« MIGA » : Make Israël Great Again
En 1895, Theodor Herzl, journaliste viennois issu de la bourgeoisie assimilée, ayant suivi à Paris le proces du Capitaine Dreyfus, formule une idée radicale : les Juifs ne doivent plus se contenter d’exister dans la marge européenne, dépendants d’œuvres philanthropiques et soumis aux humiliations, mais redevenir une nation souveraine et fière. Une nation qu'on va qualifier de "MIGA"
Il oppose ainsi son projet à celui du baron Maurice de Hirsch, l’un des plus grands bienfaiteurs juifs de son temps, qui dépensait sa fortune dans des écoles, des colonies agricoles surtout en Argentine, et des aides caritatives, pour soulager les souffrances juives sans toucher aux causes structurelles de la persécution.
Herzl critique ce modèle « d’assistance », qu’il juge insuffisant et humiliant. Sa formule implicite – « Make Jews Great Again » (MIGA) – exprime son ambition de transformer le peuple juif : de minorité faible et soumise à la vindicte européenne, en une nation rétablie dans sa dignité et sa force. Là où Hirsch voulait apaiser l’antisémitisme par la charité et l’intégration, Herzl affirmait qu’il était permanent, inévitable, et qu’il fallait y répondre par la souveraineté.
De cette intuition naît le sionisme moderne. Herzl rédige en 1896 Der Judenstaat (L’État des Juifs), puis convoque en 1897 le premier Congrès sioniste à Bâle. Il y affirme que dans cinquante ans un État juif existera – prophétie qui se réalise en 1948 avec la naissance d’Israël. Cette idée de transformer le « lion marinisé » (métaphore de Herzl pour les Juifs contraints de survivre en milieu hostile) en un lion national constitue la rupture fondamentale : la survie ne suffit pas, il faut retrouver grandeur, fierté et excellence.
Dans cette perspective, Herzl suggère déjà d’orienter les ressources vers des prix et récompenses pour encourager les découvertes scientifiques, les actes héroïques et les grandes contributions morales du peuple juif, anticipant presque l’esprit des prix Nobel. Il voyait dans l’excellence juive le meilleur moyen de gagner la reconnaissance internationale et de restaurer la dignité.
Cinquante ans après sa mort, l’État d’Israël est proclamé. Sept décennies plus tard encore, son succès est manifeste : puissance militaire, pôle d’innovation scientifique et technologique, acteur diplomatique recherché dans le monde arabe et africain. L’intuition de Herzl – que le retour à la souveraineté transformerait la condition juive – s’est réalisée au-delà de toute attente.
Mais l’histoire n’a pas effacé la tension fondamentale : plus les Juifs retrouvent grandeur et réussite, plus l’antisémitisme ressurgit. L’auteur du texte rapproche ainsi les débats actuels (face à la haine d’Israël, aux attentats ou à l’hostilité européenne persistante) des divisions Herzl-Hirsch : faut-il encore privilégier la discrétion, l’aide sociale et l’assimilation ? Ou faut-il assumer la fierté nationale, même au prix du conflit ?
Le parallèle est fait sur le modèle avec le slogan de Donald Trump, « Make America Great Again ». De manière provocatrice, il montre que Herzl, dès 1895, avait déjà lancé un « Make Jews Great Again » – non par nostalgie, mais comme projet révolutionnaire. Herzl voulait que le peuple juif cesse d’être perçu comme un fardeau ou une victime, et redevienne une force créatrice, confiante, tournée vers l’avenir.
Aujourd’hui, Israël pays de 10 millions d'habitants représente ce rêve réalisé : une société vivante, innovante, souvent en conflit mais respectée. Le contraste avec la diaspora reste fort : aux États-Unis ou en Europe, certains Juifs préfèrent encore la voie de Hirsch (philanthropie, prudence, intégration), tandis qu’Israël incarne le modèle herzlien (force, souveraineté, excellence).
L’opposition Herzl-Hirsch illustre une tension permanente dans l’histoire juive moderne : être une minorité aidée et tolérée, ou redevenir un peuple souverain et parfois contesté.
On voit dans la réussite d’Israël la victoire posthume de Herzl : le pari de la grandeur a transformé le destin juif. Mais le dilemme reste actuel : comment concilier puissance et légitimité face à une hostilité persistante ?
Ainsi, l’histoire nous rappelle que le sionisme n’est pas seulement un projet politique, mais aussi une révolution morale et existentielle, visant à faire du peuple juif non pas une communauté assistée, mais une nation redevenue grande, forte et créatrice.
C'est délicat de témoigner quand on est un profane, mais dans ce blog j'exprime en général un coup de coeur
d'après l'actualité , et le lecture de ma revue de presse internationale quotidienne
les photos et films sont prises sur le web, là aussi pour une utilisation strictement personnelle, privé
🇬🇧 English
“MIGA”: Make Israel Great Again
In 1895, Theodor Herzl, a Viennese journalist from the assimilated bourgeoisie who had followed in Paris the trial of Captain Dreyfus, formulated a radical idea: Jews should no longer content themselves with existing on the margins of European society, dependent on philanthropic works and subjected to humiliation, but rather become once again a sovereign and proud nation.
He opposed his project to that of Baron Maurice de Hirsch, one of the greatest Jewish benefactors of his time, who spent his fortune on schools, agricultural colonies mainly in Argentina, and charitable aid, in order to relieve Jewish suffering without addressing the structural causes of persecution.
Herzl criticized this model of “assistance,” which he judged insufficient and humiliating. His implicit formula—“Make Jews Great Again” (MIGA)—expressed his ambition to transform the Jewish people: from a weak minority, subjected to European hostility, into a nation restored in dignity and strength. Where Hirsch sought to appease antisemitism through charity and integration, Herzl asserted that it was permanent, inevitable, and had to be answered with sovereignty.
From this intuition was born modern Zionism. In 1896 Herzl wrote Der Judenstaat (The Jewish State), then in 1897 convened the First Zionist Congress in Basel. There he declared that within fifty years a Jewish state would exist—a prophecy realized in 1948 with the birth of Israel. His idea of transforming the “marinized lion” (Herzl’s metaphor for Jews forced to survive in hostile surroundings) back into a national lion was the fundamental rupture: survival was not enough; greatness, pride, and excellence had to be restored.
In this perspective, Herzl already suggested directing resources toward prizes and rewards to encourage scientific discoveries, heroic deeds, and great moral contributions of the Jewish people, almost anticipating the spirit of the Nobel Prizes. He saw in Jewish excellence the best way to gain international recognition and restore dignity.
The Palestine Post
Fifty years after his death, the State of Israel was proclaimed. Seven decades later, its success is clear: military power, a hub of scientific and technological innovation, a diplomatic actor sought after in the Arab and African worlds. Herzl’s intuition—that the return to sovereignty would transform the Jewish condition—was fulfilled beyond expectations.
But history has not erased the fundamental tension: the more Jews regain greatness and success, the more antisemitism reemerges. The author of the text thus brings today’s debates (faced with hatred of Israel, terrorist attacks, or persistent European hostility) back to the Herzl-Hirsch divide: should Jews still favor discretion, social aid, and assimilation? Or should they assume national pride, even at the risk of conflict?
The parallel is drawn with Donald Trump’s slogan, “Make America Great Again.” Provocatively, it shows that Herzl, as early as 1895, had already launched a “Make Jews Great Again”—not out of nostalgia, but as a revolutionary project. Herzl wanted the Jewish people to cease being seen as a burden or victim, and to become once more a creative, confident force oriented toward the future.
Today, Israel, a country of 10 million inhabitants, represents this realized dream: a vibrant, innovative society, often in conflict but respected. The contrast with the diaspora remains strong: in the United States or Europe, some Jews still prefer Hirsch’s path (philanthropy, caution, integration), while Israel embodies Herzl’s model (strength, sovereignty, excellence).
The Herzl-Hirsch opposition illustrates a permanent tension in modern Jewish history: being a tolerated minority receiving aid, or becoming again a sovereign and sometimes contested people.
Israel’s success can be seen as Herzl’s posthumous victory: the wager on greatness has transformed the Jewish destiny. Yet the dilemma remains today: how to reconcile power and legitimacy in the face of persistent hostility?
Thus, history reminds us that Zionism is not only a political project, but also a moral and existential revolution, aiming to make the Jewish people not a community living off assistance, but a nation restored to greatness, strength, and creativity.
🇪🇸 Español
“MIGA”: Make Israel Great Again
En 1895, Theodor Herzl, periodista vienés de la burguesía asimilada que había seguido en París el juicio del capitán Dreyfus, formuló una idea radical: los judíos no debían limitarse a existir en los márgenes de la sociedad europea, dependientes de obras filantrópicas y sometidos a humillaciones, sino volver a ser una nación soberana y orgullosa.
Oponía así su proyecto al del barón Maurice de Hirsch, uno de los más grandes benefactores judíos de su tiempo, que gastaba su fortuna en escuelas, colonias agrícolas sobre todo en Argentina y ayudas caritativas, para aliviar los sufrimientos judíos sin abordar las causas estructurales de la persecución.
Herzl criticaba este modelo de “asistencia”, que consideraba insuficiente y humillante. Su fórmula implícita—“Make Jews Great Again” (MIGA)—expresaba su ambición de transformar al pueblo judío: de una minoría débil y sometida a la hostilidad europea, en una nación restaurada en su dignidad y fuerza. Mientras Hirsch buscaba apaciguar el antisemitismo mediante la caridad y la integración, Herzl afirmaba que era permanente, inevitable, y que debía responderse con soberanía.
De esta intuición nació el sionismo moderno. En 1896 Herzl escribió Der Judenstaat (El Estado de los Judíos), y en 1897 convocó el primer Congreso Sionista en Basilea. Allí afirmó que en cincuenta años existiría un Estado judío—profecía realizada en 1948 con el nacimiento de Israel. Su idea de transformar al “león marino” (metáfora de Herzl para los judíos obligados a sobrevivir en un entorno hostil) de nuevo en un león nacional fue la ruptura fundamental: la mera supervivencia no bastaba; había que recuperar la grandeza, el orgullo y la excelencia.
En esta perspectiva, Herzl ya sugería orientar los recursos hacia premios y recompensas que fomentaran los descubrimientos científicos, los actos heroicos y las grandes contribuciones morales del pueblo judío, anticipando casi el espíritu de los premios Nobel. Veía en la excelencia judía el mejor medio de obtener el reconocimiento internacional y restaurar la dignidad.
The Palestine Post
Cincuenta años después de su muerte, se proclamó el Estado de Israel. Siete décadas más tarde, su éxito es evidente: potencia militar, centro de innovación científica y tecnológica, actor diplomático buscado en el mundo árabe y africano. La intuición de Herzl—que el retorno a la soberanía transformaría la condición judía—se cumplió más allá de toda expectativa.
Pero la historia no ha borrado la tensión fundamental: cuanto más recuperan los judíos la grandeza y el éxito, más resurge el antisemitismo. El autor del texto vincula así los debates actuales (ante el odio hacia Israel, los atentados o la persistente hostilidad europea) con la división Herzl-Hirsch: ¿deben los judíos seguir privilegiando la discreción, la ayuda social y la asimilación? ¿O deben asumir el orgullo nacional, incluso al precio del conflicto?
El paralelismo se hace con el lema de Donald Trump, “Make America Great Again”. De forma provocadora, muestra que Herzl, ya en 1895, había lanzado un “Make Jews Great Again”: no por nostalgia, sino como un proyecto revolucionario. Herzl quería que el pueblo judío dejara de ser visto como una carga o una víctima, y volviera a ser una fuerza creadora, confiada y orientada hacia el futuro.
Hoy, Israel, un país de 10 millones de habitantes, representa este sueño realizado: una sociedad viva, innovadora, a menudo en conflicto pero respetada. El contraste con la diáspora sigue siendo fuerte: en Estados Unidos o en Europa, algunos judíos prefieren todavía la vía de Hirsch (filantropía, prudencia, integración), mientras que Israel encarna el modelo de Herzl (fuerza, soberanía, excelencia).
La oposición Herzl-Hirsch ilustra una tensión permanente en la historia judía moderna: ser una minoría tolerada y asistida, o volver a ser un pueblo soberano y a veces contestado.
El éxito de Israel puede verse como la victoria póstuma de Herzl: la apuesta por la grandeza ha transformado el destino judío. Pero el dilema sigue vigente: ¿cómo conciliar poder y legitimidad frente a una hostilidad persistente?
Así, la historia nos recuerda que el sionismo no es sólo un proyecto político, sino también una revolución moral y existencial, destinada a hacer del pueblo judío no una comunidad asistida, sino una nación restablecida en su grandeza, fuerza y creatividad.
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