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dimanche 28 septembre 2025

Blog de Karine Salomon : la recette des Kneidler ! (FR). JBCH N° 451

La recette des Kneidler

ou la thérapie par le gefilte fish

It Paris
3 min ⋅25/09/2025

Alors qu’Emmanuel Macron, à la tribune des Nations Unies, reconnaissait l’État de Palestine, moi, je faisais des kneidlers. Alors qu’il énumérait ses “conditions” - comme si le Hamas allait y souscrire, comme si l’Autorité palestinienne en avait les moyens, et Netanyahou la volonté - je hachais mon foie de volaille. Alors qu’il usait, avec emphase, de l’anaphore “le temps est venu”, je pétrissais la hallah.

Il y a, chez les Juifs comme chez les musulmans et chez de nombreux autres peuples méditerranéens, un rapport à la nourriture qui mérite d’être exploré. Car si nous sommes capables, entre deux angoisses et deux complaintes, de nous appeler pour échanger la recette du bouillon ou de la pkeila (marée noire tunisienne aux épinards), c’est bien que nous entretenons avec la cuisine une relation singulière, maternante et apaisante, qui permet d’apprécier notre degré d’insécurité.
Plus nous sommes inquiets, plus nous cuisinons. Plus nous redoutons l’avenir, plus nous multiplions les préparations. Salées, sucrées, traditionnelles ou modernisées, tout y passe.
De là à imaginer que cette année, plus encore que la précédente, les tables aient été recouvertes au point qu’on ne voyait plus la nappe, il n’y a qu’un pas, aisément franchi.

Bien sûr, il n’y a rien d’étonnant à ce que se réunir, en famille ou entre amis, autour d’un bon repas, soit une source de joie et de réconfort. Mais certains rituels relèvent tout de même d’une certaine pathologie : “la consolation par le gefilte fish”. C’est donc la semoule en armure et le miel en bouclier, que nous avançons, graisse d’oie par graisse d’oie, en comptant bien sur cette accumulation de victuailles pour nous protéger du mauvais sort.

Dans une semaine, nous jeûnerons, pour méditer et expier nos trop nombreux péchés. Une occasion de plus de ne parler que de boustifaille.

Je précise que ce n’est pas ma table, mon niveau d’angoisse n’ayant pas encore atteint ce stade.


La table la plus garnie, c’est certainement la sienne…

Eric Feldman a l’humour mordant des hommes tristes. De ceux à l’hérédité affligée et à l’existence chancelante. Dans son épatant monologue “On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie”, il navigue entre aveux intimes, histoires de famille, blagues caustiques et hommages poignants.

Un mélange grinço-émouvant, très “carpe farcie”, qui démontre, une fois encore, la puissance dévastatrice des traumatismes et la difficulté d’y résister.

À la fin de ce court spectacle - dont la densité n’appelle aucune prolongation - on a très envie d’aller voir ce comédien saisissant pour lui dire : “Eric, franchement bravo, quelle intensité ! Mais surtout, surtout, fais-nous plaisir : ne rate aucune séance chez le psy, sous aucun prétexte…” Oy veï…

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie
Jusqu’au septembre au Théâtre du Petit Saint-Martin


Allez, on finit sauvagement…

À 150 mètres de là, sous le Théâtre Antoine, un Canard Sauvage - en hommage à la pièce du même nom - vient de se poser sous la houlette de Greg et Raman, créateurs de “bêtises” parisiennes, comme La ViergeBones devenu JonesAu Passage...
En cuisine, Jack Bosco, le trublion anglo-saxon passé lui aussi par La Vierge et Robert, et plus récemment par Magnolia, dans le 9e, que nous avions adoré.
Quel talent encore ! Tout est audacieux et déconstruit, sympathique et décalé. Une ambiance bar de théâtre dans son jus, du plus bel effet, et une assiette de la plus grande qualité.
Évidemment, il faut prendre le canard à partager, sur son lit de cèpes et de coco, jus au porto. Il faut goûter la terrine de canard, la ventrèche de thon - la tête de thon au BBQ, ce sera pour la prochaine fois - les poireaux, et la tourte d’épaule d’agneau, so British.
En dessert, on nous conseille l’Alaska bomb : un sorbet à l’oseille, frais et très peu sucré, noyé sous un dôme de meringue italienne. Attention, très forte addiction possible. Sorbet raisin parfait aussi, et tarte au sirop d’érable, fameuse.
Une table d’avant ou d’après théâtre, mais de loin pas que. Nous y reviendrons avec grand plaisir, même sans billet.

Le Canard Sauvage
14 boulevard de Strasbourg Paris 10
Ouvert du mardi au samedi 18h - 02h


Bonus (ou pas) : ma recette approximative de la Hallah


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