Retrouvez mes réponses aux questions du site Atlantico avec le lien https://atlantico.fr/article/decryptage/lonu-sert-elle-encore-a-quelque-chose-organisation-nations-unies-assemblee-generale-ukraine-gaza-israel-dov-zerah
Merci
Atlantico : Que penser de cette 80ème assemblée générale de l'ONU ? De ce qui va en ressortir pour la paix dans le monde ?
Le dernier « barnum onusien » est un nouvel exemple de la longue liste des assemblées générales (AG) de l’ONU consacrées à la condamnation d’Israël. L’État juif est le seul pays de l’ONU à bénéficier d’un traitement privilégié, celui d’avoir la très grande majorité des résolutions de l’AG le clouant au pilori.
C’est devenu « un marronnier » pour les États arabes et islamiques, avec la complicité du secrétariat général et de certains pays européens, de montrer du doigt l’État juif.
Rappelons-nous la résolution de 1974 assimilant le sionisme au racisme.
Dans la même veine, l’UNESCO n’a pas hésité à nier les liens entre Israël et Jérusalem d’une part et les Juifs d’autre part…
Cette nouvelle manifestation de l’hostilité onusienne est grave car c’est une atteinte au multilatéralisme. En décrétant unilatéralement un État palestinien, sans tenir compte de la position de Jérusalem, l’ONU porte atteinte au débat et pousse à la confrontation. L’ONU sape ses propres fondations, sa vocation existentielle.
Par ses excès anti-israéliens, l’ONU s’est interdite tout rôle constructif au Proche Orient. À aucun moment depuis sa création, l’ONU n’a été un facilitateur pour promouvoir la paix au Proche Orient. Elle n’a eu aucun rôle dans les différents accords entre l’État juif et ses voisins : Traité de paix israélo-égyptien de 1979 ; Accords d’Oslo de 1993 entre Israéliens et Palestiniens ; Traité de paix entre Israël et le Jordanie de 1994 ; Accords d’Abraham entre Israël et plusieurs pays arabes, Bahreïn, Émirats arabes unis (EAU), Maroc et Soudan en 2020.
Atlantico : In fine, l'ONU n'était-elle pas une fiction internationale censée garantir l'état de droit, mais dans les faits, servant surtout à garantir une vision très occidentale de ce droit ?
DZ : Depuis une trentaine d’années, la crédibilité de l’ONU n’a cessé d’être écornée. Alors que les grandes puissances, membres permanents du conseil de sécurité, doivent tout faire pour renforcer l’institution, ils l’ont fragilisée avec :
- La 2ème guerre d’Irak engagée par les États-Unis et le Royaume-Uni, sans aval du conseil de sécurité, sous des prétextes fallacieux
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie alors qu’aux termes du mémorandum signé à Budapest le 5 décembre 1994, Moscou s’était engagé à garantir la sécurité et l’intégrité territoriale de son voisin qui, en contrepartie avait remis au « grand frère » les armes nucléaires stationnées sur son territoire
- La Chine n’est pas en reste avec la remise en cause unilatérale de l’accord de rétrocession de Hong Kong, les violations répétées de la souveraineté de Taïwan et surtout les nombreuses tentatives d’appropriation des îles de la mer de Chine…
- La France aussi a sa part de responsabilité avec ses interventions africaines sans validation onusienne.
Ces décisions unilatérales des membres permanents de l’ONU ont sonné le glas de la gouvernance internationale mis en place au lendemain de la 2nde guerre mondiale. Le système du conseil de sécurité avec ses 5 membres permanents est par ailleurs dépassé en ne tenant pas compte de puissances comme l’Inde, le Japon, l’Allemagne, le Brésil…
L’ONU n’a pas de capacité à faire respecter ses propres décisions, le droit international. Que fait-elle pour faire appliquer les sanctions décrétées contre l’Iran, la Russie ? L’institution de la 1ère avenue semble avoir pris acte de cette incapacité. Cela expliquerait peut-être qu’elle se consacre à son bouc émissaire préféré, l’État juif.
Atlantico : Dans un monde qui ne respecte plus cette vision, face à la violence des conflits actuels comme en Ukraine, mais aussi au Congo, en Syrie, au Soudan ou encore la Birmanie, l'ONU peut-elle agir encore comme garant de la paix mondiale ?
Non !
Le 10 septembre 1960, le général de Gaulle a prononcé un discours à Nantes dans lequel il justifie son refus de financer l'expédition des Casques bleus dans l’ex-colonie belge du Congo, aujourd’hui Congo Kinshasa. Il a, alors, cette formule assassine, « Le machin qu'on appelle ONU. »
65 ans après, rien ne semble avoir changé.
Comme la Société des Nations (SDN) dans l’entre-deux-guerres, l’ONU ne peut rien faire sans consensus entre les trois grands, Chine, États-Unis et Russie !
Parallèlement, l’ONU est confrontée à de nouvelles formes de guerres, des guerres asymétriques entre des États et des organisations terroristes, des guerres en milieu urbain très densifié, des détournements d’avions, des abordages de bateaux… et maintenant des cyberattaques anonymes… Le droit international ne s’est pas adapté et semble dépassé.
Atlantico : Par quoi la remplacer ? et quelles pourraient être les missions de l'ONU au travers de ses agences, comme l'HCR (Haut-commissariat aux réfugiés) par exemple ; mais l'organisation a-t-elle tiré des leçons des dérives de l'UNRWA ?
DZ : Depuis sa création en 1945, l’ONU n’a réussi à mettre fin à aucune guerre, n’a pas été en mesure de promouvoir une quelconque paix.
Pour s’en convaincre, reprenons une liste non exhaustive des guerres et conflits depuis 1945.
De la guerre d’Indochine (1946-1954) au génocide au Rwanda en 1994, en passant par les 4 guerres israélo-arabes (1947-49, 1956, 1967 et 1973), la guerre de Corée 1950-1953, la guerre entre l’Éthiopie et l’Érythrée 1958-1991, la 2ème guerre du Vietnam (1964-1973), la guerre du Biafra (1967-1970), l’invasion de Chypre par la Turquie en 1974, les Khmers rouges (1975-1978), le conflit au Sahara occidental depuis 1976, l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique (1979-1989), la guerre Iran-Irak (1980-1988) … En égrenant cette liste non exhaustive, il est difficile de trouver un seul conflit solutionné grâce à l’ONU, un seul success story.
Avant de chercher une formule de remplacement, il conviendrait d’acter le décès de l’institution. Cela va arriver et Donald Trump a peut-être avancer le prétexte. En pointant du doigt les fonds onusiens utilisés pour aider les migrants à entrer sur le sol américain, il est vraisemblable qu’il va demander des comptes à l’ONU comme il l’a fait avec l’UNESCO.
Il est probable que nous allons assister à un lent dépérissement de l’ONU et ni les Chinois, ni les Russes ne lèveraient le doigt ou ne débourseraient un yuan ou un kopeck pour inverser la trajectoire. Quant aux Européens, ils organiseront des réunions, feront des déclarations, comme pour l’Ukraine, mais seront aux abonnés absents.
Les confrontations entre les Trois Grands ne permettent d’entrevoir aucune alternative. En attestent les exemples des sanctions contre la Corée du Nord non respectées par la Chine et la Russie, ou contre l’Iran et la Russie et contournées par la Chine.
Dans l’attente, l’ONU serait avisée de mettre de l’ordre dans ses instituions comme l’UNRWA dont les dérives accentuent la décrédibilisation.
Dov ZERAH
DHAREZ
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