Dans notre dernière rencontre Daniel à la question : Qu'est ce que tu retiens de ta vie, quel en est l'élément essentiel , il ma répondu : " Avoir été un enfant juif pendant l'occupation" ..
Daniel Béresniak (1940-2005) fut à la fois philosophe, écrivain, psychanalyste, franc-maçon, hébraïsant et pédagogue. Personnage multiple et atypique, il a marqué son époque par une pensée libre et courageuse, cherchant à démasquer les logiques d’asservissement intellectuel, politique et religieux. Son œuvre, forte d’une cinquantaine d’ouvrages, constitue un héritage où se croisent critique des intégrismes, réflexion sur la liberté, exploration du langage et de ses racines, et approfondissement de la symbolique maçonnique.
Pour Béresniak, l’intégrisme religieux n’est pas un simple excès de foi, mais une pathologie sociale et psychologique : une « idéologie du délire paranoïaque ». Dans ses écrits, il dénonce les dérives sectaires comme l’expression d’un mal-être profond, exploité par des individus ou des groupes en quête de pouvoir. Dans les milieux défavorisés, expliquait-il, l’humiliation et l’exclusion créent une demande identitaire qui se nourrit d’un discours de séparation entre les « élus » et les « réprouvés ».
Dans les classes privilégiées, au contraire, l’intégrisme devient un instrument de légitimation des inégalités sociales et politiques. Dans les deux cas, les manipulateurs tirent profit de cette mécanique pour asseoir leur domination. Béresniak voyait ainsi dans l’intégrisme une menace globale, non pas limitée à la religion, mais présente dans toutes les sphères du pouvoir.
Son approche ne se limitait pas à la critique politique ou sociologique. Hébraïsant raffiné, passionné par la kabbale et la sémantique, Béresniak aimait montrer comment le langage lui-même porte une sagesse universelle. Il expliquait que les consonnes, fixes et structurantes, représentent le principe masculin (zakhar, mémoire, base, tradition), tandis que les voyelles, mouvantes et ouvertes, incarnent le principe féminin (nekeva, ouverture, création, nouveauté).
Pour lui, la plénitude du sens ne peut surgir que de l’union de ces deux pôles, comme la vie naît de la rencontre du masculin et du féminin. Cette lecture symbolique, inspirée de la kabbale, nourrissait sa réflexion plus large : il n’y a pas de transmission sans création, pas de tradition vivante sans innovation.
Béresniak avait aussi une vision profondément humaniste de la condition humaine, forgée par son histoire personnelle. Enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale, il porta en lui la mémoire des peurs, des disparitions et des injustices vécues par les Juifs d’Europe. Ces blessures nourrirent une révolte intérieure et un attachement indéfectible à la liberté. Son regard d’écrivain, souvent marqué par une ironie bienveillante mais incisive, oscillait entre la gravité d’une mémoire traumatique et le rire salvateur d’un esprit slave. Toute sa vie fut traversée par ce mot-action qui guidait son œuvre : Liberté.
Élevé dans une imprimerie, il devint amoureux du papier, des caractères, du sens caché des mots. Autodidacte insatiable, il préféra les livres et l’expérience de la vie aux bancs académiques. Polyglotte, passionné de psychanalyse, il devint un passeur de savoir, toujours soucieux d’ouvrir des chemins plutôt que d’imposer des dogmes. Sa pensée était marquée par une méfiance constante envers les vérités figées : « Les dogmatiques disent que les choses ne changent pas ; l’éducation laïque, au contraire, est celle du devenir. »
Membre du B'nai B'rith, Franc-maçon engagé, initié d’abord à l’O.I.T.A.R. puis membre du Grand Orient de France, il consacra une partie de son œuvre à l’Art Royal. Ses nombreux ouvrages sur les rites, les symboles et la démarche maçonnique cherchaient à réconcilier la tradition avec l’esprit critique et la modernité. Pour lui, la franc-maçonnerie n’était pas une répétition stérile, mais un laboratoire de pensée et de liberté. « Produire et non reproduire », répétait-il : le rituel devait être une invitation à créer, à se réinventer, non une prison figée par le poids de la tradition.
Béresniak avait cette capacité rare d’être à la fois théoricien et praticien, conférencier charismatique et écrivain rigoureux. Sa voix puissante, son physique imposant, son humour et sa bienveillance inspiraient le respect. Mais derrière cette force se trouvait une exigence éthique : utiliser la plume comme une arme contre les fascismes et les fanatismes, comme une loupe pour se connaître soi-même, comme un outil pour ouvrir les portes de la connaissance initiatique.
Son héritage est immense. En défendant le principe de laïcité, en dénonçant l’intégrisme comme une machine à produire de l’exclusion et de la violence, il anticipait les dérives du monde contemporain où les radicalismes prolifèrent.
En liant psychanalyse, kabbale, franc-maçonnerie et critique sociale, il traçait un chemin singulier : celui d’un humaniste qui ne se contentait pas de penser, mais qui voulait libérer les autres de leurs chaînes intérieures et collectives.
Daniel Béresniak nous laisse ainsi une œuvre de résistance et d’ouverture, une invitation à refuser les certitudes closes et à habiter la liberté.
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation strictement personnelle, privé
📖 English
Daniel Béresniak: A Humanist Against Fundamentalism
Daniel Béresniak (1940–2005) was at once a philosopher, writer, psychoanalyst, Freemason, Hebraist, and educator. A multifaceted and atypical figure, he left his mark on his time with a free and courageous mind, striving to unmask the logics of intellectual, political, and religious enslavement. His body of work, comprising more than fifty books, is a legacy where the critique of fundamentalism, the reflection on freedom, the exploration of language and its roots, and the deepening of Masonic symbolism converge.
For Béresniak, religious fundamentalism was not merely an excess of faith but a social and psychological pathology: an “ideology of paranoid delusion.” In his writings, he denounced sectarian deviations as the expression of deep malaise, exploited by individuals or groups seeking power. In disadvantaged environments, humiliation and exclusion created an identity-based demand fueled by a discourse that divided the “elect” from the “reprobate.” In more privileged milieus, fundamentalism became a tool to justify social and political inequalities. In both cases, manipulators exploited this mechanism to consolidate their domination. Béresniak therefore saw fundamentalism as a global threat, not limited to religion but present in every sphere of power.
His approach went beyond political or sociological critique. A refined Hebraist, passionate about Kabbalah and semantics, Béresniak often showed how language itself carried universal wisdom. He explained that consonants, fixed and structural, represent the masculine principle (zakhar: memory, base, tradition), while vowels, fluid and open, embody the feminine principle (nekeva: opening, creation, novelty). For him, the fullness of meaning could only emerge from the union of these two poles, just as life itself is born of the meeting between masculine and feminine. This symbolic reading, inspired by Kabbalah, nourished his wider reflection: there is no transmission without creation, no living tradition without innovation.
Béresniak’s humanism was also deeply shaped by his personal history. A hidden child during the Second World War, he carried within him the memory of fear, disappearances, and injustice suffered by the Jews of Europe. These wounds fueled both an inner revolt and an unshakable attachment to freedom. His writer’s voice, often marked by a benevolent but incisive irony, oscillated between the gravity of traumatic memory and the salvaging laughter of a Slavic spirit. His entire life was traversed by one guiding word-action: Freedom.
Raised in a printing house, he quickly fell in love with paper, typefaces, and the hidden meaning of words. An insatiable autodidact, he preferred books and life experience to academic benches. A polyglot, fascinated by psychoanalysis, he became a transmitter of knowledge, always intent on opening paths rather than imposing dogmas. His thought was marked by a constant suspicion of fixed truths: “Dogmatists say that things never change; secular education, on the contrary, is education for becoming.”
As an engaged Freemason, first initiated at O.I.T.A.R. and later a member of the Grand Orient de France, Béresniak devoted part of his oeuvre to Royal Art. His many works on rites, symbols, and the Masonic path sought to reconcile tradition with critical spirit and modernity. For him, Freemasonry was not sterile repetition but a laboratory of thought and freedom. “Produce, not reproduce,” he repeated: ritual should be an invitation to create and to reinvent oneself, not a prison of tradition.
Béresniak was both theorist and practitioner, charismatic speaker and rigorous writer. His powerful voice, imposing physique, humor, and benevolence inspired respect. Yet behind this strength lay an ethical demand: to use the pen as a weapon against fascisms and fanaticisms, as a magnifying glass to foster self-knowledge, and as a tool to open the doors of initiatory knowledge.
His legacy remains immense. By denouncing fundamentalism as a machine that produces exclusion and violence, he anticipated the dangers of today’s world where radicalisms proliferate. By linking psychoanalysis, Kabbalah, Freemasonry, and social critique, he charted a singular path: that of a humanist who did not merely think but sought to liberate others from both inner and collective chains. Daniel Béresniak thus leaves us a body of work that is both resistance and openness, an invitation to reject closed certainties and to inhabit freedom.
📖 Español
Daniel Béresniak: un humanista contra los integrismos
Daniel Béresniak (1940–2005) fue al mismo tiempo filósofo, escritor, psicoanalista, francmasón, hebraísta y pedagogo. Figura múltiple y atípica, dejó su huella en su tiempo con un pensamiento libre y valiente, que buscaba desenmascarar las lógicas de sometimiento intelectual, político y religioso. Su obra, compuesta por más de cincuenta libros, constituye un legado en el que convergen la crítica a los integrismos, la reflexión sobre la libertad, la exploración del lenguaje y sus raíces, y el estudio profundo del simbolismo masónico.
Para Béresniak, el integrismo religioso no era un simple exceso de fe, sino una patología social y psicológica: una «ideología del delirio paranoico». En sus escritos denunciaba las derivas sectarias como la expresión de un malestar profundo, explotado por individuos o grupos en busca de poder. En los entornos desfavorecidos, la humillación y la exclusión generaban una demanda identitaria alimentada por un discurso que separaba a los «elegidos» de los «reprobados». En los medios más privilegiados, en cambio, el integrismo se convertía en un instrumento para justificar las desigualdades sociales y políticas. En ambos casos, los manipuladores explotaban este mecanismo para consolidar su dominio. Béresniak veía, por lo tanto, en el integrismo una amenaza global, no limitada a la religión, sino presente en todas las esferas del poder.
Su enfoque iba más allá de la crítica política o sociológica. Hebraísta refinado y apasionado por la cábala y la semántica, Béresniak mostraba cómo el lenguaje mismo contenía una sabiduría universal. Explicaba que las consonantes, fijas y estructurantes, representan el principio masculino (zakhar: memoria, base, tradición), mientras que las vocales, móviles y abiertas, encarnan el principio femenino (nekeva: apertura, creación, novedad). Para él, la plenitud del sentido solo podía nacer de la unión de estos dos polos, del mismo modo que la vida surge del encuentro entre lo masculino y lo femenino. Esta lectura simbólica, inspirada en la cábala, alimentaba su reflexión más amplia: no hay transmisión sin creación, ni tradición viva sin innovación.
El humanismo de Béresniak también se forjó en su historia personal. Niño escondido durante la Segunda Guerra Mundial, llevaba consigo la memoria del miedo, de las desapariciones y de la injusticia sufrida por los judíos de Europa. Esas heridas alimentaron tanto una revuelta interior como un apego inquebrantable a la libertad. Su voz de escritor, a menudo marcada por una ironía benevolente pero incisiva, oscilaba entre la gravedad de la memoria traumática y la risa liberadora de un espíritu eslavo. Toda su vida estuvo atravesada por una palabra-acción que guiaba su obra: Libertad.
Criado en una imprenta, se enamoró pronto del papel, de los caracteres tipográficos y del sentido oculto de las palabras. Autodidacta insaciable, prefirió los libros y la experiencia vital a los bancos universitarios. Políglota y fascinado por el psicoanálisis, se convirtió en un transmisor de saber, siempre dispuesto a abrir caminos en lugar de imponer dogmas. Su pensamiento se caracterizaba por una desconfianza constante hacia las verdades fijadas: «Los dogmáticos dicen que las cosas nunca cambian; la educación laica, en cambio, es la educación del devenir.»
Francmasón comprometido, iniciado primero en la O.I.T.A.R. y más tarde miembro del Gran Oriente de Francia, Béresniak dedicó una parte importante de su obra al Arte Real. Sus numerosos escritos sobre ritos, símbolos y el camino masónico buscaban reconciliar la tradición con el espíritu crítico y la modernidad. Para él, la masonería no era una repetición estéril, sino un laboratorio de pensamiento y de libertad. «Producir y no reproducir», repetía: el ritual debía ser una invitación a crear y a reinventarse, no una prisión de la tradición.
Béresniak fue tanto teórico como practicante, orador carismático y escritor riguroso. Su voz potente, su físico imponente, su humor y su benevolencia inspiraban respeto. Pero detrás de esa fuerza se hallaba una exigencia ética: usar la pluma como arma contra los fascismos y los fanatismos, como lupa para el autoconocimiento y como herramienta para abrir las puertas del saber iniciático.
Su legado sigue siendo inmenso. Al denunciar el integrismo como una máquina que produce exclusión y violencia, anticipó los peligros del mundo actual donde los radicalismos proliferan. Al vincular el psicoanálisis, la cábala, la masonería y la crítica social, trazó un camino singular: el de un humanista que no se conformaba con pensar, sino que buscaba liberar a los demás de sus cadenas interiores y colectivas. Daniel Béresniak nos deja así una obra de resistencia y apertura, una invitación a rechazar las certezas cerradas y a habitar la libertad.
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