en Crimea, aunque su situación es precaria bajo la ocupación rusa. Los tártaros de Crimea, grupo autóctono de la península, descienden de nómadas túrquicos y formaban una comunidad musulmana de unas 250.000–300.000 personas antes de la anexión de 2014.

Fundaron el Janato de Crimea en el siglo XV, un Estado independiente hasta su anexión por Rusia en 1783. En 1944, bajo Stalin, toda la población tártara de Crimea (unas 200.000 personas) fue deportada a Asia Central por presunta “colaboración” con los nazis, lo que causó la muerte de casi la mitad de ellos. Muchos regresaron en las décadas de 1980–1990 tras la caída de la URSS.

Desde la anexión ilegal de Crimea por Rusia en 2014, los tártaros de Crimea sufren una represión sistemática: arrestos arbitrarios, cierre de escuelas y medios en lengua tártara, y borrado de su identidad cultural. Organizaciones como el Medzhlis (asamblea tártara) han sido prohibidas y calificadas de “extremistas”. En 2024–2025, la persecución se intensifica, con desapariciones forzadas y una russificación impuesta, incluyendo la eliminación de la enseñanza en tártaro y ucraniano. Grupos de resistencia como Atesh operan en la clandestinidad contra la ocupación. A pesar de ello, los tártaros de Crimea siguen apegados a su herencia y a menudo apoyan a Ucrania, viendo a Rusia como una amenaza existencial.

Los tártaros de Polonia, conocidos como tártaros Lipka, representan una de las comunidades musulmanas más antiguas de Europa, establecida durante siglos en la región de Podlaquia, en el noreste del país. Descendientes de los guerreros de la Horda de Oro, llegaron en el siglo XIV invitados por el gran duque Vytautas de Lituania, quien los reclutó como mercenarios para defender las fronteras del Gran Ducado de Lituania contra los caballeros teutónicos y otras amenazas.

A cambio de su servicio militar, recibieron tierras, privilegios fiscales y libertad para practicar el islam. Con el paso de los siglos, estos tártaros se integraron profundamente en la sociedad polaco-lituana, adoptando la lengua polaca mientras conservaban su fe musulmana. Participaron en numerosas batallas junto a los polacos, como en Grunwald en 1410 o en las guerras contra los otomanos, demostrando un patriotismo inquebrantable hacia la República de las Dos Naciones (Polonia-Lituania).

Hoy, esta comunidad cuenta con entre 3.000 y 4.000 miembros, alrededor del 0,01% de la población polaca, según la Unión tártara de la República de Polonia. Concentrados en aldeas como Kruszyniany y Bohoniki, cerca de la frontera bielorrusa, mantienen tradiciones únicas: mezquitas de madera de los siglos XVIII y XIX, cementerios (mizars) con tumbas decoradas con versículos coránicos y una gastronomía que fusiona influencias tártaras y polacas, como los pirojkis o platos halal adaptados.

Su islam es abierto y tolerante: no hay obligación de hiyab, tolerancia moderada del vino en ciertos contextos, funerales mixtos y lectura del Corán en transliteración polaca. Esta adaptación refleja su identidad híbrida: “No nos sentimos polacos, somos polacos”, como dice Djamil Gembicki, guía local en Kruszyniany.

Sin embargo, la reciente llegada de inmigrantes musulmanes, principalmente de Oriente Medio y Asia Central, altera esta identidad profundamente arraigada y perturba su patriotismo polaco. Estos recién llegados, más numerosos en ciudades como Gdansk o Bialystok, introducen prácticas islámicas más estrictas, influenciadas por corrientes salafistas o wahabíes, que contrastan con el islam liberal europeo de los tártaros Lipka.

Por ejemplo, estudiantes árabes que enseñaban religión han introducido elementos culturales ajenos, como interpretaciones rígidas del Corán o normas de vestimenta más estrictas, provocando tensiones. Bronislaw Talkowski, líder de la comunidad en Kruszyniany, de 73 años, protesta enérgicamente: “Los estudiantes árabes han traído elementos de su cultura, ¡pero nosotros no somos árabes, somos europeos!”

Esta intrusión cultural amenaza el patriotismo de los tártaros polacos, que se ven a sí mismos como ciudadanos leales de Polonia desde hace siglos. Acostumbrados a la convivencia, matrimonios interconfesionales y familias mixtas de católicos y musulmanes, temen que estas influencias externas los marginalicen ante la sociedad polaca mayoritariamente católica y conservadora.

El muftí Tomasz Miskiewicz, un tártaro formado en Arabia Saudí y designado de por vida en 2004, está en el centro de las controversias. Acusado de favorecer a imanes extranjeros—como en Gdansk, donde oficia un imán tayiko formado en Estambul—es percibido como promotor de una islamización “arabizada” en detrimento de las tradiciones locales. En Bialystok, la nueva mezquita con minarete turco es evitada por los fieles tártaros, que la ven como un símbolo de importación cultural. Escándalos financieros, como el monopolio del muftí sobre las certificaciones halal a través de la empresa de su esposa, han agravado las divisiones, llevando a un intento fallido de destituirlo en 2012.

En respuesta, los tártaros Lipka intensifican sus esfuerzos por preservar su herencia. Halina Szahidewicz, una figura emblemática de 89 años en Bialystok, recreó danzas tradicionales llamadas bunczuk, inspirándose en trajes de Crimea, Chechenia o Baskiria—regiones vinculadas a la Horda de Oro. Incluso trajo a un coreógrafo de Crimea para ello, uniendo así su pasado nómada con su presente polaco.

De igual manera, Artur Konopacki, historiador y miembro de la Comisión Mixta del Gobierno sobre Minorías, lleva a cabo investigaciones genealógicas, aunque limitadas por el acceso restringido a archivos rusos y bielorrusos bajo el régimen de Putin. Estas búsquedas revelan historias familiares ricas: bisabuelos artesanos, matrimonios con bosnios o polacas, y niños con nombres dobles, como Lucja-Sadykan.

La pandemia de Covid-19 y la crisis migratoria de 2021 en la frontera bielorrusa amplificaron estos desafíos. En Bohoniki, Maciej Szczesnowicz, propietario de un restaurante tártaro, ayudó a enterrar a 11 migrantes de Oriente Medio en el cementerio local, lo que marcó tanto una solidaridad humanitaria como una confrontación con la llegada de “nuevos” musulmanes.

El muro fronterizo de 5 metros ahora oculta un horizonte antes abierto para estos descendientes de nómadas. En Kruszyniany, el restaurante Yourta de Dzenneta Bogdanowicz, visitado por el príncipe Carlos en 2010, se ha ampliado y convertido en un centro cultural, popularizando la cocina tártara a través de concursos nacionales.

A pesar de estas presiones, los tártaros Lipka siguen orgullosos de su patriotismo. Sirvieron en el ejército polaco durante ambas guerras mundiales y hoy contribuyen a la ayuda humanitaria a Ucr

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